Tribune libre de François Godin :

Peur sur Saint-Gilles


Publié / Actualisé
Les amateurs des salles obscures se souviendront sans doute de ce film d'Henri Verneuil sorti en 1975 avec, en vedette, Jean-Paul Belmondo. Son titre : Peur sur la ville. L'histoire : la traque par un commissaire de police (Bébel !) d'un tueur en série qui terrorise Paris. Quel rapport entre ce film et Saint Gilles !? A première vue, aucun ! Et pourtant ! Depuis quelques mois, le TCO a lancé les grandes manoeuvres pour le renouvellement des AOT (Autorisation d'Occupation Temporaire). Pour faire simple, le renouvellement de l'occupation des locaux du port de Saint-Gilles. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Les amateurs des salles obscures se souviendront sans doute de ce film d'Henri Verneuil sorti en 1975 avec, en vedette, Jean-Paul Belmondo. Son titre : Peur sur la ville. L'histoire : la traque par un commissaire de police (Bébel !) d'un tueur en série qui terrorise Paris. Quel rapport entre ce film et Saint Gilles !? A première vue, aucun ! Et pourtant ! Depuis quelques mois, le TCO a lancé les grandes manoeuvres pour le renouvellement des AOT (Autorisation d'Occupation Temporaire). Pour faire simple, le renouvellement de l'occupation des locaux du port de Saint-Gilles. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

La procédure est en cours, une concertation s’est déroulée en décembre au cours de laquelle le TCO et son assistant, la société Espelia, nous ont expliqué comment allait être lancé l'appel à projets qui conduira au choix des nouveaux occupants des locaux qui occuperont les lieux à partir du 1 er janvier 2022. Jusque-là, tout peut sembler clair et limpide. Mais il y a un hic !

Que vont devenir les associations présentes aujourd’hui sur le port ?

Soyons clair, ces associations n’ont pas les moyens financiers pour concurrencer les structures commerciales. Par essence même, les associations vivent sur les cotisations de leurs adhérents et sur le temps consacré par leurs bénévoles pour faire fonctionner l’association.

De plus, certaines structures commerciales ne font pas mystère de leur souhait pour ne pas dire de leur volonté de voir disparaitre ces associations qui, d’après leurs dires, leur font une concurrence déloyale. Et que dire de ceux, plus ou moins bien intentionnés, qui laissent courir le bruit d’une disparition programmée des associations du port de Saint-Gilles. A ceux-là, il est sans doute utile de rappeler quelques chiffres.

Les associations sont au nombre de 1,5 million en France et il s’en crée plus de 70 000 chaque année et elles représentent 1,8 million de salariés soit près de 10% des salariés du secteur privé. Plus de la moitié (54%) des associations ont au moins 1 ou 2 salariés. Ce sont aussi 22 millions de bénévoles ! 22 millions de personnes qui donnent un peu ou beaucoup de leur temps pour les autres. A une époque où l’individualisme et le repli sur soi font rage, cela doit nous faire réfléchir !

Que font ces associations ? Dans la très grande majorité des cas, elles permettent, grâce à ce bénévolat, à des personnes d’accéder à des services (santé, sport, loisir, culture,….) auxquels ils ne pourraient pas accéder si ils devaient se tourner vers des structures commerciales.

Dans ces conditions, où est la concurrence déloyale ? Les associations sont un service public, un vrai service offert au public.

Mais revenons au port de Saint-Gilles. Les associations sportives – car ce sont bien elles qui sont visées – outre le fait d’offrir un service aux réunionnais, représentent aussi des consommateurs. L’ensemble de ces associations qui occupent actuellement un local sur le port de Saint-Gilles représentent environ 350 adhérents, soit avec les familles et les amis qui viennent souvent les rejoindre 500 à 600 personnes qui consomment sur le port de Saint-Gilles. Les commerces du port peuvent-ils se permettre de perdre 500 à 600 clients potentiels. Celui qui répond oui est un bien mauvais gestionnaire.

Les associations sont un moteur important de l’économie du port de Saint-Gilles.

Dans cette affaire, les politiques ne jouent pas leur rôle et se cachent derrière le CG3P (Code Général de la Propriété des Personnes Publiques) et l’ordonnance n° 2017-562 du 19 avril 2017 relatifs à la propriété des personnes publiques. Cette ordonnance a permis d’insérer dans le CG3P la nécessité pour la personne publique – le TCO dans le cas présent - de soumettre la délivrance des AOT à une procédure de sélection entre les candidats potentiels ou de simples obligations de publicité préalable.

Ce que dit aussi la loi – le CG3P en l’occurrence, c’est que l’autorisation d’occupation temporaire peut être attribuée sans aucune procédure et à titre gratuit à une "association à but non lucratif qui concourt à la satisfaction d’un intérêt général". Ce qui le cas de nos associations ! Mais nos politiques se soucient-ils encore de l’intérêt général !?

François Godin

   

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !