Tribune libre de Michaël Crochet :

Alé di partou ! La Réunion des mémoires pour construire l'avenir...


Publié / Actualisé
Dans notre mémoire imaginaire nimbée d'âmes en errance, résonne le cliquetis obsédant des chaines de femmes et d'hommes arrachés à leur terre ancestrale et plongés dans la noirceur humide et fétide des vaisseaux négriers
Dans notre mémoire imaginaire nimbée d'âmes en errance, résonne le cliquetis obsédant des chaines de femmes et d'hommes arrachés à leur terre ancestrale et plongés dans la noirceur humide et fétide des vaisseaux négriers

Tapis dans une nuit noire qui deviendra leur linceul, le kèr-roulèr battant de révolte, Elie, Gilles et ses frères nous ont laissé en héritage les sentiers de marronnage qui conduisent à la liberté,

Marmay la kour, nous ne pouvions imaginer les sanglots étouffés, le spasme des pleurs de nos frères et sœurs dans leur froide solitude creusoise et encore moins l’infinie pénitence des petits bagnards de l’Ilet à Guillaume,
Réunionnais.e.s resté.e.s au péi, nous avions presque envié ceux qui avaient pris le chemin d’un exil bumidomisé et pour nombre d’entre eux étaient devenus les enchainés de Renault-Peugeot logés dans des foyers de sinistre mémoire,

En écho à ces souffrances au long cours, les clameurs partisanes des ti kolon-plantèr devant les usines, les maloyas dann karo kann résonnèrent alors comme autant d’invites de nos ainé.e.s à l’engagement et à la lutte,

Ces mémoires douloureuses ont blessé notre présent qu’il faut maintenant réparer mais jamais le déni, la haine de soi ou de l’autre, l’ivresse consumériste…et encore moins la rumination victimaire ne feront se refermer les plaies de l’âme réunionnaise,

Parce que l’Histoire nous a fait peuple et que l’identité réunionnaise est menacée, prenons garde au venin mortel du communautarisme rampant accompagné aujourd’hui par les tenants des pouvoirs mais aussi par certains d’entre nous,

Parce que nous sommes un arc-en-ciel d’humanités, mettons au cœur de notre penser réunionnais ce zarlor si fragile, affirmons le droit d’être nous-mêmes dans la dignité et la responsabilité et instaurons avec un Etat demeuré postcolonial un nouveau partenariat fraternel,

En cette Journée nationale des mémoires de la traite et de l’esclavage, honorons notre devoir de mémoire mais aussi l’impérieuse obligation de convenir pour notre péi Larényon d’un projet qui nous rassemble et nous ressemble !

Michaël Crochet

   

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