Obligatoire en Métropole, recommandé à La Réunion :

Port du masque à partir de six ans à l'école : une galère (pas vraiment) nécessaire


Publié / Actualisé
Obligatoire en métropole, simplement recommandé à La Réunion, le port du masque pour les enfants à partir de six ans à l'école a été annoncé par le gouvernement suite au renforcement du protocole sanitaire, en vigueur depuis le lundi 2 novembre 2020. Une mesure que redoutent les syndicats des enseignants réunionnais, dont ils doutent la mise en pratique, et qui intrigue la communauté médicale, qui n'hésite pas à contester son efficacité. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Obligatoire en métropole, simplement recommandé à La Réunion, le port du masque pour les enfants à partir de six ans à l'école a été annoncé par le gouvernement suite au renforcement du protocole sanitaire, en vigueur depuis le lundi 2 novembre 2020. Une mesure que redoutent les syndicats des enseignants réunionnais, dont ils doutent la mise en pratique, et qui intrigue la communauté médicale, qui n'hésite pas à contester son efficacité. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

"Pour certains, c'est une tétine", rit jaune Nora Chelalou du syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC (SNUipp). Une observation faite en classe de CP par la syndicaliste qui doute de la capacité des élèves de primaire à pouvoir porter le masque. Mâchés, mouillés, manipulés, les masques "perdent toute efficacité", analyse Nabil Jbilou, pédiatre et cardiopédiatre à Sainte-Clothilde et Saint-Gilles-Les-Bains. 

- Une "entrave à la voix" peu souhaitable -

La syndicaliste Nora Chelalou n'est pas la seule à douter de la mise en pratique du port du masque dès six ans: "c'est impossible pour un enfant de CM1" soutient d'un ton catégorique Marie-Hélène Dor de la fédération syndicale unitaire (FSU), également professeure au collège. Pour elle, la mesure relève de l'inapplicable, évoquant des "situations de flicage et des problèmes de discipline" dans un climat déjà extrêmement tendu depuis le début de la crise sanitaire, en mars dernier. "C'est compliqué à gérer. Je n'ai pas envie de devoir rappeler à un élève de le remettre sur son nez littéralement toutes les trois secondes", avoue Nora Chelalou.

Pour le docteur Benjamin Azemar, médecin aux urgences pédiatriques du CHU Nord, au contraire : "si on les informe correctement, les enfants de 6-11 ans ne mâcheront pas leurs masques ; et il sera de toute façon important de leur en donner plusieurs par jour, avec la consigne de le changer au moins une fois dans la journée".

Pourtant son application n'est pas sans poser des "problèmes d'enseignement, pour l'élève comme le professeur", estime Cédric Lenfant du syndicat alternatif et indépendant du personnel de l'éducation de La Réunion (SAIPER) soulignant des difficultés dans l'apprentissage et le maintien de l'attention des élèves lorsque les lèvres ne sont pas visibles. Qui plus est, là où le masque est obligatoire - dans les collèges et lycées -, "des professeurs nous remontent des problèmes d'audition à force de hausser le ton, eux comme les élèves. Le masque entrave la voix".

Une remise en cause du port du masque que les syndicats dénoncent avec prudence. "La priorité est évidemment la sécurité du corps enseignant et des élèves", concède Marie-Hélène Dor. Pourtant, "il est difficile de donner des consignes aux professeurs entre toutes les informations contradictoires", relève l'enseignante au collège. "Les enfants sont-ils tous asymptomatiques ? Transmettent-t-ils le virus, un peu ou pas du tout ? Quelle tranche d'âge est concernée ? On ne sait plus sur quel pied danser. Les informations changent tout le temps". Dans ces conditions, le syndicat a préféré se limiter aux consignes nationales : recommander le port du masque dès six ans plutôt que de forcer à le mettre. De son côté, Benjamin Azemar défend l'utilité du masque qui aura également le mérite selon lui "de rappeler en permanence qu'il faut prendre des précautions".

Lire aussi : Covid-19: peu de transmission dans les écoles par les enfants, selon une étude

- Un risque de contamination entre enfants de 0,3% -

"Ce qui est établi, c'est que les enfants sont, d'une manière générale, moins contaminés que les adultes. Et quand ils le sont, ils sont rarement symptomatiques et présentent peu de cas graves", analyse le pédiatre Nabil Jbilou. "Ils transmettent moins le virus", ajoute-t-il en précisant que ses commentaires sont valables pour des enfants de 11 ans, maximum. Concernant la contamination entre enfants, "le risque est de 0,3% d'après les dernières études", rapporte Brigitte Virey, présidente du syndicat national des pédiatres français (SNPF). "D'habitude, les écoles jouent un rôle de diffusion lors d'une pandémie. Avec le coronavirus, ce n'est pas le cas", conclut Nabil Jbilou.

Alors pourquoi un port du masque obligatoire dès six ans ? "On a que des hypothèses", répond Reuben Veerapen, vice-président du conseil de l'ordre des médecins de La Réunion. "Il y a une contagion intra-scolaire mais elle reste minime et est souvent du fait des adultes". Pour le chirurgien, la mesure est peut-être dûe à "une viralité extrêmement forte et rapide dans l'état actuel des choses en Métropole. On part du principe que tout le monde est potentiellement infecté".

Lire aussi : Pour le retour à la vie en collectivité des enfants

- Une mesure faite pour rassurer ? -

"Ça rassure, ça apaise, quant à l'efficacité je n'en suis pas du tout sûre", nuance Brigitte Virey, présidente du SNPF, qui craint surtout des répercussions sur l'apprentissage des enfants. Plus que le port du masque, la pédiatre préconise un "renforcement des distanciations sociales, une aération dans les classes et un renforcement du protocole sanitaire surtout dans la cantine, un lieu de contagion bien plus fort". Des mesures justement appliquées dans le nouveau protocole présenté par la rectrice Chantal Manès-Bonnisseau vendredi 30 octobre.

Lire aussi : Les élèves débutent leur semaine avec un protocole sanitaire renforcé

Des mesures que les syndicats enseignants appellent de leurs vœux à La Réunion, mais qui passent par la mise à disposition de plus de moyens, notamment humains : "en Italie, ils l'ont fait, alors pourquoi pas nous ? ", demande Marie-Hélène Dor en évoquant des mesures plus efficaces, selon elle, telles que des rentrées en classes alternées. De l'autre côté des Alpes, le gouvernement italien avait d'ailleurs autorisé l'embauche de 84.808 nouveaux professeurs et de 25.000 suppléants. Une mesure nécessaire, mais pas suffisante, en raison de l'âge moyen du corps enseignant où plus de 60% dépassent les 50 ans.

Les syndicats demandent également à diviser les classes en plus petits groupes pour limiter la circulation du virus plutôt que de recommander un port du masque dont l'efficacité est contestée.Une demande restée lettre morte pour l'instant auprès du gouvernement qui n'a pas annoncé de recrutement massif. Pour Marie-Hélène Dor, le constat est limpide : "une fois de plus, tout repose sur le personnel scolaire. Et une fois de plus, il doit se débrouiller seul".

vp/www.ipreunion.com / [email protected]

   

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !