Coronavirus :

Absence du conjoint à la maternité "notre vie de parents a commencé une fois rentrés chez nous"


Publié / Actualisé
Depuis la mise en place du confinement, les maternités françaises ont décidé d'interdire la présence du deuxième parent ou de la personne de confiance pour raisons sanitaires. A La Réunion, une présence d'une heure est autorisée en salle d'accouchement, le deuxième parent n'a ensuite pas le droit de rester dans la chambre avec la mère et le nouveau-né. Un nouveau protocole que les familles comprennent mais vivent difficilement. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Depuis la mise en place du confinement, les maternités françaises ont décidé d'interdire la présence du deuxième parent ou de la personne de confiance pour raisons sanitaires. A La Réunion, une présence d'une heure est autorisée en salle d'accouchement, le deuxième parent n'a ensuite pas le droit de rester dans la chambre avec la mère et le nouveau-né. Un nouveau protocole que les familles comprennent mais vivent difficilement. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Le 28 mars dernier, Ophélie a donné naissance à une petite fille nommée Léa. Un moment d'autant plus important que la maman et son conjoint ont malheureusement perdu leur premier enfant à la naissance l'année dernière.

Malgré la charge symbolique très forte de cette venue au monde, les conditions ont été bien particulières en raison du confinement. En effet à La Réunion, le deuxième parent ou la personne de confiance accompagnant la future maman n'est autorisée qu'une heure en salle d'accouchement et doit quitter la maternité ensuite.

- "On l'a vraiment mal vécu" -

Le jour J, Ophélie est déclenchée. Vers 8 heures du matin, son conjoint la dépose à la maternité du CHOR puis repart. "Quand le travail a commencé, je l'ai rappelé pour lui dire de revenir."

Présent dans la salle d'accouchement pendant le temps réglementaire, le papa n'a pas pu rester dans la chambre avec maman et bébé par la suite. "C'est super compliqué à gérer… Dans nos têtes, le papa devait être présent tout du long, il devait dormir avec nous la première nuit. C'est autant le parent que moi. On l'a vraiment mal vécu" raconte Ophélie, pourtant bien consciente que ces restrictions sont prises pour la sécurité sanitaire de la maman et du bébé.

Restée 4 jours à la maternité parce que la petite Léa avait des difficultés à digérer, Ophélie fait alors des appels visio avec son conjoint pour lui faire profiter des premiers jours de leur enfant. "Finalement on a eu l'impression que notre vie de parents a commencé après, une fois rentrés chez nous."

Pour Flora, qui va accoucher de son premier bébé, le stress est total. "Je trouve cela révoltant de devoir rester seule pendant un moment si particulier. Le père aura le droit d'entrer seulement quand le travail deviendra "actif" en salle de naissance. Et toute la première partie alors ? Ça ne compte pas ? On a besoin d'un maximum de soutien et du père en particulier, pas d'être seule dans une chambre à culpabiliser que papa rate ça…"

Flora qui va être maman pour la première fois aurait en effet aimé que le père reste avec elle pendant le séjour, "confiné dans la chambre, sans sortir, mais au moins être là. Un grand moment dans notre vie risque de nous être retiré. Et pour s'en remettre cela sera compliqué."

- Pas assez d'informations -

Dans le cas des mamans que nous avons contactées, le manque d'informations est évident. "Je n'étais pas vraiment au courant de ce qui m'attendait mais j'étais sur des groupes Facebook de futures mamans pour me renseigner" nous indique Ophélie. Ce n'est que quelques jours avant son accouchement qu'elle a eu la confirmation de ces nouvelles mesures au détour d'un coup de téléphone.

Pour Naila, dont le terme est prévu début mai, idem. Censée accoucher à la maternité de Saint-Benoît de son quatrième enfant, la future maman ne savait que très peu de choses au moment où nous l'avons contactée. "J'avoue que j'ai très peur en ces temps de coronavirus. Je ne sais pas si je risque d'être touchée, et puis un nouveau-né ça reste très fragile aussi…"

Philosophe, Naila se dit que les restrictions sont nécessaires pour sa santé et celle de sa future petite fille mais elle reste dans l'incertitude.

Il faut dire que l'ARS aura attendu ce lundi 27 avril pour réagir à la question. "Dans la situation de crise sanitaire actuelle, les femmes enceintes se posent des questions légitimes sur les conditions de leur prise en charge" indique l'agence dans un communiqué, après plus de 40 jours de confinement.

Un parcours prénatal a été imaginé alternant des consultations en présentiel et des téléconsultations et le protocole d'accueil le jour de l'accouchement y est (enfin) détaillé.

- Les maternités de La Réunion toutes alignées -

Ainsi on apprend via l'ARS que les maternités de La Réunion permettent bien au deuxième parent d'assister à l'accouchement mais ne pourra pas séjourner à la maternité, ce que nous confirme le professeur Peter Von Theobald, chef du service maternité et président du réseau périnatalité. "On l'admet au bout du travail c'est-à-dire quand le col de la maman est ouvert à 8 cm". Si l'accouchement à partir de là dure plus d'une heure, le deuxième parent reste généralement jusqu'au bout.

Une fois dans la salle d'accouchement on remet au deuxième parent "du gel hydroalcoolique, une charlotte et un masque chirurgical". Dans le cas du masque, les gestes sont clairement expliqués : "on vérifie que tout est couvert, nez et menton". Il faut bien évidemment vérifier aussi que le deuxième parent ne présente pas de symptôme, ni fièvre ni toux.

Dans la salle d'accouchement, les règles sont strictes. Le deuxième parent n'a pas le droit de toucher le bébé, ne peut pas couper le cordon, ne prend pas le bébé dans ses bras, ne fait pas de peau à peau et doit repartir après l'accouchement.

Si des disparités sont observées dans les différentes cliniques et hôpitaux de France, les maternités de La Réunion se sont "mises d'accord" nous indique le professeur Von Theobald. "On refuse tous la présence du deuxième parent après l'accouchement."

Dans la chambre tout est fait pour protéger la mère et le bébé, selon lui. "On insiste sur la toilette du sein en cas d'allaitement, mais il faut savoir que le virus ne passe de toute façon pas par le lait."

Les mères sont systématiquement dépistées à leur entrée à la maternité, comme le veulent les nouvelles règles. Si la mère est testée positive au covid et que le résultat ne tombe qu'après l'accouchement, elle est placée avec son bébé dans l'unité covid-19. Le berceau est placé à 2 mètres de son lit, et la mère garde un masque avec elle.

La différence entre l'avant confinement et le confinement réside également en une durée de séjour légèrement raccourcie d'environ 1 jour, sachant qu'une maman peut rester à la maternité entre 3 et 5 jours en fonction des conditions de son accouchement (césarienne ou non, notamment).

- Des restrictions discutables ? -

Toutes ces décisions sont prises pour limiter la présence du nouveau-né dans le milieu hospitalier bien que, le professeur Von Theobald le rappelle, "la contamination néo-natale soit très rare, même si elle existe".

Pourtant certain.e.s se posent des questions. Gladys, aide-soignante réunionnaise actuellement mutée en Seine-et-Marne, nous fait part de son scepticisme. "Les conjoints ont le droit de rester une heure en salle d'accouchement... Mais une heure c'est loin d'être suffisant quand on sait que cela dure beaucoup plus longtemps." Même en attendant une ouverture du col à 8 cm, cette directive n'est que théorique selon elle.

Séparer les deux parents semble également étonnant quand on sait que le couple vit sous le même toit. "L'idée de restreindre la présence du deuxième parent ne me paraît pas bonne était donné que la veille et les jours d'avant, les deux parents vivent ensemble. Certes, ce sont des mesures de sécurité pour le covid mais une fois les protections appliquées, il n'y a rien à craindre" estime notre aide-soignante.

Pourtant la présence des masques ne semble pas systématique. La soeur de Gladys, qui travaille à Saint-Paul, fait part de conjoints "en tenue normale" dans la salle d'accouchement. Au CHOR, Ophélie a elle aussi été un peu surprise lors de son accouchement. "Quand on a fait rentrer le papa il n'avait pas de masque, je ne sais pas pourquoi. Il n'a jamais été question de masque. Et je n'en avais pas non plus." Si les recommandations de l'ARS sont claires, il faut croire que parfois, dans le feu de l'action, l'usage de protections fait défaut.

mm / www.ipreunion.com / [email protected]

   

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