Tribune libre :

La Réunion a été exclue du territoire national du 2 au 22 juin !


Publié / Actualisé
La crise du coronavirus a donné lieu du fait de la panique et de la désorganisation du gouvernement et par conséquence des services de l'Etat à de graves atteintes aux libertés fondamentales. Les Réunionnais ont été ainsi discriminés du 2 au 22 juin dans leur liberté à circuler librement à destination de la métropole. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
La crise du coronavirus a donné lieu du fait de la panique et de la désorganisation du gouvernement et par conséquence des services de l'Etat à de graves atteintes aux libertés fondamentales. Les Réunionnais ont été ainsi discriminés du 2 au 22 juin dans leur liberté à circuler librement à destination de la métropole. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Il aura fallu attendre dimanche 21 juin à minuit, pour que La Réunion réintègre le territoire national dont l’avaient exclue des actes administratifs aberrants et vraisemblablement irréguliers, car attentatoires aux libertés fondamentales.

En effet, dans son allocution du 28 mai 2020, le Premier ministre avait annoncé qu’il serait à compter du 2 juin 2020, possible de circuler librement dans toute la France, sans attestations nécessaires à justifier les déplacements ; il avait en outre précisé que des mesures de contrôles " très strictes des déplacements vers les Outre-mer sont maintenues avec des mesures strictes de quatorzaine à l’arrivée… ".  Néanmoins, à La Réunion, la Police de l’Air et des Frontières, sur ordre de l’administration ad hoc, a continué à exercer ces restrictions à l’encontre des citoyens français de La Réunion qui désiraient se rendre en métropole, voyageant directement d’un département français à l’autre.

" À compter du 15 juin, les personnes en provenance de pays de l’espace européen (…)ne seront notamment plus tenus de se munir d’une attestation de déplacement international dérogatoire pour entrer sur le territoire français… "

Nombre de voyageurs se sont ainsi vu refoulés à l’aéroport, sous prétexte qu’ils ne disposaient pas d’un document officiel faisant état d’un " motif " tout aussi officiel pour se déplacer.

Cette discrimination leur a même été imposée jusqu’au 22 juin, quand bien même, il était très officiellement notifié sur tous les sites d’information de l’Etat, ambassades à l’étranger y compris : " la France lèvera le 15 juin au matin (0h00) l’ensemble des restrictions de circulation à ses frontières intérieures européennes (terrestres, aériennes et maritimes) mises en place pour lutter contre la pandémie de COVID-19. À compter du 15 juin, les personnes en provenance de pays de l’espace européen (États membres de l’Union européenne ainsi qu’Andorre, Islande, Liechtenstein, Monaco, Norvège, Saint-Marin, Suisse et Vatican) peuvent entrer sur le territoire français sans restrictions liées à la lutte contre le COVID-19, comme c’était le cas avant le 18 mars 2020. Ces voyageurs ne seront notamment plus tenus de se munir d’une attestation de déplacement international dérogatoire pour entrer sur le territoire français. Pour mémoire, les personnes en provenance de l’espace européen sont par ailleurs dispensées de quatorzaine à leur arrivée en France… "

La Réunion étant tout à la fois département français et région ultra-périphérique européenne, donc partie intégrante du territoire national et européen, rien ne légitimait le maintien de restrictions jusqu’au 22 juin. D’autant que la seule mention rendue publique faisant état du maintien de restrictions portait sur les déplacements " A destination des territoires d’Outre-mer : Martinique,  Guadeloupe,  Saint-Barthélémy,  Saint-Martin,  La Réunion : les motifs impérieux de déplacement seront supprimés à compter du 22 juin. La quatorzaine sera supprimée au plus tard le 10 juillet, date de l’entrée en vigueur de la loi sur la fin de l’état d’urgence sanitaire qui rendra obligatoire le test de détection de Covid-19 dans les 72 heures précédant le départ… "

Un communiqué du Préfet de La Réunion, en date du 29 mai, attestait cette lecture, qui précisait s’agissant du registre Transports et Déplacements : " A partir du 2 juin, vous ne pourrez toujours pas effectuer de déplacement entre la métropole et les territoires d’outre-mer - sauf attestation justifiant un motif impérieux familial ou professionnel, effectuer de déplacement en Europe, au moins jusqu’au 15 juin… " Quand bien même la restriction courant jusqu’au 15 juin, interdisant les déplacements à destination de l’Europe et donc de la métropole, était aberrante au regard de ce qui était diffusé dans les ambassades de France, à l’attention des populations étrangères et des français expatriés, elle tombait de fait et au pire à compter du 15 juin.

