Masques insuffisants et prise en charge légère :

Covid-19 : le coup de gueule d'une kinésithérapeute testée positive


Publié / Actualisé
Des dizaines de personnels soignants ont été testés positifs au nouveau coronavirus à La Réunion mais cette fois c'est une kinésithérapeute qui a été testée positive, la première de sa profession sur l'île. C'est en menant sa mère malade et finalement touchée par la dengue aux urgences qu'elle a été dépistée. Munie des protections habituelles auprès de ses patients, cette kiné libérale ne sait pas comment elle a pu être contaminée. Mais rappelons que les kinés de l'île ont été dotés très tardivement de masques, selon les consignes de distribution de l'ARS, et qu'il ne s'agit pour l'instant que de masques chirurgicaux, pas de FFP2. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Des dizaines de personnels soignants ont été testés positifs au nouveau coronavirus à La Réunion mais cette fois c'est une kinésithérapeute qui a été testée positive, la première de sa profession sur l'île. C'est en menant sa mère malade et finalement touchée par la dengue aux urgences qu'elle a été dépistée. Munie des protections habituelles auprès de ses patients, cette kiné libérale ne sait pas comment elle a pu être contaminée. Mais rappelons que les kinés de l'île ont été dotés très tardivement de masques, selon les consignes de distribution de l'ARS, et qu'il ne s'agit pour l'instant que de masques chirurgicaux, pas de FFP2. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

La problématique des masques prend une tournure nouvelle. Car aujourd'hui, une kinésithérapeute est positive au covid-19, la première de sa profession. Kiné qui, comme l'ensemble de ses collègues sur l'île, n'a été munie jusqu'ici que de masques chirurgicaux.

Marie* a repris le travail le 6 avril dernier, après 3 semaines de confinement volontaire "pour être sûr", puisque ses parents venaient d'atterrir à La Réunion. Au moment où cette professionnelle libérale retourne travailler, les premiers masques destinés aux kinésithérapeutes sont délivrés.

Au bout de quelques jours, sa mère déclenche des symptômes de forte fièvre, accompagnée de vomissements et de diarrhée… Marie l'emmène chez le médecin pour une prise de sang, suspectant la dengue. Mais un soir sa mère fait "une poussée délirante", la kinésithérapeute appelle compose donc le 15 et le SAMU vient les chercher elle et sa mère vers 23h.

Comme le veut la procédure, sa mère est testée au covid et Marie en tant que soignante demande à l'être également. "Résultat : maman est négative et moi je suis positive". Pour Marie c'est une immense surprise et l'impression d'apprendre qu'elle est contaminée un peu au hasard… "Si ma mère n'avait pas été malade, je ne l'aurais peut-être jamais su." La kiné est en effet totalement asymptomatique.

"J'estime que je suis chanceuse" ajoute celle qui présente en effet des antécédents cardiaques. Personne fragile, elle ne développe aucune forme grave de la maladie, et son mari ainsi que ses deux parents, pourtant en contact régulier avec elle, ne sont pas contaminés.

- Contamination mystère -

Marie ne comprend pas comment elle a pu attraper le virus. "Quand je suis avec mes patients, je porte une visière, des gants, une blouse et une surblouse, je suis protégée au maximum". Mais c'est un masque chirurgical qu'elle porte, pas un FFP2.

"On ne sait toujours pas comment je l'ai eu". L'ARS lui a demandé de respecter la quatorzaine chez elle. "Maintenant je fais attention avec mes proches".

Il a pourtant fallu se battre avec l'ARS qui au départ, lui a envoyé "20 masques pour une semaine et pour toute la famille, on est 4 !" De nouveaux masques ont donc été renvoyés ce lundi matin, nous affirme-t-elle.

Depuis, elle a tenu à prévenir tous ses collègues kinés et infirmiers libéraux, qui côtoient les mêmes patients qu'elle. Soignants qui ont contacté le CHU de Saint-Pierre pour être testés à leur tour. "A Saint-Pierre on m'a fait comprendre que ce n'était pas à eux de faire ça" Contacté, le CHU nous confirme que dans le cas des travailleurs libéraux, les cas contact sont pris en charge par l'ARS, pas l'hôpital.

Quant aux patients de Marie, celle-ci affirme que faute de maladie à risque ou de symptômes, ceux-ci ne seront pas dépistés. "Seuls ceux à risque ont été testés soit 5 d'entre eux. Ils sont tous négatifs", affirme la kiné.

