Une autre façon de sensibiliser :

La jeunesse réunionnaise se tourne vers les réseaux sociaux pour militer


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Luttes LGBTQI, anti-racistes, féministes, décolonialistes... Le militantisme commence à gonfler à La Réunion, et ce grâce aux réseaux sociaux. Si la vie militante a souvent été minoritaire dans l'île, aujourd'hui, de plus en plus de voix se font entendre, sur des sujets divers et variés. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Luttes LGBTQI, anti-racistes, féministes, décolonialistes... Le militantisme commence à gonfler à La Réunion, et ce grâce aux réseaux sociaux. Si la vie militante a souvent été minoritaire dans l'île, aujourd'hui, de plus en plus de voix se font entendre, sur des sujets divers et variés. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

En surfant sur Instagram, des comptes floqués du drapeau de La Réunion commencent à abonder. Tous traitent de problématiques différentes, de la santé mentale à l'homosexualité ou la transidentité, en passant par le néocolonialisme. A visage découvert ou sous couvert d'anonymat, des jeunes Réunionnais témoignent et militent pour une société égalitaire et juste.

"Nous sommes vraiment dans une génération qui se mobilise de plus en plus, et Instagram est une excellente tribune pour faire passer nos messages" explique Julien, qui tient la page Nout lidentité, qui traitent des questions LGBTQI+ à La Réunion. Basé à Londres, le jeune Réunionnais observe depuis le Royaume-Uni les changements de l'île face à cette communauté.

"Quand j'étais plus jeune, je n'avais aucune représentation, aujourd'hui c'est plus simple mais ça reste tout de même tabou. Donner la visibilité à la communauté, c'est montrer qu'elle existe et que les jeunes de la communauté LGBTQI+ ne sont pas seuls" explique ce dernier.

Si la représentation LGBTQI+ reste encore limitée à La Réunion, Julien est persuadé que c'est en déliant les langues et en encourageant une représentation active de la communauté que les mentalités pourront évoluer. Et d'après lui, cela commence par la sensibilisation de la jeunesse.

- Aborder la santé mentale -

Parler des sujets tabous et les visibiliser, c'est un peu le motto de ces comptes. L'administratrice de la page de "Bien dans ses savates" tente de normaliser les discussions autour des problèmes de santé mentale dans l'île.

"Aujourd'hui encore, les problèmes de santé mentale sont stigmatisés, ici comme ailleurs, et les gens ont honte d'en parler. J'essaie d'encourager la population à se confier, pour montrer à tous qu'on est pas seul dans cette situation difficile" explique la jeune femme, qui souhaite rester anonyme.

En se basant sur diverses études publiées ces dernières années, et sur les témoignages qu'elle reçoit, elle tente donc d'ouvrir la discussion sur un problème encore sensible à La Réunion. "Dans une île où la deuxième cause de mortalité chez les jeunes est le suicide, il est primordial d'alerter et d'encourager les gens à en parler" insiste-t-elle.

Elle indique avoir reçu énormément de témoignages de jeunes, mais aussi de moins jeunes. "J'ai vu des personnes de plus de 60 ans s'abonner à mon compte, c'est surprenant et ça fait surtout plaisir" s'enthousiasme-t-elle. Lancé très récemment, son compte a déjà plus de 300 abonnés. "C'est inattendu, mais je pense que ça montre que les Réunionnais ont besoin d'aborder ces questions."

Elle a par ailleurs collaboré avec Julien pour discuter des problèmes de "masculinité toxique", un concept qui théorise le comportement des hommes et l'influence de la société sur ce dernier.

- D'Instagram aux rues réunionnaises -

Si certains comptent sensibiliser uniquement via des posts et des "stories" sur les réseaux, d'autres appellent à se mobiliser dans la rue. Récemment, des militantes féministes ont repris le concept des collages contre les féminicides.

L'appel est né sur Instagram, encore une fois. Mais l'objectif était d'investir la rue, pour véhiculer à travers les lieux publics et les réseaux sociaux leur message.

D'autres actions ont aussi été véhiculées par les réseaux ces derniers temps, comme la marche contre les violences policières, qui était pour le coup une initiative personnelle. Des visages militants commencent aussi à se faire voir, via Instagram mais aussi Twitter, comme Mathilde du compte Mathykoz, qui a réuni plusieurs milliers de signatures contre le livre Zoreil Chapé grâce à sa mobilisation sur les réseaux.

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La vie militante est, depuis longtemps, plutôt limitée à La Réunion. Grâce aux réseaux sociaux, les jeunes, de plus en plus engagés, peuvent désormais échanger et mobiliser afin de faire bouger les lignes. Une façon de délier les langues sur les problèmes de société, et de faire évoluer les mentalités.

as / www.ipreunion.com / [email protected]

   

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