Mais la PAF sans doute soutenue par la nomenklatura administrative péi, le Préfet intervenant en l’occurrence comme un gouverneur d’Ancien Régime, a persisté dans les limitations à la liberté de circulation jusqu’au bout du bout… Que ne ferait-on pas, par excès d’autoritarisme, pour dissimuler l’incompétence et l’irresponsabilité manifestées par les pouvoirs publics dans la gestion d’une crise sanitaire qui laisse 40 000 morts sur la conscience des décideurs…

- Un mépris intolérable pour les citoyens français de La Réunion -

Samedi dernier encore, à Gillot, le soir, deux vols décollaient à destination de la métropole, un Air Austral et un Air France. Passons sur les conditions de traitement des passagers à l’arrivée à l’aéroport, avec une première barrière en sortie de parking où les voyageurs font une première fois la queue pour un vague contrôle visant à les orienter à gauche ou à droite en fonction de la compagnie, avant de s’en aller poireauter, en plein vent, tout le long de l’aérogare, à la queue leu leu, en attendant un contrôle de température symbolique et un autre filtrage avant de mettre les pieds dans l’aérogare. Arrivé là on vous demande :

    Vous avez vos documents ? 
    J’ai mon billet et mon passeport…
    Ah, il va falloir passer par la PAF…
    Pourquoi?
    Ils vont vous dire…     

On accompagne le passager à l’autre bout de l’aérogare, et en haut d’une volée de marches, une nouvelle queue s’expose à lui… Quantité de gens, avec femme, en enfants, bagages, ados seuls qui se demandent de quoi il retourne… le temps passe, l’heure limite d’enregistrement approche dangereusement. Les passagers sont admis deux par deux dans le bureau, masques sur le nez, buée sur les lunettes, on les refoule quand bien même ils respectent les marquages orange au sol…Et quand enfin vous arrivez nez à nez avec un fonctionnaire de la PAF, sans masque, que vous êtes obligé de baisser le vôtre pour parler car il ne vous entend pas…

    Vous avez vos documents ?
    J’ai mon billet et mon passeport…
    Vous n’avez pas de motif ?
    Oui j’ai un motif, je me rends en métropole auprès de ma mère âgée de 90 ans et qui a besoin de moi, pour se déplacer… rendez-vous médicaux…
    Ce n’est pas un motif…
    Ah bon, je croyais que c’était le plus beau des motifs… C’est quoi alors les motifs ? Ma mère ne pouvait pas me signer un certificat…
    Un motif, c’est un décès…
    Monsieur, vous êtes en train de me dire que je dois attendre le décès de ma mère pour avoir le droit d’aller m’occuper d’elle ?
    C’est comme ça, il faut un motif…
    Mais monsieur, vous m’interdisez d’aller de La Réunion, département français, aux Bouches Du Rhône, autre département français parce que je n’aurais pas de motif, alors que des Bouches du Rhône je pourrais aller n’importe où en France ou ailleurs sans justifier d’un " ausweis " ? Ce n’est pas légal ce que vous faites…
    Monsieur ce n’est pas moi…
    Et moi donc, vous allez me faire rater mon avion !

A ce moment un fonctionnaire de la PAF un peu plus gradé que les autres, il était là en spectateur, déclare, " ce n’est pas la faute du collègue… il fait son boulot… "

    Et ce serait de ma faute ?
    Bon allez, sortez ! Laissez nous faire nôtre boulot… 

En d’autres termes, fermez-la et circulez, si vous n’êtes pas content c’est pareil. Il faut donc s’exécuter en ayant conscience de ce que l’on est traité en citoyen de seconde zone soumis à des oukazes à la légalité douteuse et vraisemblablement juridiquement discutable au fond.

Les refoulés de la PAF n’ont d’autre solution que de se replier, frustrés, blessés, bien em… avec un billet d’avion en suspens, des correspondances qui tombent à l’eau, des rendez-vous professionnels ou personnels de même… Quant à espérer partir rapidement, inutile de rêver, les vols sont bondés jusqu’à la mi-juillet, vacances obligent.

Au-delà, la légitimité de la PAF étant ce qu’elle est quand elle outrepasse son autorité, le " motif " excipé étant l’aide à un membre de sa famille en état de dépendance, aurait a minima dû être pris en considération, sur la seule bonne foi du déclarant, voire sur la base d’une simple déclaration sur l’honneur rédigée, sur l’instant, et papier libre.  Combien de citoyens français de La Réunion ont-ils été contraints de subir un tel abus de pouvoir ? Honte à ceux qui, investis d’une once d’autorité, en abusent, par étroitesse d’esprit ou orgueil mal placé.

   

2 Commentaire(s)

Réunion 974, Posté
C'est eux qui qui sort de la métropole qui viennent nous contaminé
À la réunion et nous avons pas le droit de circuler ou aller vers la métropole pour vous dire qu'ils ont rien à foutre de la Réunion sauf pour leurs prope confort, on est département français depuis 1946 sur papier mais on restera une colonie comme dans l'enciene époque, ont sera toujours colonisé. Réunion 974
Coco974, Posté
Tout est dit.votre analyse, votre constat, je l'ai subi et fait aussi , en me taisant.non pas sans envie de crier ma stupeur, incomprehension et sentiment d'injustice, mais ça m'a tellement choqué, secoué que j'en suis encore psychologiquement marqué. J'en ai le tournis, un malaise fait de dégoÃ"t de ces representants de l'Etat..

Quel bordel.dans quel monde vit- on!!!
Mais bravo pour avoir écrit de bien belle manière et d'avoir eu le courage et la patience de vous exprimer avec justesse et precision des details.