L'agression a eu lieu en 2021 :

Citalis : un contrôleur agressé à l'arme blanche poursuit son employeur en justice


Publié / Actualisé
Le mercredi 20 juin 2022, a eu lieu la première audience au pôle social du tribunal de Saint-Denis qui fait suite à l'agression d'un contrôleur de bus. Le 20 juillet 2021, Freddy Serveaux est gravement blessé à la main après avoir été attaqué à l'arme blanche près du Chaudron à Saint-Denis. Aujourd'hui, l'homme demande réparation auprès de son employeur, la Sodiparc. (Photo : rb/www.ipreunion.com)
Le mercredi 20 juin 2022, a eu lieu la première audience au pôle social du tribunal de Saint-Denis qui fait suite à l'agression d'un contrôleur de bus. Le 20 juillet 2021, Freddy Serveaux est gravement blessé à la main après avoir été attaqué à l'arme blanche près du Chaudron à Saint-Denis. Aujourd'hui, l'homme demande réparation auprès de son employeur, la Sodiparc. (Photo : rb/www.ipreunion.com)

Depuis qu’il a été violemment pris à partie, la vie de Freddy Serveaux, père de sept enfants, n’est plus le même. "Le 20 juillet, c’était un mardi", se souvient la victime. "On a reçu l’ordre de notre supérieur d’effectuer une patrouille visuelle et de se positionner vers l’arrêt Zac du Chaudron pour des jeunes perturbateurs", explique-t-il. "Mes collègues constatent l’absence des individus et décident de retourner au dépôt", indique Fréddy Serveaux. Il y retourne donc… seul. "Étant référent et écoutant l’ordre de mon supérieur j’ai attendu le bus." C’est alors que le bus du réseau Citalis arrive.

"J’ai vu les trois jeunes, j’ai entamé un dialogue dans le calme, notamment pour le non port du masque et l’absence de titre de transport" se souvient Freddy Serveaux. Les trois individus descendent du bus. Alors que le contrôleur s’apprête à rentrer au dépôt après avoir assuré sa mission de contrôle et de protection des usagers, l’un des jeunes revient vers lui. "Me sentant en danger je me mets en position de défense pour assurer ma sécurité", explique-t-il.  "Mais d’un coup, j’ai ressenti une brûlure près du pouce et j’ai vu ma main se vider de son sang."

Freddy Serveaux est victime d’un coup de couteau. Fort heureusement, comme il l’explique, une équipe d’agents de la Transdev passe par là et lui vient en aide. Les forces de l’ordre et les secours arrivent sur place. "Les agents de la BAC ont procédé à l’interpellation des trois jeunes". Freddy lui, sera transporté au CHU pour être opéré. Depuis ce jour, sa vie a changé. "Il y a de nombreuses choses que je n’arrive plus à faire. Je fais de la rééducation et j’ai des séances de psychologue et de psychiatre", explique ce père de famille très remonté contre sa direction.

Pour Freddy Serveaux, "la direction a l’obligation d’assurer la santé physique et mentale de ses salariés". Or, selon lui, "il y a eu un manquement à ces obligations, car on avait plusieurs fois lancé des alertes". "La direction n’a pas mis les moyens pour assurer la sécurité de ses employés", explique-t-il. "J’étais livré à moi-même, mais en tant que référent, si je n’y étais pas allé je commettais une faute", souligne Freddy Serveaux.

Ce qu’il dénonce également, c’est l’absence de reconnaissance. "Aujourd’hui je me retrouve méprisé par la direction, n’ayant aucune reconnaissance malgré le fait que ma vie a été mise en danger. J’aurais pu mourir." Pour Freddy Serveaux qui exerce au sein de la Sodiparc depuis 19 ans, ce problème ne date pas d’hier. "Je ne veux pas que cela se reproduise", dit-il.

Pour Éric Talassia, délégué syndical UR 974 à la Sodiparc," Freddy Serveaux est l’un des meilleurs contrôleurs du réseau". Il ajoute, "si on a accompagné M. Serveaux à faire ce procès, c’est pour que cela ne se reproduise plus". Pour le syndicat, "l’employeur aurait dû prendre des mesures suffisantes contre cet accident du travail". Éric Talassia rappelle l’enquête qu’il y a eu en 2019 au sein de la Sodiparc. "Il y a eu une expertise pour risques graves et suite à cela le tribunal a validé la nomination d’un expert agréé." Il explique que "l’expertise a pu démontrer un nombre important de mesures qui n’ont pas été respectées". D’après le syndicaliste, "depuis cela, les préconisations de l’expert n’ont pas été suivies par la direction". Pour Éric Talassia, les mesures prises ne sont "que des mesurettes".

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- Un manquement de la part de ses supérieurs –

Le contrôleur de bus et son avocate ont donc décidé de porter plainte contre la Sodiparc pour faire reconnaitre la faute et le manque de sécurité envers les salariés. "C’est la première fois que l’on va au pôle social pour ce genre de problème", explique l’avocate, Maître Vanessa Rodriguez. "Ce qui a motivé M. Serveaux à aller plus loin, c’est pour que cela n’arrive pas aux autres", explique-t-elle. "Ici, mon client veut démontrer qu’il y a un souci et que cela aurait pu être évité. Mon client est psychologiquement très touché et il n’est pas prêt à reprendre et surtout pas à ce même poste et dans ces conditions", souligne l’avocate.

Devant le pôle social du tribunal, l’avocate tend à faire reconnaitre la faute et les manquements de l’employeur. "L’employeur est fautif ici, il y a préjudice pour la faute inexcusable" assure-t-elle. Maître Vanessa Rodriguez demande la reconnaissance de la responsabilité de la Sodiparc. "Si le juge dit oui mon client pourra prétendre à des indemnités évaluées par un expert", explique-t-elle.

Du côté de la Sodiparc, la version est tout autre. Pour Nicolas Rupert, directeur délégué, l’incompréhension règne. "Je suis extrêmement déçu parce qu’il se passe" confie-t-il. Pour la Sodiparc, la faute revient à M. Serveaux. "Il est référent ce jour-là et la consigne est claire, de 20 heures à 21 heures il est interdit de faire le contrôle seul. Il doit seulement faire des rondes sur le réseau mais pas de contrôles de titres". Le directeur délégué explique que "le jour même on l’a accompagné". Il ajoute que "c’est inenvisageable qu’un employeur envoie un contrôleur seul". Nicolas Rupert dit "ne pas comprendre pourquoi Freddy Serveaux se retourne contre la Sodiparc. Je suis abasourdi par ce retournement de situation. Ce qui se passe est injuste."

Nicolas Rupert, qui dirige l’entreprise depuis 2019 explique, "depuis deux ans on a pris le soin d’accompagner tous les salariés, on a même fait le nécessaire pour qu’il n’y ait plus de problèmes de sécurité".

- Les réseaux de transport en commun de La Réunion parmi les plus sûres -

Dans les transports en commun de La Réunion, la sécurité des usagers, conducteurs et contrôleurs est primordiale. Du côté de la Sodiparc, les 28 contrôleurs sont équipés pour faire face aux agressions verbales et physiques. "Ils ont des gants et gilets anti-lacérations et des caméras piéton", explique Nicolas Rupert. Les conducteurs sont quant à eux derrière une vitre anti-agression et se trouvent en lien permanent avec le centre de régulation. Les 85 véhicules du réseau disposent aussi de vidéo-protection. Une procédure est également mise en place pour assurer la sécurité de tous. "On a un partenariat avec les forces de l’ordre et tous les trois jours on mène des opérations conjointes", détaille-t-il. "Sur notre réseau, on a un incident pour 111.000 voyages", souligne le directeur délégué. "Le réseau Citalis est l’un des réseaux les plus sûrs de France."

Une sécurité dans les transports en commun à La Réunion en hausse grâce à une chaine de sûreté mise en place. Fabrice Grolleau, en charge du contrôle médiation sûreté sur le réseau Car Jaune et spécialiste de la sécurité explique que sur le réseau que gère la Transdev (Car Jaune, Citalis, Kar’Ouest, Estival et Alternéo), est mis en place une action de lutte contre la fraude et l’insécurité. "On travaille dans le cadre d’une convention sécurité transport qui est pilotée par le syndicat mixte des transports" ajoute-t-il. Une convention intégrée à un observatoire de la sécurité qui centralise l’ensemble des incidents et permet de mettre en place des actions cohérentes. En tout, il y a 1.000 opérations par an, tous réseaux confondus.

À La Réunion, "98% des flottes sont équipées de vidéo-protection et dans 100% des cas l’extraction des enregistrements a permis l’interpellation des individus avec une réponse judiciaire derrière", explique Fabrice Grolleau. "De manière globale, il y a une pression positive menée depuis dix années sur le réseau, notamment grâce à la coordination avec les forces de l’ordre", explique l’expert de la sécurité. Grâce à cela, la fraude a diminué de 60% sur le réseau Citalis et de près de 100% sur le réseau Car Jaune.

Fabrice Grolleau explique que la sûreté est un point primordial pour les transporteurs. Les derniers chiffres de l’Observatoire de la mobilité sur le volet sûreté au niveau national, sortis en 2022, le confirment. 82% des personnes estiment très important de renforcer la lutte contre la délinquance dans les transports en commun, 80% disent qu’il faut renforcer la lutte contre les incivilités, 62% estiment important de renforcer la lutte contre la fraude, 51% souhaitent plus de présence humaine dans les véhicules, arrêts et gares routières, 19% veulent renforcer la vidéo et 17% estiment qu’il faut mettre en place un dispositif d’alerte en cas de problème de sûreté.

Dans le secteur des transports en commun, d’énormes investissements ont d’ailleurs été faits depuis dix ans au niveau national. 188 millions d’euros ont été déployés pour la sûreté, 200 millions pour les moyens humains, d'après l’Observatoire de la mobilité.

ma.m/www.ipreunion.com/[email protected]

   

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