La Croix-Rouge alerte sur la précarité alimentaire :

En 2021, un Réunionnais sur dix a eu recours à des aides alimentaires


Publié / Actualisé
Ce jeudi 30 juin 2022, la Croix-Rouge a restitué les résultats de son enquête "Comprendre l'accès à l'alimentation des plus précaires à La Réunion". L'enquête a révélé un taux alarmant de précarité alimentaire dans l'île. En 2021, un Réunionnais sur dix a eu recours à des aides alimentaires, soit 68% de plus qu'il y a quatre ans. (photo : Imaz Press)
Ce jeudi 30 juin 2022, la Croix-Rouge a restitué les résultats de son enquête "Comprendre l'accès à l'alimentation des plus précaires à La Réunion". L'enquête a révélé un taux alarmant de précarité alimentaire dans l'île. En 2021, un Réunionnais sur dix a eu recours à des aides alimentaires, soit 68% de plus qu'il y a quatre ans. (photo : Imaz Press)

- La précarité alimentaire en forte augmentation -

La précarité alimentaire représente la part de la population qui bénéficie d'un "accès restreint, inadéquat ou incertain, à des produits alimentaires sains". Face à ce phénomène de plus en plus important à La Réunion, de nombreuses associations publiques ou privées soutiennent cette part de population, à travers la distribution de repas ou de colis alimentaires.

Dans ce contexte, la Croix-Rouge a été missionnée par l'Etat et les collectivités locales pour mener une étude sur ce phénomène.

Ecoutez Camille Dargone, la sous-préfète chargée de mission Cohésion sociale à La Réunion

La Croix Rouge a réalisé son enquête sur un panel de 337 personnes touchées par la précarité alimentaire. 46% des personnes interrogées déclarent "manquer souvent de nourriture", 44% excluent de leurs courses certains aliments comme la vainde, les fruits et les légumes" et 42% d'entre eux disent "se priver de repas au bénéfice de leurs enfants".

L'enquête souligne aussi que chaque semaine près de 3000 personnes bénéficient de l'aide alimentaire. Un chiffre en augmentation exponentielle chaque année, en particulier depuis la crise du Covid.

Ecoutez Laurent Morin, directeur territorial de la Croix Rouge

Parmi les personnes interrogées, 53% disent "se priver de viande", et 55% disent "ne pas pouvoir donner à leurs enfants les aliments qu'ils souhaiteraient consommer." Cette situation de précarité alimentaire importante  s'explique en grande partie par "des prix sur les produits alimentaires supérieurs de 28% par rapport à la métropole", peut-on lire dans le rapport, tandis que "le taux de personnes vivant sous le seuil de pauvreté sur l'île s'élève à 37%, contre 17% sur le territoire national."

- Des profils de bénéficiaires variés –

Manon Heribert-Laubriat, directrice du pôle "lutte contre les exclusions" à la Croix-Rouge, a décrit quatre profils types de bénéficiaires. "En premier, il y a les personnes âgées, qui représentent une augmentation significative de la part de bénéficiaires. Parmi eux, un tiers touche une retraite inférieure à 600 euros par mois. On déplore une augmentation significative des plus de 65 ans en situation de précarité depuis trois ans".

Elle ajoute "qu'il y a ensuite des personnes d'âge intermédiaire sans emploi, qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts, ce sont les plus nombreux parmi les personnes en situation de précarité alimentaire".

En troisième position, se trouent "des personnes d'âge intermédiaire, qui occupent un emploi, ce sont les 'les travailleurs pauvres'. Ils ont un revenu, mais ça ne leur suffit pas. Les personnes d'âge intermédiaires sont souvent contraintes de ne pas manger au détriment de leurs enfants".

La dernière catégorie, "ce sont les jeunes, âgés de moins de 25 ans, ils sont très souvent privés de revenus, ou ont des revenus très faibles. Lorsqu'ils ne peuvent pas bénéficier d'une solidarité familiale, ils ne s'en sortent pas, et malheureusement, cette dernière catégorie se développe extrêmement rapidement" indique Manon Heribert-Laubriat

- La nécessité de trouver de trouver des perspectives –

Selon Manon Heribert-Laubriat, plusieurs freins restreignent les personnes dans le besoin. "Il y a tout d'abord des freins matériels, c'est-à-dire des difficultés pour se déplacer jusqu'aux points de distributions, car ils sont souvent éloignés de leur domicile, et il n'y a pas toujours de transports en communs"

Elle pointe aussi "les freins administratifs, qui se traduisent par le manque d'informations, la méconnaissance des différentes structures existantes, ou les difficultés pour effectuer les démarches nécessaires pour pouvoir bénéficier des apports alimentaires. Il y a surtout les freins psychologiques, beaucoup de personnes ont honte de leur situation, ils vivraient le fait de bénéficier d'aide alimentaire comme un énorme déclassement social".

Selon le rapport de la Croix-Rouge, 20% des enquêtés témoignent d'un sentiment de gêne de bénéficier d'aide pour pouvoir se nourrir.

Dans son rapport, la Croix-Rouge soumet plusieurs propositions pour remédier à ces différents freins. Le développement de "l'aller vers" pour les personnes éloignées, en proposant par exemple des livraisons à domicile, mais également "de meilleures informations et orientations pour faire connaître le rôle des associations".

Pour cela, Manon Héribert estime qu'il est nécessaire de "mieux se coordonner entre les différentes structures pour se diversifier et accroître les offres". Elle explique aussi la nécessité de "renforcer l'accompagnement social des ménages, d'améliorer les conditions d'accueil, d'écoute et d'accompagnement", et surtout de "déstigmatiser le fait de bénéficier d'aide alimentaire".

Afin d'imaginer de nouvelles solutions, la Croix-Rouge a profité de cette journée pour mettre en place différents ateliers, sous forme de tables rondes. Elles rassemblent des bénévoles de différentes associations et des bénéficiaires de denrées alimentaires, dans le but de "permettre aux différents acteurs de travailler ensemble autour des mêmes thématiques, afin de trouver des solutions grâce à l'intelligence collective".

Emilie Bonnet, coach sociale, organise ces ateliers. Ecoutez

Si ces ateliers permettent de "renforcer la cohésion sociale et la solidarité entre les différentes victimes de la précarité", la situation globale ne semble pas en voie d'amélioration. Selon Manon Héribert-Laubriat, le nombre de bénéficiaire "continue de croître en 2022 à un rythme au moins aussi élevé qu'en 2021."

tr/www.ipreunion.com / [email protected]

   

2 Commentaire(s)

MôvéLang, Posté
Le whisky, même en promotion ne descend jamais en dessous de 15, ... ' les cigarettes, plus de 10 ' ( un seul paquet) les voyages à Madagascar, Maurice, les croisières en Méditerranée ou Caraïbes le smartphone etc etc n'arrêtent pas de gaumenter , normal que les gens n'ont plus rien à manger,
Justine, Posté
Pour faciliter le travail de tous les acteurs (associations, etc.), je soumets une seule proposition, mais très efficace : - Pour La Réunion dont les prix des produits alimentaires, et autres, sont de 28% plus élevés qu'en métropole, le minimum vieillesse, les aides pour les jeunes, ainsi que les revenus des travailleurs, ceux qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts parce qu'ils ont une famille nombreuse, doivent tous être de + 30 %. Il est impensable de vivre dans un pays riche comme la France, qui adresse à des pays en guerre des sommes faramineuses en armes, alors que certains de ses citoyens manquent de nourriture. S'il vous plait les élus, bougez-vous... vite !!!