Un appel à la grève a été lancé :

Infirmièr.e.s, anesthésistes réanimateurs... chronique d'une carence annoncée


Publié / Actualisé
L'appel à la grève lancée au plan national et local en direction des Infirmièr.e.s de réanimation ne tombe pas du ciel. En effet si la crise sanitaire sanitaire est centrée sur la capacité française en lits de réanimation, le coeur du problème réside dans la carence en médecins anesthésistes réanimateurs (MAR) en Infirmièr.e.s de bloc opératoire diplômé.e.s d'État (IBODE) et autres infirmiers anesthésistes (IADE) On fait le point (Photo d'illustration AFP)
L'appel à la grève lancée au plan national et local en direction des Infirmièr.e.s de réanimation ne tombe pas du ciel. En effet si la crise sanitaire sanitaire est centrée sur la capacité française en lits de réanimation, le coeur du problème réside dans la carence en médecins anesthésistes réanimateurs (MAR) en Infirmièr.e.s de bloc opératoire diplômé.e.s d'État (IBODE) et autres infirmiers anesthésistes (IADE) On fait le point (Photo d'illustration AFP)

Contrairement à la crise provoquée par le SARS-CoV-2, relativement impromptue, celle du manque de personnel pour les blocs opératoires était annoncée à cors et à cris depuis plus de 10 ans par la profession. Personne ne peut prétendre ignorer cette situation qui fait qu’aujourd’hui la France est à la rue, par abus de numerus clausus, et que presque tous les blocs opératoires en sont réduits à travailler dans des conditions extraordinaires. C’est ce  que dénoncent les praticiens, dont le Dr Cuq, co-président du syndicat Le BLOC (Union syndicale AAL-SYNGOF-UCDF) : "nous sommes (…) dans l’illégalité pour une partie des actes que continuent de réaliser des infirmières très compétentes au quotidien, faute d’IBODE. C’est d’une incohérence à s’arracher les cheveux…"

Cette crise-là est purement administrative, dont les prémisses datent de 2015, avec un décret donnant aux fameux IBODE, à compter du 1er juillet 2019, l’exclusivité dans la réalisation d’actes essentiels pour l’assistance au chirurgien, tels que les gestes permettant d’exposer les organes, aspirer le sang, et les sérosités, cautériser par électrocoagulation… Mais à la date prévue, sur les 18 500 nécessaires à la mise en œuvre de la réforme, seuls 5 000 infirmières et infirmiers étaient opérationnels.

Moralité, faute de fermer les blocs, on a continué à fonctionner avec les moyens du bord, pendant qu’un nouveau décret destiné aux infirmiers-ères diplômés d’État (IDE) affichant deux ans d’expérience dans les gestes essentiels (écarter, aspirer et électrocoaguler), devait permettre de valider leurs acquis devant un jury, pour obtenir une autorisation d’exercer en tant que faisant fonction d’IBODE.

Mais former ou confirmer 12 ou 13 000 IDE prend du temps, et l’administration de la Santé avait finalement calé l’horizon à 2025 pour achever la réforme. Manque de chance, le SARS-CoV-2 est passé par là ! Or les fameux IBODE comptent au mieux pour 45% des IDE et il faut faire tourner les blocs et les lits de réanimation au-delà du raisonnable s’agissant du temps de travail…

- Activités chirurgicales déprogrammées dans le privé -

D’autant que les médecins anesthésistes réanimateurs se font rares, de même que les infirmières et infirmiers anesthésistes (IADE). C’est pour cela que le 31 mars dernier, pour maintenir le nombre de lits de "réa" à 122, sachant que 109 étaient occupés - dont 54 par des cas Covid+ alors qu’un turn-over quotidien d’une cinquantaine de patients/jour obérait d’autant la capacité d’accueil du CHU -, le secteur privé a du déprogrammer ses activités chirurgicales. Il a dû libérer ses blocs opératoires, afin de transférer au plus vite les médecins anesthésistes-réanimateurs de Clinifutur sur le Centre hospitalier universitaire Sud où il fallait  garantir le fonctionnement de 8 lits de réanimation.

Plus précisément, il s’agissait d’ouvrir 4 lits de réanimation supplémentaires au CHU Sud, et de les rendre disponibles par le renfort de personnel non médical (PNM), sous l’égide d’infirmiers (-ères) anesthésistes en provenance du privé, sans oublier l’apport de 14 IADE en cours de formation… On voit là la grande fragilité de notre système de Santé contraint de jouer au bonneteau avec des praticiens pour boucher les trous. Le SARS-CoV-2 n’a fait que révéler au grand public ce qui était déjà perceptible depuis des années.

En 2012, la "Fédération de la réanimation" a procédé au "premier" bilan national de ce secteur d’activité, et rendu un rapport aigre-doux intitulé "Démographie et structures des services de réanimation français (hors réanimation chirurgicale) : état des lieux". Les auteurs soulignaient que les besoins nationaux étaient de 1 009 nouveaux réanimateurs pour les dix prochaines années, soit un besoin de formation de 100 médecins par an en moyenne.

En 2015, lors du Congrès de la Société Française d'Anesthésie et de Réanimation (SFAR), à Paris, 529 postes d'anesthésistes étaient vacants dans les quelques mille hôpitaux de France, soit de 10 à 30 % selon les sites. Ce qui amenait les MAR en poste à travailler sur un rythme tel que de 35 à 50 % d’entre-eux étaient en burn-out.

- Mise en place d'un système d’intérim -

Pour pallier cette pénurie, les hôpitaux ont mis en place un système d’intérim, des MAR "mercenaires" bouchant les trous moyennant finance. Un certain député PS de l’Isère, Olivier Véran, avait dénoncé dans un rapport parlementaire de commande, le surcoût annuel - 500 millions d’euros - provoqué par cette pratique qui profitait majoritairement à des praticiens hospitaliers…

Il n’a échappé à personne que nous sommes en 2021. La pandémie nous frappe depuis un an maintenant et nous manquons plus de médecins anesthésistes réanimateurs et d’infirmiers anesthésistes, que de lits de réanimation. Il est facile de s’équiper en lits, il faut de 10 à 12 ans pour former un docteur en médecine, spécialités comprises. Quant au nombre d’infirmiers diplômés d’État, il a été lui aussi bridé par les ARS sur injonction ministérielle.

Le numerus clausus a été mis en œuvre à à l’initiative des organismes payeurs, et validé par les syndicats médicaux qui balançaient entre nécessité de limiter la hausse de dépenses de santé et surproduction de médecins, cause d’une trop forte concurrence entre praticiens…

Les tentatives de relance du flux de MAR sont intervenues trop tard. L’augmentation du nombre d’internes en formation n’ayant d’effet hors un délai d’une douzaine d’années, soit à échéance 2017-2020.  La carence en effectifs d’anesthésistes-réanimateurs était une réalité.

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pl/www.ipreunion.com / [email protected]

   

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