Hausse des cas et variant sud-africain :

Reconfiner ou non La Réunion, telle est la question...


Publié / Actualisé
Notre département fait face à une hausse des cas de Covid-19 conjuguée avec l'apparition du variant sud-africain. Un contexte sanitaire préoccupant alors que le gouvernement hésite à reconfiner les Français pour la troisième fois. Si pour les territoires ultramarins, la décision revient à nouveau aux préfets, la question est cruciale : reconfiner (partiellement ou totalement) une bonne fois pour toutes La Réunion, ou plutôt renforcer les mesures sanitaires déjà en vigueur. (Photo rb/www.ipreunion.com)
Notre département fait face à une hausse des cas de Covid-19 conjuguée avec l'apparition du variant sud-africain. Un contexte sanitaire préoccupant alors que le gouvernement hésite à reconfiner les Français pour la troisième fois. Si pour les territoires ultramarins, la décision revient à nouveau aux préfets, la question est cruciale : reconfiner (partiellement ou totalement) une bonne fois pour toutes La Réunion, ou plutôt renforcer les mesures sanitaires déjà en vigueur. (Photo rb/www.ipreunion.com)

A la question que nous avons posée sur les réseaux sociaux "est-il utile de reconfiner La Réunion ?" la réponse est claire : que ce soit sur Twitter (65%) ou sur Instagram (68%), une large majorité d'entre vous pense qu'il ne faut pas confiner l'île une seconde fois. Beaucoup sont d'accord : limiter les échanges avec l'extérieur oui, mais soumettre La Réunion à un nouveau confinement, ou même un couvre-feu, non. En cause : le faible nombre de cas recensés quotidiennement sur notre territoire, en comparaison avec la majorité des départements français.

Mais voilà que la menace du variant sud-africain se fait plus pesante sur l'île. Cinq nouveaux cas issus de cette souche ont été annoncés par les autorités sanitaires ce lundi 25 janvier, ce qui porte à neuf le nombre total de ces cas recensés jusqu'ici. Il n'y a plus de doute, le variant découvert en Afrique du Sud est bel et bien entré à La Réunion.

A cette menace supplémentaire s'ajoute une hausse très significative du nombre de cas de Covid-19 avec 142 nouveaux cas sur trois jours, soit une moyenne de 47 cas par jour. De quoi donner du fil à retordre à la préfecture qui semble envisager de nouvelles mesures si le rebond épidémique se confirme.

Selon nos informations, il n'est pas question pour l'instant d'un couvre-feu ou d'un confinement sur l'île. C'est ce qui ressort en tout cas de la réunion hebdomadaire tenue avec les maires ce mardi 26 janvier. Les prises de décisions se feront sur la base des nouveaux chiffres et en fonction la situation locale, a indiqué le préfet aux élus.

Le 21 janvier dernier, celui-ci a d'ores et déjà envoyé un courrier aux instances sportives de l'île pour leur demander de maintenir "le plus haut niveau de vigilance" : "l'enjeu est bien de maintenir les pratiques sportives à La Réunion dans la mesure du possible et aussi longtemps que le risque épidémique sera contenu et maîtrisé" précise alors Jacques Billant, qui reconnaît malgré tout que "la dissémination [de] variants sur le territoire pourrait nous amener à prendre de nouvelles mesures de gestion pour contenir l'épidémie et ce alors même que nos indicateurs sanitaires ne seraient pas aussi dégradés qu'ils ont pu l'être dans le passé".

• Confusion au sommet de l'Etat

A l'Elysée, la question du troisième confinement (quand La Réunion n'en a connu qu'un) est sur toutes les lèvres… jusqu'à agacer le président de la République en personne. Selon plusieurs médias nationaux, Emmanuel Macron a la sensation qu'on lui met "la pression" et que le reconfinement est la seule alternative proposée par les scientifiques en ce moment.

Le ministre de la Santé Olivier Véran ou encore le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy… tous semblent plaider pour un reconfinement. "On n'est pas à une semaine près" lâchera finalement ce dernier auprès de nos confrères de Libération. Un changement de ton qui tranche avec "l'urgence" défendue auparavant. La confusion règne au sommet de l'Etat. L'exécutif semble en tout cas vouloir prendre son temps avant toute nouvelle décision, le temps de mesurer les effets du couvre-feu à 18h dans l'Hexagone.

 

• "Des trous dans la raquette"

Pour Reuben Veerapen, vice-président du Conseil de l'Ordre des médecins de La Réunion, avant de penser à reconfiner, il serait nécessaire de se pencher sur les contrôles lors de l'entrée sur le territoire. "Est-ce qu'il faut reconfiner ? C'est une question. Est-ce qu'il faut mettre en place un contrôle sanitaire plus rigoureux ? Oui, triple fois oui" estime le chirurgien de profession.

