Depuis le 18ème siècle :

La réticence aux vaccins, une spécialité bien française


Publié / Actualisé
Alors que la campagne de vaccination contre la Covid-19 débutera le 15 janvier 2021 à La Réunion, des voix s'élèvent encore et toujours contre ces injections. Si on pouvait penser que cette réticence n'est liée qu'au contexte actuel, il n'en est rien : les vaccins et les Français, c'est une histoire compliquée depuis le 18ème siècle. Retour sur quatre événements historiques qui ont fait l'histoire du vaccin en France (Photo AFP)
Alors que la campagne de vaccination contre la Covid-19 débutera le 15 janvier 2021 à La Réunion, des voix s'élèvent encore et toujours contre ces injections. Si on pouvait penser que cette réticence n'est liée qu'au contexte actuel, il n'en est rien : les vaccins et les Français, c'est une histoire compliquée depuis le 18ème siècle. Retour sur quatre événements historiques qui ont fait l'histoire du vaccin en France (Photo AFP)

D’après un récent sondage d’Odoxa-Backbone consulting réalisé pour Franceinfo et le Figaro publié le 3 janvier 2021, 58% des Français refusent de se faire vacciner contre la Covid-19, soit six Français sur dix. Ce chiffre ne cesse de croître et avec lui la défiance de la population envers ce nouveau vaccin pourtant autorisé par l’Union Européenne. Si les sceptiques font du bruit aujourd’hui, la réticence à la vaccination n’est pas nouvelle dans notre pays.

Dès le 18ème siècle, le vaccin contre la variole, le premier de l’Histoire, est critiqué, accusé d’entraîner mort ou infirmité. Pourtant, malgré quelques ratés, il permettra de diviser par dix le taux de mortalité en peu de temps.

- Louis Pasteur et son vaccin contre la rage -

En 1885, Louis Pasteur découvre le remède contre la rage. Le vaccin est injecté chez un enfant mordu par un chien enragé et alors qu’on le croyait condamné, le jeune garçon ne développera jamais les symptômes de la maladie. Pourtant, malgré ce succès, la méfiance est de rigueur.

En cause, la méthode utilisée par le chercheur qui nécessite "d’inoculer des virus affaiblis ayant le caractère de ne jamais tuer, de donner une maladie bénigne qui préserve de la maladie mortelle". En clair, s’injecter une maladie pour éviter de l’attraper ne convainc pas vraiment la population.

Des voix s’élèvent aussi dans le cercle scientifique qui juge sa technique "dangereuse", doutes renforcés par le décès de plusieurs patients. Selon Laurent-Henri Vignaud, coauteur de l’ouvrage Antivax : la résistance aux vaccins du 18ème siècle à nos jours et maître de conférences en histoire de la science à l’université de Bourgogne interrogé par Libération, "il faudra presque dix ans pour qu’on se fie au vaccin de Pasteur et que l’on n’y voie plus de problèmes".

- Les années 40 et le vaccin contre la tuberculose -

Les années 40 ont été marquées par la période des Trente Glorieuses et le progrès scientifique. Entre 1930 et 1940, trois nouveaux vaccins sont devenus obligatoires. En 1948, quatre grands médecins sont invités à l’émission de radio Tribune de radio pour défendre l’intérêt du vaccin contre la tuberculose, le BCG.

Certains voient en cette campagne pro-vaccin une politique liberticide. C’est dans ce contexte qu’en 1954, la Ligue nationale pour la liberté de vaccination est créée. Les premiers procès intentés contre les laboratoires sont engagés à cette époque.

- L’affaire du vaccin contre l’hépatite B -

C’est dans les années 90 que la confiance des Français envers les vaccins vacille de manière significative. La France lance en décembre 1994 une vaste campagne de vaccination contre l’hépatite B, responsable d’infection du foie chez les enfants et les adolescents. Près d’un tiers de la population sera vaccinée entre 1994 et 1995. En 1996, près de 250 cas de sclérose en plaques sont diagnostiqués sur des patients ayant reçu le vaccin contre l’hépatite B.

