Tribune libre de l'association ADECALOM :

Make Distribution/Run Market : chronique d'une mort annoncée ou les dessous d'une domination économique


Publié / Actualisé
La presse locale (Réunion la première, Le Quotidien, JIR) a fait écho récemment dans ses éditions du 06,07,08 et 11 janvier 2022 des difficultés rencontrées par le groupe Make Distribution, repreneur de 4 grandes surfaces commerciales rachetées par le groupe GBH à Vindémia en 2020. Ces difficultés financières détaillées dans les journaux, quel que soit son ampleur ou sa gravité révèlent néanmoins la fragilité de cette opération "gros doigt" effectuée par GBH et soutenue par l'Etat et l'ADLC. Ces difficultés confirment également les craintes que nous avions eues, dès l'annonce du rachat, pour le secteur de la distribution à La Réunion ; celles de voir apparaître une domination économique d'un groupe autour d'un secteur commercial duopolistique, s'étendant à terme à tous les secteurs stratégiques de l'économie réunionnaise. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
La presse locale (Réunion la première, Le Quotidien, JIR) a fait écho récemment dans ses éditions du 06,07,08 et 11 janvier 2022 des difficultés rencontrées par le groupe Make Distribution, repreneur de 4 grandes surfaces commerciales rachetées par le groupe GBH à Vindémia en 2020. Ces difficultés financières détaillées dans les journaux, quel que soit son ampleur ou sa gravité révèlent néanmoins la fragilité de cette opération "gros doigt" effectuée par GBH et soutenue par l'Etat et l'ADLC. Ces difficultés confirment également les craintes que nous avions eues, dès l'annonce du rachat, pour le secteur de la distribution à La Réunion ; celles de voir apparaître une domination économique d'un groupe autour d'un secteur commercial duopolistique, s'étendant à terme à tous les secteurs stratégiques de l'économie réunionnaise. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

En réalité, outre les aspects purement techniques du dossier, il s’agit surtout d’un combat sociétal et donc éminemment politique. Les pratiques concurrentielles sur des territoires
exigus en termes de marchés comme le nôtre aboutissent, si des règles particulières ne sont pas mises en place, à des stratégies d’entente et de collusion entre acteurs économiques et politiques entraînant à plus ou moins long terme des concentrations financières et économiques autour de monopoles ou de duopoles.

L’association ADÉCALOM a déposé en 2020 devant le Conseil d’Etat un recours en annulation de la transaction des actifs du groupe Vindémia au profit du groupe GBH. Cette opération était à nos yeux illégale car elle allait créer une concentration économique sans précédent à La Réunion, dans les DOM et même probablement en France. L’affaire a suscité beaucoup de réactions mais a entraîné finalement peu d’actions concrètes. La classe politique a condamné, les syndicats étaient partagés, l’Etat a laissé faire et la population fut relativement indifférente dans son ensemble. Parmi les recours déposés devant le Conseil d’Etat, seul celui d’ADÉCALOM représente la voix de citoyens soucieux de lutter contre la domination économique des grands groupes commerciaux, industriels ou commerciaux ; les autres concernent légitimement les concurrents de GBH.

Malgré les multiples analyses prévoyant dans un futur proche la mainmise (économique et commerciale) du groupe GBH à La Réunion, l’ADLC valide l’opération. Mais pour que la “pilule” puisse passer, les juristes du groupe et de l’ADLC ont conditionné les actes juridiques de vente à “des engagements”.

Ces engagements, s’ils étaient respectés seraient, selon eux, les garants d’une concurrence “normale” au niveau des différents groupes composant le secteur de la grande distribution alimentaire. Le pivot de ces engagements fut la cession par GBH de quatre magasins à un nouvel entrant “Make Distribution”, holding fabriqué de toutes pièces pour la circonstance en 2019. Make Distribution était alors présenté par GBH comme le nouvel acteur susceptible de renforcer la concurrence et de créer plusieurs centaines d’emplois !

Pour rappel, Make Distribution est une holding présidée par Gabriel MADEN et Didier DEMARLY (directeur général) ; Run Market étant le nom commercial des enseignes de Make Distribution. Par ailleurs, immatriculée à Paris, la société Make Distribution a pour actionnaire majoritaire un groupe local, la société Adrien Bellier (SAB) dirigé par Henri BEDIER jusqu’en octobre 2021, aujourd’hui par Médéric BARAU.