Selon lui il existe "des trous dans la raquette" au moment de prendre l'avion. "La brigade sanitaire à Paris a relevé plus de 107 tests frauduleux en trois jours pour des vols La Réunion – Métropole" révèle-t-il. "Il faudrait un contrôle similaire dans l'autre sens" soit vers notre département, affirme celui qui indique avoir déjà formulé plusieurs demandes de ce type auprès des autorités.

Interrogée par Imaz Press à ce sujet, la préfecture rappelle que "le contrôle des tests est effectué par les compagnies aériennes au moment de l’embarquement" soit à Paris même quand il s'agit de venir à La Réunion. "Les autorités sanitaires et les services de l’État sont en lien régulier avec les compagnies pour mettre en œuvre les mesures de contrôle pré-embarquement" assure la préfecture, qui confirme "des opérations de contrôle aléatoire" par les services de police permettant en effet des verbaliser des auteurs de faux tests à Paris. Des opérations similaires seront prochainement menées à La Réunion à la fois sur les motifs impérieux – à partir de jeudi – et sur les tests.

• 2021 versus 2020

Selon le vice-président du Conseil de l'Ordre des médecins, il ne faut pas nier que le nombre de cas a augmenté de façon spectaculaire, une tendance sans doute liée "au retour des vacances scolaires". Au mois d'août, La Réunion a connu un effet similaire, mais la période estivale et avec elle le fait d'être beaucoup plus à l'extérieur pourrait jouer en notre faveur, contrairement aux Métropolitains.

Pour autant cette augmentation des cas ne fait pas encore passer le département au-delà des seuils définis par les autorités précédemment. Jacques Billant avait indiqué attendre que le taux d'incidence dépasse les 150 pour 100.000 habitants. La présence du variant sud-africain pourrait faire baisser cette jauge à 100. Il n'est pour l'instant que de 20,6 à La Réunion.

Comme le rappelle le docteur Reuben Veerapen, la situation est bien différente du mois de mars 2020 : cinq jours seulement après l'apparition de son premier cas de Covid-19 (le 11 mars précisément), notre département a été entièrement confiné au même titre que l'Hexagone. Alors pourquoi ne pas faire de même pour l'arrivée du variant sud-africain ? "A l'époque on ne connaissait pas ce virus-là. Maintenant, le système de santé est mieux préparé, nous avons les masques, les tests, et même le vaccin désormais. En espérant qu'il sera efficace contre le variant bien sûr…"

Sur ce sujet, le laboratoire Moderna a indiqué au terme d'une première série de tests que son vaccin semblait se montrer efficace à la fois contre le variant britannique et contre le variant sud-africain. Mais ce dernier se montre malgré tout plus résistant et pousse le labo américain à lancer une nouvelle série de recherches et travailler sur une dose additionnelle par mesure de précaution.

• Entreprises en apnée

Reconfiner une bonne fois pour toutes ou bien rester des mois avec les mesures que l'on connaît, dans les deux cas, les pertes économiques sont colossales. Un confinement à La Réunion serait cependant dramatique, sur une île globalement épargnée jusqu'ici, où tout est ouvert : bars, restaurants, clubs de sport, cinémas, salles de spectacle…

Ibrahim Patel, président de la Chambre de commerce et d'industrie, est catégorique : "La Réunion ne pourra pas se relever d'un nouveau confinement", rappelant le taux de chômage de l'île, 25% de demandeurs d'emploi contre moins de 10% en Métropole. "Le préfet fait pour l'instant un travail remarquable, qu'il s'agisse des motifs impérieux ou de la mise en place de tests. Mais si La Réunion en venait à être reconfinée, ce serait une catastrophe économique sans précédent."

Une situation également redoutée par l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH). Son président Patrick Serveaux ne comprendrait pas la mise en place d'un confinement, qu'il soit partiel ou total, la probabilité d'un couvre-feu le soir ou le week-end est aussi sur la table. "Un couvre-feu, mais pour quoi faire ? Si les chiffres se dégradent fortement oui, mais on en est encore loin. Ne jouons pas à nous faire peur, les chiffres sont quand même bons", relativise-t-il.

