[PHOTOS-VIDÉOS] Covid-19 :

CHU : les services de réanimation à bout de souffle


Publié / Actualisé
Malgré le scepticisme de certains habitants qui peinent à croire les autorités sanitaires, les services de réanimation de l'île sont bel et bien chargés. Dans les deux pôles nord et sud du centre hospitalier universitaire, les patients Covid occupent en moyenne 40 à 45 lits au quotidien. Autant qui ne peuvent pas servir à d'autres malades. Sur ces patients Covid en réanimation, moins d'1% est vacciné, selon le CHU, qui redoute une forte vague de malades dans les jours à venir. (Photos rb/www.ipreunion.com)
Malgré le scepticisme de certains habitants qui peinent à croire les autorités sanitaires, les services de réanimation de l'île sont bel et bien chargés. Dans les deux pôles nord et sud du centre hospitalier universitaire, les patients Covid occupent en moyenne 40 à 45 lits au quotidien. Autant qui ne peuvent pas servir à d'autres malades. Sur ces patients Covid en réanimation, moins d'1% est vacciné, selon le CHU, qui redoute une forte vague de malades dans les jours à venir. (Photos rb/www.ipreunion.com)

Dans une chambre aux volets fermés et où résonnent les bruits des machines, une patiente atteinte du Covid-19 est allongée, branchée à de multiples appareils. Comme une quarantaine de patients au CHU, 39 exactement le jour de notre tournage, elle a été placée en service de réanimation car son état s'aggravait.

Entourée de nombreux écrans, d'un respirateur ou encore d'une machine de dialyse, la patiente a été installée sur le ventre. "On le fait pour les malades très lourds, pour améliorer l'oxygénation et le fonctionnement du cœur", explique Arnaud Desvergez, chef de clinique réanimation centrale au CHU Sud. "Pour les patients les plus critiques, on les retourne une fois par jour et on répète l'opération des dizaines de fois s'il le faut."

Denis, lui, est sorti du service de réanimation dimanche 25 juillet. Après 22 jours de réanimation, "de coma" comme il le dit lui-même, il doit maintenant attaquer une longue rééducation, pour réapprendre à bien marcher et bien articuler.

D'une voix très faible, et sans cacher sa fatigue, il admet cependant sourire aux lèvres qu'il va "beaucoup mieux". Au moment de sortir de réanimation, "j'étais pas le même, j'ai perdu beaucoup de kilos. J'avais aussi des pertes d'équilibre" raconte-t-il. "J'étais jamais malade, j'ai jamais été à l'hôpital, jamais rien. Pour moi le Covid c'était une maladie normale, comme toutes les autres. Mais aujourd'hui non, je la vois sous un autre œil. C'est une maladie vraiment dangereuse pour l'être humain."

Dans le service de réanimation, la majorité des chambres sont occupées. Sur les deux pôles du centre hospitalier universitaire, les équipes enregistraient ce vendredi 87% d'occupation en réanimation, soit 90 lits sur les 103 du CHU, qui a annoncé augmenter à nouveau ses capacités pour passer à 117 places. La preuve, s'il en fallait une, que l'ouverture de nouveaux lits était nécessaire dans ce contexte sanitaire. La capacité initiale du CHU à La Réunion est de 71 lits en réanimation.

Lire aussi - Covid-19 : services saturés au CHU malgré de nouveaux lits ouverts en réanimation

- Pousser les murs -

"Un patient en service de réanimation, ce n'est pas juste un malade avec un brancard. On ne peut pas les installer dans le couloir. C'est tout un environnement et du personnel qualifié" rappelle Arnaud Desvergez. Pas plus tard que cette semaine, il fallut se débrouiller alors que plus aucune place n'était disponible. Un malade devant aller en réanimation a dû être installé en urgence en salle de réveil, en attendant qu'une place se libère.

Certains jours il est arrivé au CHU de constater une occupation en réanimation de l'ordre de 95-96% soit un ou deux lits disponibles sur toute l'île, pour les patients Covid ou non. "On a une activité normale de réanimation, mais avec tous les patients Covid on est limités en place et ça peut avoir des répercussions sur les autres patients, que ce soit en déprogrammation des blocs opératoires ou en activités médicales" explique le docteur Philippe Ocquidant, chef de service de neuroréanimation et directeur médical de crise au CHU Sud.

A ce jour, deux blocs sont fermés au CHU de Saint-Pierre, et au moins trois au CHU de Bellepierre à Saint-Denis. "On fera ce qu'il faut pour prendre tout le monde, mais ça a des répercussions importantes sur la prise en charge de nos concitoyens" insiste Philippe Ocquidant. Au CHU Sud, la capacité de 15 lits en réanimation polyvalente est montée à 35 cette année, lits auxquels s'ajoutent les 18 places en neuroréanimation, pour soutenir l'activité.

- Le risque de la "sursaturation" -

Après une phase de plateau observées par les équipes médicales, les courbes du Covid-19 se sont envolées à La Réunion depuis maintenant plusieurs semaines. Le taux d'incidence du territoire a dépassé les 350 pour 100.000 habitants, lui qui était à 150 il y a dix jours. "L'augmentation des patients reçus en unité Covid (en médecine, ndlr) risque de provoquer une sursaturation de la réanimation dans les jours qui viennent" s'inquiète Philippe Ocquidant. En cas de complications, les patients en médecine doivent en effet être déplacés pour une prise en charge adaptée à la gravité de leur situation.

Dans l'unité Covid de l'hôpital, à un autre étage, on essaie justement d'anticiper l'augmentation des malades. "Actuellement nous avons 36 voire 43 lits, ça dépend de la composition des lits, et on va passer à 51 potentiellement" explique Rodolphe Manaquin, praticien hospitalier en maladies infectieuses et infectiologue au CHU Sud.

Derrière lui, les personnels soignants qui rentrent dans les chambres s'équipent pour ne pas être contaminés : masque FFP2, gants, charlotte, lunettes, surblouse. "En fonction des jours, nous avons parfois plus d'entrées que d'autres mais on a une activité continue" commente l'infectiologue.

- Des patients de plus en plus jeunes -

Contrairement au début de la crise Covid à La Réunion, en mars 2020, les patients pris en charge sont plus jeunes. "Certains ont la trentaine et une grande majorité a entre 50 et 60 ans. Ils n'ont pas forcément de comorbidités, personne n'est à l'abri" explique Philippe Ocquidant.

Sur l'écran, près des chambres, les médecins font défiler la liste des patients en service de réanimation. Sur la liste que nous avons pu consulter, on voit deux patients Covid âgés de 37 et 39 ans. Le plus âgé a 75 ans, tous les autres ont la cinquantaine ou la soixantaine. Soit une moyenne d'âge bien plus basse que les premiers patients recensés il y a un an, souvent âgés de 80 ans.

- Moins d'1% de vaccinés en réanimation -

Parmi ces personnes gravement malades, presque exclusivement des non vaccinés. "C'est ce qu'on observe dans la grande majorité des cas. Ce vendredi les vaccinés représentent 0%, sinon c'est entre 0 et 1%" explique Philippe Ocquidant. Soit "une infime minorité".

La vaccination "c'est notre porte de sortie" scandent tous les médecins, qui ont pour beaucoup du mal à comprendre la résistance dont font preuve certains habitants. "On n'a pas d'autre traitement efficace, mais on peut prévenir par la vaccination, ça permet de se protéger et protéger les autres" rappelle le directeur de crise. Et de rappeler que le vaccin n'est pas immortel : "il protège des formes graves, mais ce n'est pas du 100%, c'est du 90-95% : on a un échapppement vaccinal de 5%, c'est ce que disent toutes les études". C'est la raison pour laquelle une personne, atteinte de comorbidités importantes, est décédée bien que vaccinée la semaine dernière.

Entre 8 à 10 décès Covid sont enregistrés à La Réunion depuis plusieurs semaines. "Voir des patients qui décèdent, c'est toujours très difficile pour les soignants" raconte le docteur Arnaud Desvergez, qui a déjà dû, à plusieurs reprises, accueillir les familles endeuillées dans les couloirs du service.

- Un manque flagrant de personnel spécialisé -

Certains Réunionnais disent ne pas comprendre pourquoi le CHU n'ouvre pas davantage de lits. Mais les équipes soignantes sont insuffisantes. "L'effort ce n'est pas d'ouvrir des lits, trouver des lits en tant que meubles, il n'y a rien de plus facile. Trouver de l'espace pour mettre ces lits, il n'y a rien de plus facile. La difficulté c'est de trouver les médecins anesthésistes, les infirmiers spécialisés en réanimation, et ces personnels là on ne les a pas pour 117 lits" a justement rappelé la directrice de l'ARS Martine Ladoucette en conférence ce jeudi 29 juillet.

Sur place, le problème est très concret : les personnels soignants ne sont pas assez nombreux. "On manque de médecins généralistes, d'anesthésistes réanimateurs, d'infirmiers qualifiés en soins de réanimation… Le rythme très très intense, on note beaucoup d'arrêts maladies, le personnel est épuisé, d'autant plus que les congés ne sont pas forcément donnés. Il y a une vraie fatigue qu'on ressent dans toutes les équipes" commente le docteur Philippe Ocquidant.

Guillaume Schnoebelen fait justement partie des infirmiers qui sont très mobilisés en service de réanimation. A la porte d'une chambre, entre deux soins, il accepte de nous raconter son quotidien. "C'est assez intense, on est amené à travailler un peu partout, faire du renfort. Ça fait plus de six mois qu'on est tout le temps appelés à dépanner à gauche à droite" admet-il.  "Autant y a un an ça tenait, on n'avait pas énormément de Covid à La Réunion par rapport à la Métropole parce qu'on a été confinés vite. Mais là non, c'est quand même costaud tout le temps, c'est quotidien quoi."

Et pour que l'hôpital tourne, il faut des soignants de jour comme de nuit, en semaine comme en week-end. "Je fais 12 heures d'affilée, de 6h45 à 19h15 pour faire le relais avec les autres équipes, avec une petite pause à midi. On travaille deux jours de suite, puis trois jours de repos et ainsi de suite. Malheureusement ça arrive qu'en repos on soit mobilisés". Pendant les mois de juillet et août, certains infirmiers sont partis à l'issue de leur contrat, pour souffler un peu. Leur absence devient difficile à combler.

Cinq infirmiers tout juste diplômés ont été recrutés en local, précise le CHU Sud. La direction a fait appel à la réserve sanitaire pour renforcer les équipes en réanimation, et assurer une continuité de soins. Sans renforts, les effectifs ne seraient pas suffisants.

Lire aussi - Crise Covid : le CHU recrute en urgence des infirmiers

"Techniquement le personnel il y en a, mais avoir des compétences "réa" c'est autre chose. C'est très spécifique, il faut deux à trois ans de pratique normalement. Aujourd'hui c'est ça qui est compliqué" commente Laurent Folio, cadre de santé au CHU Sud.

Aujourd'hui il est fier de ses équipes. "Ils sont là, même fatigués, tout le monde joue le jeu. Si ça marche, c'est grâce à eux. Il faut le saluer, c'est important. Souvent on entend des choses pas très positives envers les soignants mais il faut se mettre à leur place : ils sont là tous les jours, le week-end, le soir, la nuit. On change constamment leur planning et ils répondent toujours présents. Franchement c'est honorable."

mm/www.ipreunion.com / [email protected]

   

