Une gestion laborieuse :

Covid-19 : un an de cafouillages dans la prise de décision et la communication


Publié / Actualisé
Le Covid-19 fête tristement son premier anniversaire à La Réunion, le 11 mars 2020 marquant la confirmation du tout premier cas sur notre territoire. Depuis, de nombreux cafouillages ont été relevés de la part du gouvernement comme des autorités réunionnaises. Et ce, avant même que le mot pandémie ne soit apposée sur la multiplication des cas de Covid-19 à travers le monde (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Le Covid-19 fête tristement son premier anniversaire à La Réunion, le 11 mars 2020 marquant la confirmation du tout premier cas sur notre territoire. Depuis, de nombreux cafouillages ont été relevés de la part du gouvernement comme des autorités réunionnaises. Et ce, avant même que le mot pandémie ne soit apposée sur la multiplication des cas de Covid-19 à travers le monde (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

• "Très faibles risques pour la France"

C'est une citation qui a très mal vieilli. Le 24 janvier 2020, Agnès Buzyn, à l'époque ministre de la Santé, assurait que les risques de propagation du Covid-19 étaient "très faibles" en France, la ville de Wuhan, en Chine, berceau de la maladie, étant isolée. Une affirmation qui avait très vite était démentie : le même jour, le premier cas de Covid-19 a été annoncé en France. La situation s'est ensuite emballée, comme nous le savons tous. " Notre système de santé est bien préparé" avait-t-elle aussi assuré. Une déclaration qui aussi été démentie au fil des mois, alors que les hôpitaux français ont rapidement été submergés.

• Les masques ne "sont pas nécessaires"

Difficile à croire en 2021, où les masques sont obligatoires… absolument partout. Au bureau, dans la rue, dans les commerces, à l'école…Tout le monde -ou presque- est prié de porter un masque, de préférence chirurgical. Et pourtant, au tout début de l'épidémie, le gouvernement français assurait que celui-ci était inutile. " Il ne sert à rien de porter des masques dans la rue" estimait Jérôme Salomon, Directeur général de la santé, le 18 mars 2020. "Le port du masque, en population générale dans la rue, ça ne sert à rien" assurait Édouard Philippe, à l'époque Premier ministre, le 13 mars. "Pour la population en générale, il n'y a aucune indication a porter le masque aujourd'hui. Le masque bleu ne protège de rien" disait Agnès Buzyn…

Une stratégie qui a au fil du temps évolué, pour rendre le masque obligatoire dans les transports en commun directement à la fin du confinement. A La Réunion, il est devenu obligatoire dans les lieux publics clos le 20 juillet. Le 15 août, certains quartiers seront concernés par une obligation du masque même dans la rue. Le 13 novembre, l'obligation est étendue à tous les espaces publics, ouverts ou clos. Sacré retournement de situation.

• L'hésitation à fermer l'aéroport

Dès l'apparition de cas de Covid-19 en Métropole, des voix se sont élevées pour demander la fermeture de l'aéroport afin de préserver l'île de l'épidémie. Il faudra attendre le 20 mars pour un réel contrôle des arrivées à La Réunion : c'est à cette date que le motif impérieux pour embarquer pour l'île est instauré pour la première fois. Une mesure qui restera en place jusqu'au 22 juin.

• Les premiers cas annoncés par la presse

Les autorités réunionnaises se sont montrées plus que réticentes à communiquer sur le Covid-19, et ce dès le début. Il faudra attendre la publication d'un article de presse, annonçant l'apparition du premier cas à La Réunion, pour que l'Agence régionale de Santé ne confirme l'information. Ce manège va durer pendant quelques temps : l'ARS publiera un communiqué faisant état de quelques cas, pour renvoyer un nouveau communiqué le soir-même, les médias ayant de leur côté annoncé de nouveaux chiffres. Il faudra finalement quelques semaines avant que la communication de la préfecture ne devienne plus fluide.

• Une quatorzaine…illégale

C'est probablement la mesure qui aura préservé pendant si longtemps La Réunion d'une vague épidémique. Mais elle s'est avérée illégale. A partir du 30 mars, les voyageurs en provenance ont été obligés d'observer une quatorzaine en centre dédié à leur arrivée à La Réunion. Leur départ était autorisé une fois cette période passée. Mais ce dispositif s'est révélé anticonstitutionnel : imposer une isolation en hôtel relevait d'une mesure privative de liberté, qui ne peut être prise que par un juge.

Suite à cette décision du Conseil constitutionnel, les voyageurs ont dû s'engager à respecter leur quatorzaine, qui est devenue plus tard une septaine. Sans qu'aucune mesure d'obligation ne puisse être mise en place. Elle sera levée le 11 juillet, à la fin de l'état d'urgence sanitaire.

• Une communication verrouillée au sein du CHU

Tous les médias de Métropole ont pu arpenter les couloirs bondés des services de réanimation de France. Sauf à La Réunion. C'est avec une grande ferveur que l'ARS réunionnaise a ignoré les nombreuses demandes des médias de filmer l'intérieur du CHU de La Réunion. Pourtant, les services ont très longtemps été vides. Une stratégie de communication que les médias peinent toujours à comprendre. Il faut dire que, même dans les régions les plus touchées, comme dans le Grand Est, des reportages ont pu être réalisés. Le refus de laisser les journalistes faire leur travail au sein du service de réanimation du CHU Félix Guyon reste, à ce jour, un mystère.

• La localisation des cas de Covid-19 est longtemps restée un mystère

Une nouvelle fois à contre-courant de la Métropole, les autorités réunionnaises ont longtemps refuser de localiser les cas présents dans l'île. Et ce, malgré les nombreuses demandes de la population, mais aussi des élus eux-mêmes. Il faudra attendre l'apparition du premier foyer de contagion, le 10 août pour que la localisation des cas commence à être communiquée. Enfin, à partir du 25 août, des réunionnais hebdomadaires entre les maires et le préfet ont été instaurées, au cours desquels les élus ont pu débuter à suivre de près la situation de chacune de leur commune.

• Une réouverture de l'aéroport qui pose question

Après une nouvelle dégradation de la situation sanitaire en Métropole, un reconfinement a été décidé le 30 octobre. La Réunion a échappé au reconfinement, mais pas au retour des motifs impérieux. Une décision logique, pour préserver l'île. Le 15 décembre, ces motifs impérieux ont cependant été levés, alors que la situation sanitaire de la Métropole n'était toujours pas au beau fixe. Une décision qui pose toujours question, alors que l'île atteignait un taux d'incidence extrêmement bas, et que le nombre de cas quotidien avait drastiquement chuté.

Alors que l'aéroport était encore ouvert aux touristes, les variants du Covid-19 ont commencé à apparaître un peu partout en Europe. C'est à cette période, le 7 janvier 2021, que le premier cas de variant sud-africain a été confirmé à La Réunion. Une présence confirmée par les autorités une fois que sa présence avait été annoncée par la presse. Un variant qui représente désormais plus de 50% des nouvelles contaminations. Les motifs impérieux ne seront rétablis que le 28 janvier. 

• Des évasans au coût inconnu

Alors que la tension hospitalière s'est intensifiée ces dernières semaines à La Réunion, quatre patients ont été transférés du CHU de La Réunion à la région parisienne. Une opération hors-normes, qui a coûté entre 300.000 et 400.000 euros. Impossible de combien exactement, car les autorités refusent de communiquer sur la question. L'estimation a dû être réalisée – encore une fois – par les médias, en additionnant le coût de l'affrêtage d'un avion, du personnel, du matériel, et le coût habituel d'une évacuation sanitaire.  

• Dysfonctionnements sur internet

Depuis le 3 mars, les voyageurs doivent transmettre six jours avant leur départ leurs justificatifs de motifs impérieux. Une semaine plus tard, la plateforme a subi des dysfonctionnements, créant des difficultés pour ces voyageurs. La situation a rapidement été rétablie, mais on n'ose imaginer la panique des personnes qui s'y seraient pris à la dernière minute.

• Une communication à destination de seulement certains médias

Enfin, depuis quelques semaines, la préfecture a adopté une stratégie de communication qui laisse pour le moins songeurs. A l'occasion de plusieurs entretiens accordés uniquement à la presse écrite et aux télévisions, le préfet a annoncé de nouvelles mesures importantes. Le fameux renforcement du contrôle des motifs impérieux, par exemple, a été annoncé sur Réunion la 1ère. Il faudra aussi attendre un décret, publié au journal officiel, pour en savoir plus sur ce renforcement.

De bien curieuses façons de faire, qui, nous en sommes certains, ne devraient pas vraiment s'améliorer.

as/www.ipreunion.com / [email protected]

   

5 Commentaire(s)

Rougail grain, Posté
Mouais, article à charge, le dernier paragraphe l'expliquant sans doute.A coté de ça, nos hôpitaux n'ont jamais connus de saturation du service de réanimation, les commerces non essentiels sont restés ouverts, sauf dans les galeries marchandes tout récemment, les restau idem. Facile de critiquer négativement, dommage de manquer d'autant d'objectivité. Il a fait bon vivre à la Réunion ces derniers mois
Eve, Posté
"Rien n'a été construit mais beaucoup a été détruit ces douze derniers mois. Nos libertés d'abord. Nos fragiles équilibres sociaux et économiques. Nos institutions, déjà malades d'un monarchisme mortifère. Et cette figure invraisemblable, sans équivalent dans les démocraties occidentales, d'un homme seul, s'appuyant sur un conseil de défense secret, écoutant parfois mais disposant toujours. Le résultat est un pays à l'arrêt et une société traumatisée. La crise sanitaire, elle, se poursuit." Article Médiapart ... https://www.mediapart.fr/studio/panoramique/une-annee-de-covid-19-les-sept-erreurs-du-pouvoir
Missouk, Posté
Et tous ces gens qui nous dirigent avec des décisions prises à l'emporte - pièce, et qui souvent ne font preuve d'aucun bon sens sont payés (grassement) avec l'argent de nos impôts. Aujourd'hui, on a restreint nos libertés fondamentales comme jamais, mais bien sur, c'est la faute au covid, et c'est "pour notre bien". BUZIN a été recasée, NDIAYE qui a raconté des montagnes d'âneries a disparu du paysage. Mais VERAN avec son arrogance est lui toujours là, et comme les autres, il a raison, sait tout mieux que quiconque. Quant à la Justice qui a été saisie par de nombreux particuliers et nombre de médecins, elle mettra quinze ans à traiter ce dossier, comme d'habitude!
Cent soucis, Posté
Bravo pour la photo. On aurait écrit " cent soucis " la gestion du Covid.
Mouais, Posté
Oh bhaaaa ça va.... Mis bout à bout.... Ça va... Ils gèrent.... Et c'est pas fini