Logement social ultramarin :

Maurice Gironcel : "les politiques publiques doivent s'adapter à nos territoires"


Publié / Actualisé
L'Union sociale pour l'habitat Outre-mer (USHOM), Interco' Outre-mer et l'ACCD'OM respectivement présidées par Francois Caillé et Maurice Gironcel, ont organisé ce 27 septembre un colloque au Palais du Luxembourg dont le thème était : " le logement social ultramarin : au centre des enjeux économiques, sociaux et du changement climatique. En clôture de ces échanges, Maurice Gironcel a plaidé pour une "adaptation des politiques publiques à nos territoires". Nous publions intégralement son intervention ci-dessous (Photo D.R.)
L'Union sociale pour l'habitat Outre-mer (USHOM), Interco' Outre-mer et l'ACCD'OM respectivement présidées par Francois Caillé et Maurice Gironcel, ont organisé ce 27 septembre un colloque au Palais du Luxembourg dont le thème était : " le logement social ultramarin : au centre des enjeux économiques, sociaux et du changement climatique. En clôture de ces échanges, Maurice Gironcel a plaidé pour une "adaptation des politiques publiques à nos territoires". Nous publions intégralement son intervention ci-dessous (Photo D.R.)

"Je rejoins monsieur le Président de l’USHOM et vous remercie grandement de votre présence ici aujourd’hui, présence qui témoigne d’un vif intérêt concernant la question du logement social dans nos territoires ultramarins… Je ne m’attarderai pas non plus pour laisser place aux interventions. Toutefois, je souhaite soulever quelques points de réflexions et discussions qui me semblent essentiels lorsque l’on aborde humblement le " logement social " dans toutes ses dimensions.

Des besoins croissants et de nombreux freins

Comme le dit le Président Georges Patient, le compte n’y est pas et les ambitions sont pourtant à la baisse. De l’objectif de 150 000 logements à construire prévu par la loi égalité réelle Outre-mer, nous peinons à atteindre les 10 000 logements par an pour l’ensemble des Outre-mer. Le logement et le logement social en particulier est pourtant la matrice du développement de nos territoires.

Les besoins sont de plus en grands et les freins sont nombreux. Entre autres… L’évolution démographique et socio démographique ; l’exode économique ; et la difficulté des ménages à se loger dans le parc privé en sont quelques raisons ; De l’autre côté ; la difficulté de mobiliser du foncier, les prix de la construction, les millefeuilles administratifs freinent la production.

L’application de standards venus de l’hexagone ne sont pas pour faciliter la tâche, loin s’en faut. A ce sujet, j’aimerais dire un mot : L’architecture et l'urbanisme sont des marqueurs identitaires déterminants. Il ne faut pas subir la pression du modèle existant et plutôt s'inspirer de nos modes de vie et de notre organisation sociale qui sont différents de ceux de l'Hexagone. À titre d’exemple la mixité sociale ne peut être engagée sur nos territoires dans les mêmes termes que ceux de l’hexagone.

Les attentes des populations des Outre-mer

L'analyse de l'occupation des espaces, qu’ils soient privés ou collectifs d'ailleurs, de nos modes de vies et d’interaction sont les seuls à pouvoir garantir des constructions et des espaces qui bénéficieraient d’une parfaite adhésion des citoyens et de leur appropriation. Ainsi, pourquoi ne pas intégrer dans les financements des logements sociaux les équipements de proximité nécessaires au bien vivre des résidents ?

Aujourd’hui les équipements de proximité comme les jardins familiaux, les aires de jeux, etc. ne sont pas financés dans les opérations de logements sociaux. Or ce sont des éléments contribuant largement au bien vivre des locataires et à l’appropriation des espaces par les habitants. Ces équipements, gérés ensuite par les collectivités, devraient être financés dans les opérations sans surcoût de loyer.

Il apparaît également plus que nécessaire d’assouplir les critères de financements LBU pour garantir un loyer compatible avec les revenus des familles. Le financement doit avoir pour critère le loyer de sortie pour les locataires. Les petits logements par exemple sont en nombre insuffisants sur le territoire de La Réunion et une difficulté d’accès pour les personnes seules avec de bas revenus.

