Les offres de ventes se multiplient sur les réseaux sociaux :

Se procurer un faux pass sanitaire : un jeu d'enfant qui peut coûter (très) cher


Publié / Actualisé
Se procurer un faux pass sanitaire ? C'est presque un jeu d'enfant... Depuis quelques mois, les propositions de faux pass abondent sur Facebook, Instagram, Télégram ou Snapchat. Les comptes de vendeurs éclosent à grande vitesse. D'après Gérald Darmanin, 192.483 faux pass sanitaires étaient décomptés en France au 30 décembre 2021. A La Réunion, plusieurs affaires du genre sont actuellement traitées par la justice. Devant l'ampleur de ce nouveau trafic de documents, les autorités souhaitent renforcer les sanctions prévues à l'encontre des fournisseurs et de leurs bénéficiaires. (Photo rb/www.ipreunion.com)
Se procurer un faux pass sanitaire ? C'est presque un jeu d'enfant... Depuis quelques mois, les propositions de faux pass abondent sur Facebook, Instagram, Télégram ou Snapchat. Les comptes de vendeurs éclosent à grande vitesse. D'après Gérald Darmanin, 192.483 faux pass sanitaires étaient décomptés en France au 30 décembre 2021. A La Réunion, plusieurs affaires du genre sont actuellement traitées par la justice. Devant l'ampleur de ce nouveau trafic de documents, les autorités souhaitent renforcer les sanctions prévues à l'encontre des fournisseurs et de leurs bénéficiaires. (Photo rb/www.ipreunion.com)

"Retrouve ta liberté ! Passe sanitaire, trois doses. Documents nécessaires : carte vitale et carte d'identité ", "Un pass authentique généré directement sur la base de données de l'assurance-maladie", " Vous avez besoin de trois doses de vaccin ? C'est désormais possible grâce au Docteur Du Jardin". Sur les réseaux sociaux, les petites annonces de faux pass sanitaires se multiplient.

250 à 300 euros, c'est le prix d'un pass, sans être passé par la case vaccination. Sur Facebook, les posts de non vaccinés à la recherche du sésame abondent. Le nombre de vendeurs explose et ceux-ci n'hésitent pas à proposer leurs services, même sur des groupes sans lien avec le trafic de faux pass. En-dessous de publications inoffensives, les fraudeurs inondent les espaces commentaires avec leurs tarifs et leur contact.

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- Se procurer un faux pass : ce n'est pas sorcier, même si ça reste illégal -

La rédaction d'Imaz Press a tenté l'expérience (sans aller jusqu'au bout bien sûr). Pour échanger avec un vendeur, il suffit de quelques minutes seulement. Sur Snapchat, les avatars" Faux pass sanitaire" se compte par dizaines. Sur Télégram, on ne dénombre plus les pseudonymes vendant des contrefaçons. À première vue, trouver des faussaires semble facile. Obtenir un faux pass sanitaire valide requiert cependant quelques étapes.

Pour engager la conversation avec un vendeur, nous avons prudemment demandé "est ce que vous vendez des pass sanitaires ?" En quelques secondes seulement, notre message était lu et notre interlocuteur tapait déjà sa réponse : "oui, ils coûtent 300 euros et sont enregistrés sur Améli en votre nom avec les trois doses". "Comment être sûr qu'il fonctionne ?" avons-nous questionné. "Vous pouvez l'utiliser même pour prendre l'avion, c'est un médecin qui m'a confié ses accès" affirme le faussaire, envoyant une photo d'un supposé faux pass, réalisé au nom d'un homme d'une quarantaine d'années, censé être vacciné de trois doses de Moderna (cf photo en tête de cet article).

Mais attention aux arnaques : bien souvent, ces pass frauduleux ne sont pas toujours efficaces. Trafiquer un pass sanitaire est plus complexe qu'une simple modification du nom et de l'âge sur des logiciels. Plusieurs comptes proposent des pass dits "authentiques", mais les QR-codes sont sécurisés et uniques. Sur un pass, le code que l'on flashe permet de consulter différentes données : nom, prénom, âge et date de naissance, pays, type de vaccin et le nombre de doses réalisées.

De nombreux acheteurs se sont retrouvés victimes d'escroquerie, payant pour des faux pass qui se sont avérés invalides. Pour rassurer leur clientèle, les vendeurs expliquent avoir accès aux systèmes de traitement de données. Certains affirment travailler directement en pharmacie, dans le corps médical, ou encore à l'assurance maladie.

Plusieurs techniques de fraudes sont aujourd'hui utilisées. Elles passent soit par l'achat illégal d'un pass, soit par l'usurpation d'identité, la technique la plus courante. Pour un certain nombre de non-vaccinés disposant d'un faux pass, ce dernier est souvent celui d'une connaissance, tout le monde ne passe pas par un faussaire.

