Tribune libre de FO Santé :

Appel pour une gestion collective et adaptée aux réalités de terrain de la crise sanitaire


Publié / Actualisé
Les réactions et prises de parole face à la crise sanitaire COVID que nous connaissons actuellement sont pléthores actuellement. Chacun y va de son argumentaire, de sa vision. David Belda, secrétaire départemental FO Santé Réunion et Darmi Doifiri, Secrétaire départemental FO Santé Mayotte, souhaitent apporter quelques points d'éclaircissement aux débats quant aux réalités de terrain de cette crise en France, notamment dans les départements de l'Océan Indien. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Les réactions et prises de parole face à la crise sanitaire COVID que nous connaissons actuellement sont pléthores actuellement. Chacun y va de son argumentaire, de sa vision. David Belda, secrétaire départemental FO Santé Réunion et Darmi Doifiri, Secrétaire départemental FO Santé Mayotte, souhaitent apporter quelques points d'éclaircissement aux débats quant aux réalités de terrain de cette crise en France, notamment dans les départements de l'Océan Indien. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

En situation de crise, les prises de parole sont nombreuses. Plus la crise est complexe, plus les propos peuvent être clivants, voire même approcher le dérapage. Jeudi matin, la directrice de cabinet du préfet, Camille Goyet, a avancé un certain nombre d’arguments dans une émission de Réunion La 1ère. Outre certains débordements sur lesquels nous ne reviendrons pas, Ces propos sont révélateurs d’un décalage entre une gestion institutionnelle et une situation de terrain dans deux Départements français situés à plus de 10.000 kilomètres de la France Continentale.

D’abord, on annonce que la gestion de cette crise se fait en concertation avec tous les acteurs concernés. Il est certain que des réunions sont organisées avec les représentants du personnel, avec l’ARS, avec les services de l’Etat, etc. Mais ces réunions ne rassemblent jamais tous ces acteurs simultanément. Ainsi, il y a une déperdition d’informations, une communication moins efficiente et surtout un manque de réactivité et de concertation, alors que c’est indispensable pour faire face aux réalités de terrain que connaissent, aujourd’hui, les soignants et le personnel paramédical.
Nous invitions donc tous les acteurs à se mettre autour d’une même table, au même moment pour organiser efficacement cette gestion de crise qui ne peut demeurer entre les mains de quelques décideurs !

Deuxièmement, la directrice de cabinet du préfet a déclaré, qu’en cas de besoin, il y aurait une augmentation des lits à La Réunion. Bien sûr, cela semble évident, et simple. Toutefois, comment ces lits supplémentaires seront-il gérés ? Quel personnel médical et paramédical pourra être affecté à ces lits supplémentaires ? Le personnel en poste à La Réunion et à Mayotte est déjà épuisé par l’année qui vient de s’écouler. Le personnel de la réserve sanitaire envoyé la semaine dernière est formé à 50% aux protocoles que nous devons administrer et n’est pas complète. Nos soignants souffrent d’une grande surcharge d’activité depuis presque une année. Lorsqu’on envoie du personnel à former, cela vient se rajouter à leur charge de travail. " L’Etat a fermé des lits depuis plusieurs années et aujourd’hui, nous rencontrons des difficultés liées à ces recherches d’économies motivées par une logique budgétaire même si cela va à l’encontre de la prise en charge de la population ", regrette David Belda. Le constat est le même à Mayotte où les organisations syndicales ne sont pas associées à la gestion de la crise sanitaire.

" L'état ne se soucie pas de la santé des mahorais ", lance simplement Darmi Doifiri. Avec un hôpital de 350 lits dont 16 lits de réanimation pour 252000 habitants recensés, les places sont insuffisantes. De plus, seulement 30 infirmiers par an sont formés. " Avec le contexte géopolitique, les frontières jamais contrôlées et depuis la mise en place de l'ARS Océan Indien en 2010 la santé publique s'est dégradée au fil des années. L'ARS et la Préfecture de Mayotte n'ont pas les moyens de contrôler la pandémie covid-19 pour les arrivées réglementaires par bateau ni par avion. Les actions menées actuellement ne sont que des urgences. En tant que soignant, nous sommes dans l'obligation de prendre en charge tous nécessiteux ce qui démontre l'insuffisante capacité du seul et unique établissement de santé. " Comment ce seul EPS pourrait-il assurer, avec ses 350 lits, 142 patients covid-19 en hospitalisation dont 25 en réanimation (données chm du 24/02) ?

Est-ce bien comme cela qu’on veut gérer la crise Covid dans l’Océan Indien ? Nous sommes deux Départements français, avec des infrastructures qui dépendent de l’Etat français. Nous invitons donc tous les acteurs à se mettre autour de la même table après avoir bien pris les réalités de terrain en considération et de ne pas oublier que nous vivons sur des territoires intenses qui présentent de nombreuses spécificités locales !

FO Santé

   

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