Lettre à Sébastien Lecornu :

L'association des maires dénonce une rupture d'égalité entre les Outre-mer et l'Hexagone


Publié / Actualisé
Dans un courrier adressé au ministre des Outre-Mer Sébastien Lecornu, l'Association des maires du département de La Réunion (AMDR) dénonce "une rupture d'égalité de traitement entre les Outre-mer et l'Hexagone". Les déplacements entre la Réunion, Mayotte et l'Hexagone pourront se faire à partir du 9 juin "dans les deux sens, avec une levée des motifs impérieux uniquement pour les voyageurs vaccinés" indique l'AMDR alors qu'"iI n'est point besoin de motifs impérieux pour circuler d'un département hexagonal à l'autre, alors que le variant indien vient de faire son apparition en plus du variant britannique déjà présent" ajoute l'Association des maires du département de La Réunion dont nous publions la lettre ci-dessous.
Dans un courrier adressé au ministre des Outre-Mer Sébastien Lecornu, l'Association des maires du département de La Réunion (AMDR) dénonce "une rupture d'égalité de traitement entre les Outre-mer et l'Hexagone". Les déplacements entre la Réunion, Mayotte et l'Hexagone pourront se faire à partir du 9 juin "dans les deux sens, avec une levée des motifs impérieux uniquement pour les voyageurs vaccinés" indique l'AMDR alors qu'"iI n'est point besoin de motifs impérieux pour circuler d'un département hexagonal à l'autre, alors que le variant indien vient de faire son apparition en plus du variant britannique déjà présent" ajoute l'Association des maires du département de La Réunion dont nous publions la lettre ci-dessous.

En effet, selon les décisions prises par votre ministère, les déplacements entre La Réunion et Mayotte et l'Hexagone pourront se faire à partir du 9 juin dans les deux sens, avec une levée des motifs impérieux uniquement pour les voyageurs vaccinés.

À l'inverse, la Guadeloupe, la Martinique et Saint-Martin ne sont pas concernées par la question du schéma vaccinal complet (les doubles doses) et par conséquent, les motifs impérieux sont complètement levés à compter du 18 mai.

Cette différence de traitement serait selon votre ministère, du fait de la diffusion à La Réunion et à Mayotte d'un variant dit "sud-africain", préoccupant, peu présent dans l'Hexagone nécessitant des mesures d'isolement renforcées par rapport aux Antilles dans les deux sens.

Je rejoins le député de Mayotte, Mansour Kamardine, lorsqu'il parle de cette situation comme "d'une discrimination inacceptable et insupportable".

Cette situation est d'autant plus discriminatoire que les chiffres sont équivalents d'un territoire à l'autre, voir même davantage positif pour La Réunion que pour La Guadeloupe, à titre d'exemple. À La Réunion, nous avons un taux d'incidence de 123 pour 100 000 et une couverture vaccinale de 9%, quand la Guadeloupe a un taux d'incidence de 126 pour 100 000 et 7% de sa population vaccinée et qu'elle a même dû subir récemment un autre confinement strict.

Je note également qu'il n'est point besoin de motifs impérieux pour circuler d'un département hexagonal à l'autre, alors que le variant indien vient de faire son apparition en plus du variant britannique déjà présent, tandis que le variant sud-africain touche 35% de la Moselle.

Je note encore, que durant la période estivale de l'hémisphère nord qui s'annonce, les citoyens de l'Union Européenne, où circule selon les pays, l'ensemble des variants répertoriés (brésilien, britannique, sud-africain, indien...), à des taux variables d'un Etat à l'autre, pourront sans doute circuler avec davantage de facilité en France métropolitaine que les citoyens français de La Réunion sur la simple présentation du pass sanitaire. J'ajoute qu'au sein de certains de ces pays, la Hongrie par exemple, une part significative des personnes vaccinées le sont avec des vaccins qui ne sont pas homologuées par les instances sanitaires de l'Union Européenne.

Dans ces conditions Monsieur le ministre, vous comprendrez le profond sentiment d'injustice, et pour tout dire de colère qui étreint les Réunionnais. Nombreux sont ceux en effet qui ressentent après plus d'une année de privations le besoin de changer d'air en France métropolitaine, et ce d'autant plus que toutes les liaisons avec les pays de la zone sont interrompues; sans oublier les nombreux étudiants qui devront rejoindre la Métropole et pour lesquelles les conditions imposées par la préfecture de La Réunion sont en l'état actuel impossible à réunir.  Comment en effet exiger une carte d'étudiant et un justificatif de changement d'adresse pour un primo étudiant venant tout juste d'obtenir son baccalauréat?

Quelle est la probabilité en effet que les 900 à 1000 personnes atteintes par le virus chaque semaine, soit 0,001 % de la population réunionnaise prenne massivement l'avion, et vienne répandre en France métropolitaine, alors même qu'elles devront se soumettre en plus à deux tests PCR et à une septaine, le variant sud-africain qui par ailleurs est déjà présent sur place ? Elle est infinitésimale pour ne pas dire nulle, et ce d'autant plus que seulement 59,2 % des 900 à 1000 personnes touchées par le Covid le sont au titre des variants brésiliens ou sud-africains (données application anticovid en date du 22 mai 2021).

Autre incohérence et discrimination supplémentaire qui mérite d'être soulignée, demander à des personnes vaccinées de subir une septaine est inadmissible. Ce faisant, le secteur touristique réunionnais est victime d'une discrimination intolérable comparativement à ses homologues antillais. A l'évidence, la septaine ne peut que détourner irrémédiablement les touristes de la destination Réunion et plonger ce secteur dans une crise structurelle sans fin de manière totalement injustifiée sur le plan sanitaire.

Effectivement, les plus hautes autorités sanitaires de notre pays ne peuvent pas d'un côté encourager à la vaccination à grand renfort de publicité et de l'autre jeter le discrédit sur ces mêmes vaccins en exigeant une septaine à la fois à destination de la métropole et de La Réunion. Les vaccins homologués par les autorités sanitaires européennes ne peuvent et ne doivent faire l'objet d'aucune suspicion.

Soit les vaccins sont efficaces et les Réunionnais doivent pouvoir voyager dans les mêmes conditions que l'ensemble des citoyens de l'Union Européenne, au sein de l'Union Européenne, soit ils ne le sont pas, auquel cas il est de la responsabilité du ministère d'en informer immédiatement nos populations et les élus de la République. Il en est de même des touristes à destination de La Réunion.

La seule cohérence à ces décisions serait-elle que les Réunionnais, à l'instar de leurs homologues Mahorais, seraient donc considérés par les autorités nationales comme des citoyens de seconde zone,  qu'il faut reléguer aux marges de la Nation, sur la seule base d'une " préoccupation " ?  Cette situation est d'autant plus incompréhensible que les moyens ne nous sont pas donnés pour lutter efficacement contre la Covid 19.

Depuis le 26 mars, j'ai formulé par courrier, au Premier ministre Jean Castex, une demande urgente et en nombre suffisant de doses Johnson & Johnson afin d'assurer la couverture vaccinale de notre Département et atteindre rapidement l'immunité collective fixée à 70% de personnes vaccinées ; ce qui correspondrait à environ 600 000 personnes à La Réunion.

Je n'ai eu à ce jour aucune réponse, mais qui plus est, nous sommes encore en retard dans l'administration du vaccin contre la Covid 19 (à peine 200 000 doses), contrairement aux déclarations du ministre de la Santé qui demandait le 23 mars, son accélération.

Les Réunionnais n'ont pas à subir les impérities de l'administration. Ce sont en effet des décisions politiques et administratives totalement incohérentes qui nous amène aujourd'hui dans cette situation. Les taux de vaccinations dérisoires dans les outre-mer s'expliquent à la fois par des retards au démarrage et par l'application mécanique d'une stratégie conçue en métropole pour les personnes âgées, à des populations jeunes en Outre-mer. Les français d'outre-mer ne peuvent être davantage pénalisés par des stratégies sanitaires inadaptées et discriminatoires. Le droit à l'adaptation pour notre île aurait dû trouver durant cette crise sanitaire tout son sens. Cela n'est malheureusement toujours pas le cas.

À la souffrance psychologique, un moral économique en berne, des vies familiales brisées, s'ajoutent désormais pour La Réunion et ses habitants, le sentiment d'être déclassés par la Mère Patrie. Il ne faudrait pas faire de ce sentiment une réalité. Les élus des outre-mer ont besoin du ministère des Outre-mer, à leurs côtés, pour représenter et défendre les intérêts des Français d'Outre mer.

Je vous saurai gré, Monsieur le ministre, de revoir cette décision qui ne va pas dans le bon sens d'un retour à une vie normale, et vous invite à prendre en considération la situation spécifique de La Réunion.

Comptant sur votre sens de l'engagement, je vous prie d'agréer, Monsieur le ministre, l'expression de ma très haute considération.

   

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