Industrie agro-alimentaire :

Leucose Bovine Enzootique : une spécificité réunionnaise


Publié / Actualisé
Selon le "Bulletin épidémiologique, santé animale et alimentation" d'Octobre 2014/numéro 64 "Spécial Maladies réglementées et émergentes (MRE) - Bilan 2013", ou ses versions annuelles antérieures: "La France est reconnue officiellement indemne de leucose bovine enzootique chez les bovins depuis 1999. L'incidence annuelle est inférieure à 0,01 %. La surveillance vise à attester le statut officiellement indemne et à détecter une recrudescence des cas éventuels..." Seule variante d'une année sur l'autre, les "rares cas" détectés sur le territoire national :"Les deux cas détectés en 2013 ne présentaient pas de signes cliniques, mais uniquement des réactions sérologiques, ce qui est cohérent avec la pathogénie de la maladie pour laquelle moins de 10 % des animaux infectés développent des formes tumorales..."
Selon le "Bulletin épidémiologique, santé animale et alimentation" d'Octobre 2014/numéro 64 "Spécial Maladies réglementées et émergentes (MRE) - Bilan 2013", ou ses versions annuelles antérieures: "La France est reconnue officiellement indemne de leucose bovine enzootique chez les bovins depuis 1999. L'incidence annuelle est inférieure à 0,01 %. La surveillance vise à attester le statut officiellement indemne et à détecter une recrudescence des cas éventuels..." Seule variante d'une année sur l'autre, les "rares cas" détectés sur le territoire national :"Les deux cas détectés en 2013 ne présentaient pas de signes cliniques, mais uniquement des réactions sérologiques, ce qui est cohérent avec la pathogénie de la maladie pour laquelle moins de 10 % des animaux infectés développent des formes tumorales..."

Pourtant, à La Réunion, si l'on en croit le Groupement de Défense Sanitaire de la Réunion, "Entre 2002 et 2006, les dépistages systématiques ont mis en évidence des taux de prévalence très important du cheptel réunionnais (> 70% au niveau du cheptel laitier). Considérant le faible impact clinique de la maladie, le fait qu’aucune exportation n’était envisagée et surtout le coût que représenterait un plan d’éradication pour les filières (abattage de plus de la moitié du cheptel), La Réunion a sollicité en 2007 auprès de la Direction Générale de l'Alimentation une dérogation aux mesures de prophylaxie applicables en métropole vis-à-vis de la Leucose bovine (…) La forme sub-clinique étant peu marquée, son impact réel sur la production locale est difficile à quantifier précisément mais est en tout état de cause faible. Son impact indirect (lié à une baisse de l’immunité) peut être limité en respectant une conduite d’élevage adaptée…"

Même discours, à peu de choses près, dans le rapport commandité par la Direction générale de l'Alimentation : "Expertise sur la mortalité des bovins laitiers à la Réunion Avril 2009" réalisé par  P.Brunschwig, de l'Institut de l’élevage, R.Lancelot, du CIRAD et G.Zanella, de l'AFSSA : "La seule maladie réglementée encore présente sur l’île est la leucose bovine enzootique. La séroprévalence de cette maladie à la Réunion est très élevée : de l’ordre de 70 % dans les élevages laitiers et de 20 % dans les élevages allaitants. En raison de cette forte prévalence, l’Etat a accordé une dérogation à l’obligation de réaliser la prophylaxie contre la leucose (…) La leucose peut mettre des mois ou des années à se développer et les symptômes et lésions sont donc très rarement observés chez des sujets de moins de deux ans. Cependant, la contamination intervient précocement. Seulement 1 à 5 % des bovins infectés vont développer très tardivement la forme cancéreuse qui se caractérise le plus souvent par l’apparition de tumeurs malignes dans plusieurs organes. Dans la plupart des cas, cette forme n’a pas le temps d’apparaître pendant la vie économique des animaux. Quand elle se produit, les signes généraux sont une perte d’appétit, une baisse de productivité et une perte de poids. D’autres symptômes peuvent être observés selon les organes atteints : troubles cardiaques ou digestif (caillette). Une étude a montré que le risque de voir apparaître d’autres maladies infectieuses (mammite, troubles respiratoires et digestifs) était plus élevé dans les élevages infectés de leucose que dans les élevages indemnes (Emanuelson et al, 1997)…"

Si ce n'est que la nature de la dérogation qui procéderait d'une démarche de l'Etat est présentée comme une bulle papale tombée du ciel.

Le fait est que depuis 2007, pour la Sicalait, (Jacques Lepetit cité par la préfecture dans le compte rendu de la réunion Leucose bovine enzootique du 7 novembre dernier), "cette maladie ne figure plus dans les priorités et il n'y a plus d'analyse LBE…", quand bien même on sait que la leucose est réglementée au plan communautaire. Quant à la fameuse dérogation, elle serait un pur jeu d'écritures administratif,  sans valeur légale ou réglementaire, au niveau national ou communautaire. Autant dire que cette "dérogation" constitue une anomalie, pour ne pas dire plus, et que les conséquences qu'elle implique pourraient bien faire de la crise sanitaire de la filière lait à La Réunion un lourd contentieux franco-européen.

Enfin, si la leucose n'est pas une zoonose, soit une maladie animale transmissible à l'homme, une forte prévalence, comme c'est le cas à La Réunion, fait le lit de nombre d'autres affections du cheptel du fait de la fragilisation du système immunitaire des bêtes séropositives. De fait, la surmortalité qui affecte le cheptel laitier réunionnais découle en sus de la leucose, de la rhinotrachéïte infectieuse bovine (IBR), de la paratuberculose, de diverses pathologies respiratoires, de l’anaplasmose bovine, entre autres babésioses, maladie hémorragique des cervidés (EHD) version bovine, fièvre catarrhale ovine (FCO)…

Mais comme Frédéric Aymé, vétérinaire sanitaire et président du syndicat des vétérinaires de La Réunion, l'a souligné en préfecture le 7 novembre dernier, "auparavant, les cadavres faisaient l’objet d’autopsie financées par l’État, ce qui permettait de déterminer la cause de la plupart des mortalités. Aujourd’hui, ces autopsies ne sont plus financées d’où une perte d'informations épidémiologiques et sanitaires…"

   

2 Commentaire(s)

Pierre, Posté
Le leucose bovine s'avère être une zoonose, même si la francophonie semble ne pas avoir lu les dernières publications US en la matière. il vaut mieux être indemne comme la métropole car c'est un véritable problème de santé publique et qui s'avérera comme tel. Le virus semble fortement lié à certains cancer du sein chez les femmes. ( 1 référence scientifiques : emerging infectieous disease, vol 20, N°5, may 2014)
Fleur, Posté
Si les animaux étaient élevés dans le respect de leur nature, il est fort probable qu'ils n'auraient pas de maladies. Si des maladies sont émergentes, il faut se tourner vers les OGM dont on les nourrit. Egalement, soigner ses animaux de manière naturelle devrait apporter un certain rendement. Mais quand les lobbies chimiques, pharmaceutiques et de l'agro alimentaire sont là, inutile de se poser des questions quant aux maladies de ces pauvres animaux...