14 Commentaire(s)

Libre penseur, Posté
Ipreunion participe a la psycoze en manipulant les infos...on sait qui vous êtes maintenant...rdv samedi on poura mieu cozer
Fafa, Posté
La Réunion seul pays où les pseudo vaccinés ne tombent jamais malade du covid'!'!'!! Alors que maintenant il est établi scientifiquement que les pseudo vaccines avec le variant delta font des formes souvent plus graves que les non vaccines car le pseudo vaccin détériore leur capacité immunitaire par les anticorps facilitants
Aéroport point faible , Posté
Aéroport est le.point.faible.du dispositif.
Samem, Posté
Tension hospitalière : présente la proportion de lits de réanimation occupés uniquement par les patients Covid19, par rapport au nombre de lits en temps norma
HULK, Posté
Au lieu de payer des fonctionnaires de santé dans les ARS,incompétents et en surnombre, on ferait mieux de recruter des soignants et acheter du matériel. Le gouvernement est responsable de cette situation et aujourd'hui il nous punit. Scandaleux.
Aterla, Posté
Merci à IMAZPRESS pour ce reportage qui je l'espère fera revenir àla raison quelques uns.Merci aussi bien sûr au personnel soignant, un grand grand merci.
Jeanbon, Posté
Je pense que le pic de contaminations va avoir lieu ce week-end !Les gens courent partout, les invitations de dernière minute, vite au resto, on rase gratis !
David, depuis son mobile , Posté
Merci à toute l'équipe hospitalière.
Nou reste la caze , Posté
Le président a supprimé l'ENA et on comprend pourquoi.
SJW, Posté
Moyenne d'âge 65 ans sur le tableau. ==> Moyenne d'âge de 59 ans sur le tableau...La tension hospitalière de covid tracker indique les patient Covid, et pas l'intégralité des patients en réa. Ca veut dire que 44% des lits de réa sont occupés par ces patients... S'il y en avait qui pouvaient arrêter de se prendre pour plus experts que les soignants interviewés, ça serait peut être un début de solution pour cette pandémie...
Eve, Posté
https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/07/31/covid-19-dans-le-monde-des-documents-americains-sonnent-l-alarme-face-au-variant-delta_6090099_3244.htmlCe variant est aussi contagieux que la varicelle et les personnes infectées semblent avoir une charge virale importante dans le nez et la gorge, qu'elles soient vaccinées ou non, selon une analyse menée dans le Massachusetts.
Si j'en crois le titre : , Posté
les services de réanimation ont attrapé le COViD!
Et cetera, Posté
Au bon souvenir de la grippe de 2009 : 67 000 contamination à la Réunion en 2 mois. On pouvait tousser en toute liberté sans masque sans gel, une femme de 28 ans mourrait, ça ne dérangeait personne. Le Chik en 2006, 240 000 cas, 200 morts officiels ..on peut toujours avoir des dépôts sauvage en toute quiétude et élever ses moustiques et au nez et à la barbe des maires donneur de leçon avec des " Chik long " également ..nostalgie quand tu nous tiens.
Samem, Posté
Moyenne d'âge 65 ans sur le tableau. Et pour améliorer la communication déplorable il faudrait accorder ses violons avec Covid traker: 44 % de tension hospitalière actuellement alors qu'on était à plus de 70 en Mars dernier (et pas confiné ..). On ne parle pas de l'état de santé général / comorbidite des patients. La population réunionnaise est en mauvaise santé de base. Et fermer les salles de sports et les confiner améliore grandement leur état'alimenter la peur, le vaccin comme seule porte de sortie alors que dans plusieurs pays on constate que ça n'empêche pas la progression des virus. Pas un euro dans les systèmes de santé depuis le début de la crise. Le vaccin est l'arbre qui cache la forêt; à quand une réforme de fond ' DES milliards pour Pfizer et rien pour améliorer notre système de santé qui est fondamentalement un investissement à long terme. Le gouvernement nous fait payer son incapacité à gérer le pays. Et surtout ne parlez pas des milliers de personnes qui ont eu le Covid et qui se portent bien ça ferait tache '