Tribune libre de la CGPER :

L'exception Tereos dans le paysage agricole français interroge


Publié / Actualisé
Dans le dernier numéro 87 de Canne-Echo, revue du Syndicat du Sucre, il est question d'un sondage effectué l'an dernier. Le sondage s'intitule ironiquement et avec beaucoup d'humour " Filière Canne-sucre rhum, l'exception réunionnaise dans le paysage agricole français ". Aucun syndicaliste agricole n'a été interrogé lors de ce sondage, à croire qu'il voulait éviter de donner la parole aux vrais représentants du monde agricole. Une fois de plus, les planteurs sont mis devant le fait accompli, une constante dans le comportement de Tereos vis-à-vis des planteurs qui ne sont pas manifestement considérés comme des partenaires à part entière, mais bien entièrement à part.
Dans le dernier numéro 87 de Canne-Echo, revue du Syndicat du Sucre, il est question d'un sondage effectué l'an dernier. Le sondage s'intitule ironiquement et avec beaucoup d'humour " Filière Canne-sucre rhum, l'exception réunionnaise dans le paysage agricole français ". Aucun syndicaliste agricole n'a été interrogé lors de ce sondage, à croire qu'il voulait éviter de donner la parole aux vrais représentants du monde agricole. Une fois de plus, les planteurs sont mis devant le fait accompli, une constante dans le comportement de Tereos vis-à-vis des planteurs qui ne sont pas manifestement considérés comme des partenaires à part entière, mais bien entièrement à part.

Alors que notre filière canne-sucre doit faire face à la sécheresse et à la baisse des revenus des planteurs alors que les charges continuent d’augmenter, le Syndicat du Sucre, représentant le seul industriel Tereos, affirme que près de 70 % des planteurs lui feraient confiance pour défendre la filière canne-sucre. La lecture des chiffres de l’étude commandée par le Syndicat du Sucre amène une autre analyse.

Un planteur sur deux n’a plus confiance en l’avenir

Le sondage indique que 45 % des planteurs ne souhaitent pas augmenter leur tonnage de canne. C’est-à-dire presque un sur deux ! Connaissez-vous beaucoup de producteurs qui ne souhaitent pas produire plus ? Plus de lait ? Plus de porc ? Plus de volaille ? Plus de yaourt ? Bien évidemment nous n’en connaissons pas à la CGPER. Mais selon ce sondage tombé du ciel, chez les planteurs presque un sur deux aurait dit qu’il ne souhaitait pas produire plus ? Si c’est le cas, cela serait une preuve de manque de confiance dans l’avenir de la filière. Alors que vous avez 46 % des planteurs qui n’ont que la canne comme revenu. Venez dans les champs et questionnez nos adhérents.

Nous sommes très nombreux à souhaiter une augmentation des tonnages et donc de nos revenus. Tout comme, et nous le regrettons, les filières animales ont vu leurs nombres d'adhérents diminuer ces 30 dernières années, le nombre des planteurs a fortement baissé. Si l'industriel, car il n'y en a qu'un Tereos, a réussi à maintenir ou augmenter l'emploi c'est grâce à qui ?

Le prix de la canne base du problème

Ce manque de confiance est la conséquence d’un système de paiement de la canne obsolète. La formule de calcul date de 1984. Beaucoup de choses ont changé depuis :
- les variétés de canne sont différentes
- coupe mécanique de cannes entières au lieu de la coupe manuelle.
- la moitié du sucre sont des sucres spéciaux à haute valeur ajoutée, qui profite uniquement àTereos.
- la bagasse produit de l’électricité vendue à EDF
- le taux de fibre de la canne a augmenté pour produire plus d’énergie, ce qui diminue le taux de sucre et donc le prix payé au planteur

Avec la réduction des surfaces, les planteurs ont été poussés à la productivité, sans que le prix
de la canne payé par l’industriel soit revu à la hausse.

Le Syndicat du Sucre affirme qu’à la différence des planteurs de betteraves en France, les planteurs de canne à La Réunion ont " des revenus agricoles garantis ". La CGPER s’inscrit en faux sur cette affirmation. Parce que l’industriel ne paie pas la canne à son juste prix, ce sont les pouvoirs publics qui doivent intervenir pour verser des aides compensatrices. Ces aides indispensables dépendent d’arbitrages faits à Paris ou à Bruxelles.

Le sondage parle de garantie apportée au planteur, parce que l’usinier s’engage à acheter sa canne…. Alors qu’en France le revenu des agriculteurs a baissé, ici
pudiquement le sondage affirme finalement que nous avons une chance inouïe car le sucrier s’engage à recevoir nos cannes… Peu importe le prix payé, il prend tout…
L’échéance : la prochaine Convention canne

Rappelons que la campagne 2020 a commencé par des conflits . Elle s’est poursuivie par des actions soulignant la crise subie par les planteurs de canne. En effet, ils sont chaque année de plus en plus nombreux à commencer la coupe en devant de l’argent à l’industriel Tereos. C’est la faute à cette formule de calcul inadaptée et à des aides mal réparties, sans qu’il soit possible pour un planteur de savoir quelles sont les richesses réelles tirées de la canne à sucre qu’il a vendue à Tereos.

La transparence de tous les acteurs est une condition de réussite des négociations. Les revenus tirés de la canne par les planteurs sont connus publiquement, à l’industriel d’œuvrer à la même transparence.

La CGPER rappelle que :
- la filière canne vient de connaître une des trois plus mauvaises récolte de ces 50 dernières années ;
- la prochaine coupe en 2021 sera la dernière sous le régime de l’actuelle Convention canne ;
- 2021 devra donc être l’année de discussion de la prochaine Convention canne ;
- le sucre bio ne sera pas une réalité pendant la prochaine Convention canne ;
- le Poseidom ne sera pas augmenté et la menace plane sur l’aide de 28 millions versée uniquement à l’industriel comme compensation à la suppression des quotas ;
- l’État pilote un plan stratégique pour un autre modèle agricole réunionnais, et donc n’est pas satisfait du modèle actuel vanté par le Syndicat du Sucre.

La CGPER appelle donc à la mobilisation autour de ces échéances réelles, et demande donc que le Syndicat du Sucre cesse de polluer le débat en diversions telles que la publication d’une étude sans rapport avec la situation actuelle de la filière.

Le président : Jean-Michel Moutama

   

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