Tribune libre de Wilfrid Bertile :

Le grand malaise de la coopération régionale


Publié / Actualisé
Le Comité Régional Olympique et Sportif (CROS) a eu raison de mettre les pieds dans le plat et d'annoncer que La Réunion ne participera pas aux Jeux des Iles de 2019. Le sort qui est fait à notre île dans la Charte des Jeux (article 7) et dans la préparation de l'événement est inacceptable. On veut bien récupérer ce qu'elle peut apporter comme compétences et moyens financiers, mais par jalousie et par calcul, on la traite en mineure, prétextant son statut politique.
Le Comité Régional Olympique et Sportif (CROS) a eu raison de mettre les pieds dans le plat et d'annoncer que La Réunion ne participera pas aux Jeux des Iles de 2019. Le sort qui est fait à notre île dans la Charte des Jeux (article 7) et dans la préparation de l'événement est inacceptable. On veut bien récupérer ce qu'elle peut apporter comme compétences et moyens financiers, mais par jalousie et par calcul, on la traite en mineure, prétextant son statut politique.

Cette volonté d’écarter La Réunion se retrouve dans les projets d’évolution de la Commission de l’océan Indien. Au lieu de la transformer en une "Communauté de l’océan Indien" comme cela avait été évoqué au Sommet de Moroni pour montrer une volonté réaffirmée de vivre ensemble, on veut aller vers une "Communauté des Etats de l’océan Indien" où évidemment La Réunion, simple collectivité locale, n’a pas sa place. Et la France encore moins puisque la volonté de la COI est d’être reconnue comme organisation d’intégration régionale par l’Union Africaine qui aura des difficultés à admettre notre pays comme Etat de l’océan Indien.

A n’en pas douter, La Réunion est une victime collatérale du différend franco-comorien sur Mayotte. Tenir cette île à l’écart de la COI est une des raisons de la volonté de transformer cette organisation en une "Communauté des Etats". En raison du désaccord entre l’Union Africaine et la France concernant Mayotte, l’Afrique du Sud a refusé de collaborer au programme Interreg alors que la Région avait déjà financé la cérémonie de signature qui a tourné au fiasco.

A ce propos, il convient de signaler la performance de la Commission Européenne qui a réussi l’exploit de complexifier encore plus la gestion des fonds structurels en y associant des Etats tiers sous prétexte d’harmoniser le Fonds Européen de Développement et le Fonds Européen de Développement Régional. Pour engager des crédits européens, la Région, autorité de gestion, est désormais dépendante du bon vouloir d’Etats étrangers.

Tout cela se fait avec la complaisance des gouvernements français enclins à tout accepter des pays voisins pour ne pas envenimer les contentieux relatifs à Mayotte et aux "îles éparses" et avec la complicité de la Commission Européenne (commissariat au commerce international et au développement) qui se refuse à prendre en compte notre présence dans la zone. La Réunion a aussi sa part de responsabilité, se faisant piéger par naïveté dans la signature d’un accord de coopération avec Maurice sur la question de Tromelin et n’ayant aucune stratégie de coopération en dehors d’incantations et d’actions dispersées et inopérantes.

Incontestablement, une mise à plat serait nécessaire, pour mettre en œuvre, en franco-français, une diplomatie des territoires ; pour harmoniser au plan national et européen, les politiques internes de développement régional et les politiques du commerce extérieur et d’aide internationale au développement en prenant en compte les intérêts de La Réunion qui sont aussi des intérêts nationaux et communautaires ; pour élaborer un projet global pour cette région du sud-ouest de l’océan Indien. On n’en prend pas le chemin.

Wilfrid Bertile

   

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