- Problème de masques -

"On aurait dû avoir nos masques FFP2 dès le début" estime Marie qui estime qu'avec une meilleure protection elle aura peut-être pu éviter d'être contaminée. "Je travaille auprès de patients touchés parfois par une pneumopathie chronique, des patients qu'on fait cracher. Plusieurs fois j'ai alerté en disant qu'il nous fallait des masques". Et les chirurgicaux ne seront jamais suffisants en termes de protection selon elle.

"Madame Ladoucette n'est pas médecin, pourquoi a-t-elle décidé de reléguer les kinés en dernière place ? Nous on ne nous donne pas de FFP2" s'agace Marie.

Depuis le 24 mars, La Réunion est au stade 2, ce qui signifie selon Santé publique France, que les kinés ont à leur tour droit aux précieuses protections. Le stade 1 les empêchait d’avoir accès au matériel, alors uniquement réservés aux médecins et infirmiers. Désormais, tous les personnels de santé, y compris les kinés, doivent bénéficier des masques et gels hydroalcooliques.

Selon l'ARS, du 14 au 17 avril, 165.000 masques chirurgicaux, et 25.000 masques FFP2 ont été distribués aux professionnels de santé libéraux incluant les masseurs-kinésithérapeutes effectuant de la kiné-respiratoire.

Pourtant Marie affirme n'avoir reçu qu'une protection très légère, elle qui travaille bel et bien en kiné-respiratoire. "Nous n'avons eu que des masques chirurgicaux. On en a d'abord reçu eu 6 par kiné et par semaine, puis 14 puis 6 à nouveau..." Alors que, rappelons-le, un masque chirurgical est censé être changé toutes les 4 heures. "Dans mon cas avec 25 patients par jour, il m'en faudrait 3 pour un seul jour !" Le compte n'y est pas.

Contactée, l'ARS n'a pas encore répondu à nos questions.

Mise à jour du mercredi 29  avril avec la réponse de l'ARS :

Concernant la dotation de 6 masques par semaine aux kinés : "En période de confinement, il a été demandé aux professionnels de santé de ville de réduire leurs interventions aux soins urgents ou ne pouvant être reportés et de privilégier, dans la mesure du possible, le recours aux télésoins. Cette consigne nationale visent en particulier à limiter les déplacements et interactions sociales en présentiel, et ainsi à limiter les risques de propagation du COVID 19.

Dans ce cadre, les recommandations nationales de dotation de 6 masques chirurgicaux par masseur-kinésithérapeute par semaine, pour faire face à des soins non-reportables, ont été appliquées à La Réunion, via un approvisionnement des pharmacies d’officines. Parallèlement, l’ARS a mis à disposition des masseurs-kinésithérapeutes des masques FFP2 pour les actes de kinésithérapie respiratoire, actes ne pouvant être reportés, sur la base des professionnels identifiés par l’URPS de cette profession. (Union régionale des professionnels de santé)."

Le nombre de 6 masques chirurgicaux par semaine correspond aux indications nationales, pour une activité nécessairement réduite en période de confinement aux seuls soins non-reportables."

Concernant les masques reçus chez elle en tant que personne contaminée : "Ces masques n’ont pas vocation à être portés en permanence et n’ont donc pas vocation à être changé toutes les 4 heures, la personne devant être isolée dans une chambre avec le moins de contact possibles avec son entourage.

Concernant le suivi des cas contact : "Oui, la prise en charge de ce cas est conforme aux protocoles en cours à l’ARS et au niveau national. Les personnes contact sont toutes identifiées, rappelées et suivies. Des dotations de masques leur sont livrées pour se protéger ainsi que leur entourage. Ce n’est qu’en cas d’apparition des signes de la maladie qu’elles sont orientées vers le SAMU ou leur médecin traitant pour la réalisation d’un dépistage."

mm / www.ipreunion.com / [email protected]

   

3 Commentaire(s)

Toni, Posté
Si le masque ffp2 protège celui qui le porte c'est la différence avec le masque chirurgical qui protège les autres des ses postillons.
Dagrut, Posté
Quand est-ce qu'on va arrêter de sous-entendre que les masques permettent une quelconque protection? C'est pour protéger les autres qu'on les met, pas l'inverse... Pour se protéger soi, gestes barrières, distances, et basta! J'approuve par contre le fait qu'il faille en fournir à toute personne recevant des patients ou clients, quelque soit le domaine... C'est peut-être grâce à ce masque là qu'elle n'a pas contaminé de patients :-) .
Umayun, Posté
La France cette "pauvre" malade