Tribune libre du collectif pour l'élimination des violences intrafamiliales :

Pendant que le massacre des femmes continue, les associations qui luttent contre les violences se meurent !


Publié / Actualisé
Les faits sont là, indiscutables dans leur brutalité. Après un début d'année 2016 dramatique, marqué en quelques semaines par quatre féminicides sans compter de multiples autres actes d'une violence extrême, l'année 2017 continue dans la même horreur sanguinaire : déjà trois femmes tuées, la dernière il y a quelques jours à Saint-Paul, ce nouveau drame survenant moins d'une semaine après une épouvantable agression à Bellepierre. Ce n'est hélas pas nouveau ! (Photo archives)
Les faits sont là, indiscutables dans leur brutalité. Après un début d'année 2016 dramatique, marqué en quelques semaines par quatre féminicides sans compter de multiples autres actes d'une violence extrême, l'année 2017 continue dans la même horreur sanguinaire : déjà trois femmes tuées, la dernière il y a quelques jours à Saint-Paul, ce nouveau drame survenant moins d'une semaine après une épouvantable agression à Bellepierre. Ce n'est hélas pas nouveau ! (Photo archives)

Créé en 2008, le CEVIF (Collectif pour l’élimination des violences intrafamiliales) s’est attaqué de front à ce dramatique problème de société. Il se refuse à voir dans cette accumulation, cette succession de drames horribles, de simples faits divers. Ceux-ci ne constituent rien d’autre qu’un mal profond qui gangrène notre société : le mépris des femmes, le refus de reconnaître l’égalité des droits entre les femmes et les hommes, conduisent à commettre envers elles des violences de toutes sortes : coups, injures, brimades et privations, viols, comme si cela faisait partie d’un ordre naturel des choses.

Face à cela, le CEVIF, avec ses associations membres, s’est engagé dans une action de large prévention envers les enfants et les jeunes, mais aussi les adultes, ainsi que dans l’accompagnement et le suivi des victimes, grâce à la mobilisation de bénévoles et l’engagement de son personnel salarié. Dans le contexte dramatique de 2016, il a efficacement et activement contribué à la préparation et à la tenue des Etats Généraux des violences faites aux femmes, les 25 et 26 novembre 2016.

De ces travaux sont sortis d’une part un état des lieux assez complet de la situation et d’autre part des propositions très élaborées dans les différents domaines de l’accueil, de l’accompagnement et du suivi des victimes, sans négliger pour autant la prise en charge des auteurs, tant du point de vue thérapeutique que de leur sanction judiciaire. Tout cela exige évidemment des moyens, venant s’ajouter à ceux qui existent déjà.

Il va aussi de soi que si l’accompagnement, le suivi et la réinsertion des victimes constituent des tâches humaines et sociales absolument indispensables, il n’en reste pas moins qu’une vigoureuse action de prévention en direction de l’ensemble de la société s’impose et en particulier la jeunesse, aux différentes étapes de sa scolarisation : enseignement primaire, collèges, lycées et université.

Or, c’est au moment où les Etats Généraux se sont terminés par de brillants effets d’annonce que les autorités publiques responsables - l’Etat en premier lieu, relayé au plan régional par les différentes collectivités locales, choisissent de nous étrangler et de nous asphyxier financièrement, nous empêchant ainsi de remplir nos missions, mettant en cause notre existence même et l’emploi de nos salariés.

Afin que nous puissions être véritablement efficaces, ce n’est pas d’un simple saupoudrage de moyens financiers dont nous avons besoin. Il faut absolument considérer que nous sommes face à un problème fondamental et à un choix de société s’agissant des femmes, et de leurs enfants, devant donner lieu à une politique durable et cohérente et non pas réversible en fonction des modes ou de changements politiques, d’une politique ouvrant droit à des financements pluriannuels et à la hauteur des enjeux, permettant aux associations de concevoir et d’organiser leur action dans la durée, car la prévention est affaire de temps, s’inscrivant dans la perspective minimale d’une génération et donc intrinsèquement éloignées de préoccupations purement électoralistes. Nous en sommes, en l’état actuel des choses, fort loin.

Avec la chute considérable de nos subventions, le CEVIF pourrait ne plus exister dans trois mois si l’Etat, la Région, le Département et les collectivités territoriales n’apportent pas d’urgence une réponse appropriée à ce douloureux problème de société.

Nos responsables clament haut et fort que la lutte contre les violences intra familiales est une priorité régionale. S’ils le pensent vraiment, ils doivent alors mettre leurs paroles en accord avec leurs actes, et donner aux associations qui assurent PREVENTION et PRISE EN CHARGE des moyens à la hauteur de leurs ambitions, ET URGEMMENT !

Les femmes de LA REUNION ont elles mérité d’être abandonnées au sort tragique qui, si l’on continue ainsi, attend nombre d’entre elles ? Nous nous y refusons, nous nous y refuserons toujours et entendons partout le crier et le faire savoir.

Chantal JOUVENOT, Présidente du CEVIF et le conseil d’administration : Rolande CAZAL, Anne-Marie RYSER, Jean-Paul CIRET, Catherine GAUD, Liliane COMTET, Thérèse BAILLIF, Carmen ALLIE, Véronique DESMARAIS, Sophia FERRERE, Marie-Claude GALLAND, Tanuja GOPAUL ROOPMALA, Arnold JACCOUD, Marie-Laure SCHLEEF-YAMI, Lisette SON-HUI, Patrick VISTICOT

   

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