Dans ce contexte, le ministre de la Santé de l’époque, Bernard Kouchner, suspend la vaccination en milieu scolaire. Plus qu’un scandale sanitaire, Laurent-Henri Vignaud analyse avant tout cette affaire "comme une crise de confiance politique" : "deux gouvernements différents se sont succédé en tenant deux discours radicalement opposés sur l’intérêt de la politique vaccinale contre l’hépatite B. On a tout d’abord encensé les politiques de vaccination pour les suspendre brutalement au nom du principe de précaution".

Sur les douze études épidémiologiques menées entre 1999 et 2000, une seule soulèvera une causalité possible entre le vaccin et la sclérose en plaques. Malgré ces bons résultats, le mal est fait et la méfiance est de mise pour les Français. Selon une étude réalisée en 2004 et publiée dans la revue Santé publique, à l’époque déjà, 55% des personnes interrogées estimaient “très angoissant” de se faire vacciner par un nouveau vaccin, et 22 % mettent en doute les mesures de sécurité autour de la fabrication des vaccins.

- Le flop H1N1 -

En 2009, la grippe aviaire sévit. Suivant les recommandations de l’organisation mondiale de la santé (OMS), la France lance une nouvelle campagne de vaccination pour tenter de lutter contre cette maladie contenant des gènes de virus d’origine porcine, aviaire et humaine.

Près de 94 millions de doses seront commandées par le pays pour un coût estimé à 670 millions d’euros. Malheureusement pour Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé et des Sports, la campagne est un échec. Selon un rapport rédigé par des députés en juillet 2010, les 1.060 centres de vaccination, censés accueillir près de 6 millions de personnes par mois, n’ont vacciné, entre novembre 2009 et juin 2010 qu’un peu plus de 4 millions de personnes.

Selon Laurent-Henri Vignaud, "la chose la plus dommageable à Roselyne Bachelot c’est que les Français n’ont pas cru à cette pandémie de grippe. Elle n’a fait qu’appliquer le principe de précaution et a suivi les rapports de l’OMS qui étaient alarmistes à l’époque." Autre raison avancée par l’historien : "les Français n’ont pas pu se faire vacciner par les médecins de ville". En effet, pour des raisons logistiques, afin de "désengorger les hôpitaux et les cabinets libéraux" et "renforcer le dispositif de pharmacovigilance renforcée", les autorités ont exclu les généralistes des centres de vaccination. "Ces derniers se sont sentis mis de côté et ont perdu confiance, explique Laurent-Henri Vignaud. Cela a eu un fort impact sur l’échec de la campagne, car on sait que les citoyens accordent un grand intérêt à l’avis de leurs médecins traitants."

- La Covid-19 n’échappe pas à la règle -

Concernant le vaccin contre la Covid-19, selon le sondage d’Odoxa-Backbone, la volonté de se faire vacciner ou non dépend de l’âge, du sexe ou du milieu social des personnes interrogées. Plus l’âge augmente, plus le souhait de vaccination est fort : il passe de 32% chez les 35-49 ans à 58% chez les plus de 65 ans. Les hommes sont aussi plus favorables à la vaccination (54 %). 62 % des cadres sont pour la vaccination alors que 73% des ouvriers sont contre.

Les tendances politiques sont aussi un facteur à prendre à compte dans ce sondage : 68% des électeurs d’Emmanuel Macron (LREM) se disent favorables à la vaccination alors que 68% des électeurs de Marine Le Pen (RN) et 60% de ceux de Jean-Luc Mélenchon (LFI) s’y opposent.
Ce sondage montre aussi que les Français ne sont pas optimistes malgré l’arrivée d’un vaccin : ils ne sont que 17% à penser qu’il permettra de vaincre la pandémie de Covid-19 dans les six à neuf prochains mois.

vc/www.ipreunion.com / [email protected]

   

3 Commentaire(s)

Cafouillage, Posté
Et le cafouillage du gouvernement et c'est un euphémisme est peut-être pour quelque chose ?
Joseph, depuis son mobile, Posté
Ce n'est pas un ne question de peur. Mais de miance à un médicament qui n'a pas fait ses preuves.
On a bien dit que ce n'est pas obligatoire. Il suffit de respecter les gestes barrieres !
7AC, Posté
Le Français a peur d'un vaccin, mais prendre l'avion bourré à craquer, ça il ne craint pas.En fait, le Français n'a pas peur de tout ce qu'il aime, et craint toute contrainte.