Il est nécessaire d’adapter les financements en fonction de la taille du logement ou des surcoûts liés au foncier ou à l’aménagement afin que les loyers de sortie des opérations restent accessibles à la population. Cela nécessite une transparence totale sur la formation du coût des logements et sur les coûts de gestion par les organismes de logements sociaux.

Les moyens humains dans les collectivités ne permettent pas toujours d’avoir l’expertise et l’ingénierie suffisantes pour sortir ces opérations ou définir de nouvelles opérations.

Une aide de l’État pour la mise en œuvre d’opérations qui permettent d’aménager du foncier pour les opérations de logements doit se concrétiser par la mise à disposition des collectivités d’ingénierie spécialisées dans les opérations d’aménagement.

Comprendre la vie du territoire dans toutes ses dimensions


Je souhaite également lancer d’autres pistes de réflexions qu’il me sera difficile, faute de temps, de développer à cet instant… toutefois je vous demande de réfléchir ensemble : À revoir la gouvernance de la Commission Attribution Logement À revoir le modèle économique de financement des logements sociaux À revoir la terminologie même du terme "logement social". À revoir les obligations des bailleurs dans les aménagements connexes de cohésion sociale.

Il est certain que pour que l’action publique gagne en efficacité sur nos territoires, elle doit acquérir le sens de l'observation des politiques locales et tenter de comprendre la vie du territoire dans toutes ses dimensions qu'elles soient économiques, sociologiques et urbanistiques.

C’est dans cet esprit et dans l’objectif de porter les spécificités de nos territoires et de vous sensibiliser, de donner de la visibilité à ces différences qui appellent une adaptation des politiques publiques à nos territoires que nous avons voulu, avec François Caillé, organiser ce colloque"


 

   

2 Commentaire(s)

Papillon diurne, Posté
Et moi, qu'est-ce que j'en pense de ce énième colloque, conférence, table ronde, rencontre, échange, séminaire, atelier, ..., je me demande quand est-ce que toute la population réunionnaise (et le reste des Outre-mer ! 12 au total, à l'échelle de la nation française...) aura enfin et une bonne fois pour toutes : un logement décent !Le logement tout seul, ne signifie pas grand-chose, au sens de la nécessaire cohérence de l'ensemble des politiques publiques : que ce soit locataire ou propriétaire, il faut être capable d'assumer les obligations et les devoirs, pour vivre en communauté de toutes façons. Pour être capables de payer ces charges (loyers, remboursement de prêt, factures: eau, assainissement, électricité, téléphonie, internet, etc., les impôts, les taxes), il faut avoir des ressources, des revenus, une situation qui passe la plupart du temps par un [vrai] travail, emploi! (sauf pour les retraités...).Là où le bât blesse, c'est que dans les départements d'outre-mer, enfin il ne reste que l'archipel de la Guadeloupe et nous, les autres ont un statut différent y/c Mayotte (département sur "papier"), l'État français n'aura jamais créé et développé et consolidé une industrie de production, générant des richesses !Quant au politique local, il s'est toujours contenté de peu dans la solidarité nationale, quand ils ne tirent dans les pieds (et hachent par derrière dès qu'un collaborateur d'un ministère commence à échanger avec eux...ils veulent devenir incontournables au regard de leurs îles et territoire : la Guyane n'est pas une île, en passant ! 91 000 km2, c'est un pays de l'Amérique du Sud. Ces dernières années, on a vraiment fait du grand n'importe quoi...Quand je regarde Ste-Suzanne, et toutes les autres du littoral, je m'interroge grave!Déjà si chaque commune commençait par gérer son patrimoine (infra bâti réseaux équipements publics : avez-vous foulé les rues de Saint-André, de Saint-Louis'On pourrait faire beaucoup de progrès dans la construction de nouveaux logements : à adapter aux besoins de la population d'ici...Il y a trop de baiseurs de paké à tous les niveaux et maillons...trop de malfaçons in fine...L'art de construire, ce n'est pas ça !Je suis allée dans beaucoup de pays (Suède, USA, BELGIQUE, NOUVELLE ZÉLANDE, ESPAGNE, ANGLETERRE, HOLLANDE, DANEMARK,...), ici c'est du courage de gueule. On commet trop d'erreurs dans l'aménagement de mon île.
Missouk, Posté
"lu la kas larmoir" Monsieur Maurice. Quel joli costume !