- L'usurpation de pass : une méthode répandue -

Un utilisateur de faux pass s'est confié à nous. "Au départ, je ne me suis pas fait vacciné simplement parce que je n'avais pas la motivation de devoir prendre un rendez-vous. Je n'étais pas contre la vaccination. Mais après, et très vite, j'ai ressenti une pression. Le gouvernement a imposé le pass sanitaire et tous les gens autour de moi me disaient, me forçaient presque à aller me faire vacciner. Aux repas de famille, le sujet revenait tout le temps. C'est sûrement par simple esprit d'opposition, mais le fait qu'on me le martèle tout le temps, je me suis senti forcé", explique John, (nom d'emprunt).

"Je ne me suis pas dit qu'il me fallait un faux pass tout de suite" ajoute-t-il. "J'ai pu passer une bonne partie de l'hiver sans vaccination. C'est en septembre que c'est devenu plus compliqué. Tous mes amis sont vaccinés et ils sortent dans les bars. C'était embêtant de ne pas pouvoir les suivre, de ne pas avoir une vie normale, tout simplement. Mais j'étais toujours décidé à ne pas me faire vacciner." C'est là qu'un ami lui propose un faux pass. "C'était vraiment super simple et je n'ai rien eu à payer. En tout, j'en ai eu deux. Je n'ai pas gardé le premier car je trouvais le deuxième plus réaliste. Aujourd'hui, j'emprunte le pass d'un garçon qui a mon âge. J'ai jamais vu la personne, je connais que son QR code", raconte-t-il.

Le jeune homme d'une vingtaine d'années ne s'inquiète pas de posséder et de présenter un faux pass. Jamais il n'a eu à présenter sa carte d'identité. Pour le moment, il ne se fait pas de souci et est résolu à ne pas se faire vacciner. "La seule chose qui m'inquiète, c'est pour trouver du boulot. Là, je ne pourrai pas y échapper, il me faudra présenter mon pass et ma carte d'identité. Je verrai bien ce que je ferai à ce moment-là", affirme-t-il. Pourtant, en cas de contrôle, il risque gros. L'usurpation de pass peut être punie de 750 euros d'amende.

- Durcissement des sanctions -

Face à la recrudescence de certificats de vaccination truqués, un texte de loi est actuellement examiné à l'assemblée et prévoit une augmentation des amendes en cas de fraude. En cas de présentation d'un faux document, la sanction, établie à 135 euros, passerait désormais à 1000 euros. Utiliser, procurer ou vendre des faux pass sanitaires, notamment via les réseaux sociaux, est passible de cinq ans de prison et de 75.000 euros d'amende maximum. Introduire frauduleusement des données dans un système de traitement automatisé est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 150.000 euros d'amende.

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"Une instruction est actuellement ouverte dans le département. Un homme est en ce moment même poursuivi pour avoir transmis des faux pass. Les centaines de bénéficiaires de ces faux documents sont eux aussi dans l'attente de leur sanction. J'ai déjà été saisie plusieurs fois pour ouvrir des enquêtes sur la vente de faux pass sanitaire, mais elles ont été bien souvent clôturées", affirme Carole Calbo, procureure au parquet de Saint-Pierre.

À Saint-Pierre, le cas d'un médecin mis en examen pour avoir établi une centaine de faux pass sanitaires a été dévoilé il y a quelques mois.

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"Pour ce qui est des enquêtes judiciaires, je ne suis pas submergée, mais peut-être qu'il existe un chiffre noir" estime Caroline Calbo. La Réunion ne semble pas être pas épargnée par le trafic de faux pass sanitaires, mais le nombre d'enquêtes judiciaires à ce sujet reste limité sur le département.

"Nous avons eu une interpellation la semaine dernière, une lundi et une à l'aéroport pour des cas de faux pass sanitaires" énonce la police. Le trafic et l'utilisation de faux pass à la Réunion ne paraît pas aussi fréquent qu'en Métropole. "Pour le moment, il est trop tôt, nous ne pouvons pas dresser de bilan sur l'utilisation de faux pass. Nous établissons désormais une vérification de l'identité lors des opérations de contrôles", explique la police.

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Si les non-vaccinés pouvaient encore bénéficier du pass sanitaire avec la réalisation d'un test antigénique négatif, la mise en place du pass vaccinal change la donne. Son application, qui ne permet plus aux non-vaccinés de se rendre dans les lieux accueillant du public sans schéma vaccinal complet, risque alors de déclencher une circulation encore plus active du trafic de faux de pass.

mc/www.ipreunion.com / [email protected]

   

3 Commentaire(s)

Jeanbon, Posté
Bravo aux fraudeurs, belles initiatives, ne pas se laisser "emmerder" !
HULK, Posté
Désolé,mais çà ne coûte pas assez cher.
Tricher n'est pas protégé, Posté
Il ne faut pas tricher tout simplement.