Tribune du Président de l'AMDR :

75e anniversaire de la Départementalisation de La Réunion


Publié / Actualisé
Le 19 mars 1946, les 4 vieilles colonies deviennent 4 nouveaux départements français, rattachés officiellement à la Mère Patrie. " Officiellement ". Juridiquement. En effet, ce rattachement était déjà bien ancré dans les moeurs, dans les tréfonds de notre société créole et préalablement coloniale, avec ses bons et (très) mauvais aspects. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Le 19 mars 1946, les 4 vieilles colonies deviennent 4 nouveaux départements français, rattachés officiellement à la Mère Patrie. " Officiellement ". Juridiquement. En effet, ce rattachement était déjà bien ancré dans les moeurs, dans les tréfonds de notre société créole et préalablement coloniale, avec ses bons et (très) mauvais aspects. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

On se souvient de la contribution exceptionnelle du pilote Roland Garros dans  la victoire face à l’Empire Allemand lors de la guerre 14-18. 

On se souvient (peut-être un peu moins) du gendre de Madame Desbassyns,  propriétaire d’esclaves, Jean-Baptiste de Villèle, ancien Premier ministre du Roi de  France, Charles X.

Les bons aspects sont limités mais perdurent encore aujourd’hui, comme le  dépassement des différences et la création par le métissage ethnique et culturel de  notre peuple réunionnais. 

Les (très) mauvais aspects sont en nombre plus conséquents et perdurent également : 

- Inégalités de richesses, 
- Économie de comptoir,
- Restriction d’accès à l’instruction, 
- Écarts dans l’indice de développement humain, 
- Aucun accès aux soins médicaux de base,
- Mépris des élites parisiennes envers les fils de la colonie. On se souvient que  les Réunionnais ont combattu aux côtés des fils des autres colonies pendant  les deux Guerres Mondiales, et non pas aux côtés de leurs frères des provinces  de l’Hexagone. 

La Départementalisation de l’île, permise par la loi du 19 mars 1946, votée par les  députés, Léon de Lepervanche et Docteur Raymond Verges a été vécue, selon les  témoins de l’époque, avec liesse et joie innommable du peuple.

75 ans plus tard, que retient-on du chemin parcouru ? 

À regarder attentivement, les mauvais aspects cités plus haut perdurent dans  le temps et sont collés à nous comme le sparadrap du Capitaine Haddock. 

Certes, nous connaissons un rattrapage en matière d’infrastructures, d’écoles,  de lycées et même une université à rayonnement international. 

Chaque homme d’État a apporté sa pierre à l’édifice, comme le député Michel  Debré qui a suivi personnellement les travaux du premier lycée post-colonial, le Lycée  Roland Garros (tiens, encore lui !) ou encore le député Wilfried Bertile qui vote la loi du 30 juin 1983 instaurant le jour férié du 20 décembre pour commémorer l’abolition  de l’esclavage et la fin de l’engagisme.

Certes, notre île se rapproche pas à pas de " l’égalité réelle ", avec les combats  des députés Paul Verges et Claude Hoarau pour l’alignement du Smic sur l’Hexagone,  ou encore le combat du député André Thien Ah Koon pour l’accès à tous les  Réunionnais aux minimas sociaux, qui permet à tout un chacun de ne pas mourir de  faim. 

Les Maires également n’économisent pas leurs efforts pour élever l’île et ses  habitants au rang qu’ils méritent.

Dans le Sud, Raphaël Babet, maire de Saint-Joseph est à l’origine de l’hôpital  de sa ville, tandis que Paul-Alfred Isautier, le maire de Saint-Pierre, fait un don  personnel de parcelle privée (un terrain familial) pour la construction de ce qui sera le  futur pôle Sud du CHU de la Réunion. 

La liste des contributions des uns et des autres serait trop longue et pourrait  faire l’objet de plusieurs thèses de recherches, tant notre Histoire est riche, notre  patrimoine est dense, et notre Fraternité est belle. 

Néanmoins, 75 ans plus tard, des efforts restent à faire en matière de  constructions de logements, d’accès aux soins, d’accès à l’emploi, d’ascenseur social.  Chacun d’entre nous a vécu une fois dans sa vie une situation d’inégalité ou de  discrimination du seul fait d’être ce qu’il est. 

Si nous ne prêtons pas garde, tout l’édifice patiemment construit pourrait être  détricoté, saucissonné, par des autorités venues d’ailleurs, non-élues, méconnaissant  notre culture, sans aucune légitimité du suffrage populaire. 

Les suppressions de lits dans les hôpitaux, les réformes de la fonction publique  qui ne tiennent pas compte des centres d’intérêts matériels et moraux des ultra-marins,  la baisse des dotations aux collectivités et la montée des charges sociales et fiscales  pour nos entreprises, avec l’effet ciseaux que cela implique sur notre économie, la  paupérisation de nos familles qui voient poindre un retour de la misère. 

Toutes ces microfissures risquent à terme de fracturer durablement notre  société réunionnaise et détruire en un instant, ce que nos aïeux ont mis des vies  entières à construire. 

75 ans, ce n’est pas la fin de la vie.

75 ans c’est la 3ejeunesse, prélude à la 4e, voire la 5ejeunesse.  75 ans c’est la fin d’un cycle et le commencement d’un autre. 

Nos valeurs réunionnaises nous rappellent qu’il faut écouter nos anciens, et  particulièrement la 3ejeunesse, qui a la sagesse de l’expérience et des erreurs du  passé.

L’anniversaire des 75 ans de la Départementalisation n’est pas qu’une simple  bougie de plus à fêter.

Cet anniversaire est le moment de faire introspection sur les 75 années  précédentes et préparer les 75 années suivantes. 

C’est notre rôle à tous, du plus petit citoyen au plus grand Homme d’État. 

Serge HOAREAU

   

2 Commentaire(s)

Joe, Posté
Encore 1 dentelle
Chapeau, Posté
Celui pour qui j'ai du respect : Paul Verges. Les autres ? Ils essaient.