[VIDÉOS] L'utilisation du matériau est très réglementée :

Artisan d'écailles de tortues, un métier péi en voie de disparition


Publié / Actualisé
Il reste actuellement quatre artisans écaillistes à La Réunion. Un métier traditionnel en voie de disparition puisque l'écaille de tortue, matériau très encadré, ne peut plus être exploitée de manière illimitée depuis la fin des années 1990. D'ici une dizaine d'années, le stock d'écailles légal qui reste sur l'île sera donc épuisé et les objets taillés par les artisans deviendront une partie du patrimoine péi. (Photos mm/www.ipreunion.com)
Il reste actuellement quatre artisans écaillistes à La Réunion. Un métier traditionnel en voie de disparition puisque l'écaille de tortue, matériau très encadré, ne peut plus être exploitée de manière illimitée depuis la fin des années 1990. D'ici une dizaine d'années, le stock d'écailles légal qui reste sur l'île sera donc épuisé et les objets taillés par les artisans deviendront une partie du patrimoine péi. (Photos mm/www.ipreunion.com)

Ecailliste depuis 40 ans, Yves Riou fait partie des quatre derniers artisans de l'île à travailler l'écaille de tortue. Dans son atelier de l'Entre-Deux et au centre Kélonia à Saint-Leu, il taille ses écailles et présente son travail devant les yeux ébahis des visiteurs.

"Ecailliste, c'est un métier qu'on fait à La Réunion, un métier des îles" nous dit-il, écaille entre les mains. "Nous sommes ici dans un endroit où il y a eu un élevage : la Ferme corail fournissait de 1977 à 1997 la chair, le cuir et l'écaille pour les artisans. Si on avait besoin de 300 grammes d'écailles, on descendait à la ferme." Une époque pendant laquelle la tortue était consommée, bien avant sa préservation et la transformation radicale du lieu, devenu un centre de soins.

Bijoutier de formation, Yves Riou a eu l'occasion de suivre une formation d'écailliste et la passion du matériau ne l'a plus jamais quitté. "A l'époque c'était la belle matière locale, qui avait tout intérêt à être valorisée."

- Un savoir-faire traditionnel -

Manier l'écaille de tortue n'est pas donné à tout le monde. A Kélonia, les artisans locaux viennent quatre demi-journées par semaine dans l'atelier à l'étage du musée pour y présenter l'écaille de tortue. Etape par étape, Yves Riou montre aux visiteurs comment poncer, plier et découper l'écaille pour en faire un bijou, un manche de couteau ou une paire de lunettes.

"C'est un métier essentiellement manuel et un peu poussiéreux... D'un côté y a une algue et de l'autre il y a le cartilage" montre l'artisan, qui s'apprête à réaliser une petite tortue qui fera office de pendentif. "La première étape, c'est de faire bouillir l'écaille dans une eau salée : ça va devenir mou comme un tissu, on déforme à l'eau chaude puis on reforme à l'eau froide" explique-t-il, matériau en main. "Ensuite on va l'aplanir avec des poids et on va pouvoir racler. Après il y a quatre étapes de ponçage, avec des abrasifs de plus en plus fins, pour obtenir une surface bien nette. Puis on finit avec deux étapes de polissage, avec des cotons enduits de pâte à polir. C'est le lustrage qui met bien en valeur le dessin de l'écaille."

Une fois l'écaille travaillée, on peut dessiner dessus et procéder à la découpe. "La matière c'est de la kératine, comme l'ongle ou la corne, c'est donc une matière avec un fil linéaire : on n'a pas de contre-fils comme le bois par exemple. Donc la découpe se fait facilement. C'est à la fois rigide et très souple" détaille Yves Riou. Une fois le motif découpé, il s'agit de limer le résultat pour enlever les traces de scie puis de polir une dernière fois.

- Un stock d'écailles non renouvelé -

Si l'objet est beau, il n'en est pas moins un morceau de tortue, animal protégé désormais. L'exploitation de ses écailles est particulièrement encadrée. "En 1998 on a obtenu un arrêté ministériel qui réglemente l'activité. On travaille donc à partir d'un stock d'écailles établi avant 1984 et qu'on utilise depuis 2001" détaille l'artisan.

Impossible d'utiliser les carapaces des tortues échouées, ou décédées au sein du centre de soins. "C'est ce qu'on appelle des 'stocks post-convention' : ils peuvent être utilisés dans un cadre scientifique mais en aucun cas pour une utilisation commerciale" explique le directeur de Kélonia, Stéphane Ciccione.

Quant aux visiteurs qui s'interrogent en voyant des écailles exposées dans la boutique d'un centre qui soigne pourtant les tortues, "ce sont des questions légitimes, reconnaît le directeur, mais il s'agit d'un stock constitué avant l'application de la loi". La présence régulière des artisans dans la partie musée est aussi là pour gérer la partie sensibilisation. "Il a semblé qu'ils étaient les plus à même d'expliquer pourquoi ils travaillent cette matière. Les vendeurs de la boutique sont formés aussi. Il suffit d'expliquer les choses et après les gens achètent ou non en leur âme et conscience ces objets" estime Stéphane Ciccione.

Les objets exposés et vendus sont aussi amenés à se raréfier à en croire Yves Riou. "On est déjà un peu au musée, ça préfigure de l'avenir" dit-il en riant. "On travaille beaucoup moins qu'avant, on utilise d'autres matériaux comme la nacre, ca permet d'économiser cette belle matière" indique-t-il en parlant de l'écaille. Et quand on lui demande quel est l'avenir de son métier, il répond, sourire aux lèvres, "la retraite". "On prédit encore une dizaine d'années environ" précise-t-il, reconnaissant que l'artisanat d'écailles de tortues deviendra, à terme, un morceau du patrimoine de La Réunion.

mm/www.ipreunion.com / [email protected]

   

1 Commentaire(s)

Issa perdre, Posté
Beau métier mais les tortues sont des espèces protégés.