D'autant plus que le retour du motif impérieux entre La Réunion et l'Hexagone à partir du 28 janvier vient déjà renforcer les règles sanitaires. "Honnêtement je ne comprends pas cette mesure, alors que la Guadeloupe ou la Martinique ne l'appliquent pas. Bien sûr c'est par précaution, pour protéger nos hôpitaux…" estime Patrick Serveaux. La santé passe évidemment avant l'économie. Mais si dans quinze jours il n'y a pas de dégradation, il faudra que les autorités de l'île revoient leur copie."

• "Le distantiel ségrégateur social"

Du côté des écoles, si on redoute – comme tout le monde – un nouveau confinement, on s'estime malgré tout prêt, après les nombreux outils mis en place durant le premier confinement. "Il faudra de toute façon se plier à la règle", philosophe Eric Dijoux, de l'Unsa éducation. "Il vaut peut-être mieux être confiné un mois qu'avoir des fausses libertés."

Pour Jérôme Motet, du SNALC, "il ne faut pas être aveugle et sourd, des études – bien qu'elles changent tout le temps – ont indiqué que la fermeture des écoles évitait aussi la circulation du virus. Si cela recommence, nous remettrons en place la continuité pédagogique avec les élèves bien sûr… même si on sait que le distantiel est un vecteur de ségrégation sociale". Un avis partagé par sa confrère du SNUDI FO, qui est "pour que les enfants apprennent à l'école, car ce sont toujours ceux qui sont en difficulté qui paient le prix de l'apprentissage à distance. Mais encore faut-il en avoir les moyens" cingle Louam Kartell.

Les enseignants ont d'ailleurs manifesté ce mardi 26 janvier devant le rectorat, à l'occasion de la rentrée scolaire, pour réclamer plus de postes. Un critère essentiel pour gérer la crise sanitaire également, et pouvoir appliquer le protocole mis en place depuis la réouverture des écoles en mai dernier.

mm/as/vc /www.ipreunion.com / [email protected]

   

10 Commentaire(s)

Jean, depuis son mobile, Posté
laisse les gens entrée et sortir de la Réunion et apres confinne a nous??â?"???â?"?...et apres met la faute sur les familles qui se rassemble mr le prefet..Ont peut pas dire que ces gens qui nous dirige y reflechis
Stean, Posté
heureusement que nos autorités ne se basent pas sur les sondages pour décider de la politique sanitaire!
THOR, Posté
Blablabla blablabla.....article tout simplement anxiogène pour cliquer dessus.....
Humour du jour, Posté
Il faut protéger la Reunion.Vu sur les réseaux sociaux : " un.bras cassé qui a eu le bras cassé "
Ayoooooo, Posté
Moi je vois que sans l île soeur il y a 0 cas de covid . Pourquoi ??? Toute personne qui arrive (mauricien ou touriste est obligatoirement mis en quatorzaine dans un hôtel avec interdiction de sortir de la chambre (aucun passe droit)! L hôtel est à la charge de la personne rentrant sur le territoire visite du médecin tous les jours . Ménage et lessive sont faits par le client par le client qui n aucun contact avec personne ! La nourriture déposée et récupérée devant la porte : résultat 0 cas de covid Ici le chu ayant peur de manquer de personnel demande à son personnel de ne pas effectuer de septaine! Le ver est dans le fruit
Polrun, Posté
Le traqueur de coquille n'en a trouvé qu'une sur ce grand article :...en fonction la situation locale... : il manque un petit mot -> en fonction DE la situation locale.Cdlmt (Merci à vous, bonne journée - WEBMASTER)
7AC, Posté
Mais fermez l'aéroport, et arrêtez de nous faire c... !
Stef97499, Posté
La farce des motifs impérieux, juste pour la rentrée. Les allers venus des vacances ne semblaient pas déranger M. le Préfet. Moi, je sais pourquoi : Il avait surement besoin que tous ses collaborateurs expat. rentrent pour pouvoir bosser ! :)Des fois je râle pour certains articles qu'imaz press fait, mais là, bon article, complet et clair, faut l'avouer aussi ! :)
Missouk, Posté
Qu'on commence à mieux contrÃ'ler et encadrer les entrées sur notre territoire, la septaine doit être effective, pas conseillée, avec contrÃ'les. Que la gendarmerie contrÃ'le davantage en soirée. Nous étions sur St PIERRE samedi soir, c'était noir de monde, une personne sur quatre ne porte pas de masque, la distanciation n'est jamais respectée... Sans parler des pique-niques du week-end avec des tablées qui dépassent très souvent les 10 personnes.
Socha, Posté
Récemment un porteur du variant sud africain à été envoyé en septaine chez lui. Ne serait il pas possible d'isoler les personnes porteuses du virus dans un lieu sans aucun contact avec d'autres personnes pour éviter le risque de propagation.