Dans la continuité des différentes études commandées par l’OPMR, nous avions alors dénoncé les conséquences désastreuses de cette opération de rachat ainsi que la cession de quatre hypermarchés à Make Distribution.

" D’après le rapport de l’OPMR, le projet de développement du nouvel acteur Make Distribution, n’est pas crédible ! Il repose sur des hypothèses très optimistes, lesquelles minimisent les effets de la concurrence qui s’exercera sur les 4 magasins cédés, comme des limites de l’attractivité d’une nouvelle enseigne, laquelle ne permettra pas d’atteindre un niveau de compétitivité de nature à augmenter la performance de ces mêmes magasins exploités sous la nouvelle enseigne. Cette performance pourrait à l’inverse être très probablement inférieure à celle de l’enseigne Jumbo, étant donné le manque de notoriété de l’enseigne Run Market.

Compte tenu du niveau d’endettement nécessaire pour financer l’acquisition des quatre fonds de commerce, de l’insuffisance des moyens logistiques et des investissements prévus, d’une stratégie d’approvisionnement indirecte, Make Distribution rencontrera beaucoup de difficultés pour atteindre un niveau de performance-prix de nature à rivaliser avec les enseignes leaders.

Au final, le projet de développement de Make Distribution apparaît donc comme très optimiste et incertain, avec des risques sérieux :
- D’échec économique dès la première année voire à moyen terme, compte tenu des difficultés que l’entreprise pourrait rencontrer pour générer des revenus suffisants pour rembourser sa dette ;
- D’une crise sociale à court ou moyen terme, avec toutes les conséquences politiques d’une telle défaillance.

Le rapport de l’OPMR estime même le risque social à la perte ou la précarisation de 200 à 500 emplois sur une période de 12 à 36 mois ! " * (* Extrait de : Lettre au Président de la République, Amine VALY, 24 mars 2020)

Nous y sommes ! L’association ADÉCALOM dénonce depuis 2020 la fragilité de ce montage destiné essentiellement à légitimer et à légaliser le rachat de Vindemia par GBH, groupe qui vise, à terme, le contrôle du secteur de la distribution à La Réunion, et bien plus encore.

Nous n’avons pas cessé de répéter aux pouvoirs publics et aux syndicats que cet attelage juridico-commercial, validé par l’ADLC ne peut manifestement pas durer face aux mastodontes de la grande distribution, notamment GBH avec Carrefour qui allait maîtriser (si ce n’est pas déjà fait) 60% du marché de la distribution alimentaire. “Coincé” entre Carrefour et Leclerc, ces quatre magasins n’ont aucune chance de tenir la distance et surtout de maintenir des prix attractifs pour les consommateurs. Ce n’est donc qu’une question de temps et les engagements servent justement à gérer ce temps avant que le groupe GBH récupère à nouveau les enseignes. Cela s’appelle une escroquerie légale.

La collusion entre le groupe GBH et les bien naïfs investisseurs locaux de MD (SAB majoritaire 51%) se révèle être d’une tragique évidence. En pleine crise sanitaire en juin 2021, alors que les entreprises doivent se serrer les coudes pour maintenir leurs parts de marché, nos deux dirigeants s’octroient une augmentation de leurs rémunérations de 35.500 € HT à 59.200 €/mois HT auxquelles se rajoutent un variable annuel de 200.000 € HT. Les 750 salariés du groupe apprécieront !

L’Etat bienveillant ou complice ? L’Etat, après avoir soutenu au plus haut niveau (ministère de l’économie, l’ADLC) le rachat de Vindemia par GBH et la cession des quatre hypermarchés à Make Distribution, va accorder un PGE (prêt garanti par l’Etat) en juin 2021 au même Make Distribution. Pire, ce PGE a en réalité servi à payer les fournisseurs au mois de juillet 2021 et donc d’instrument de cavalerie financière à une entreprise structurellement en difficulté .

Le Covid a bon dos, mais la ficelle est ici trop grosse, pour la simple raison que les deux autres groupes ont augmenté leurs parts de marché justement pendant la même période alors que Make Distribution en perdait.

Deux poids, deux mesures ? Pendant que nos petits camarades de Run Market obtiennent de l’Etat un PGE leur permettant de payer leurs fournisseurs, l’entreprise Royal Bourbon (RBI) qui n’a pas visiblement les mêmes entrées au ministère, écope en décembre 2021 d’une amende de 179.000 € pour ... non-paiement de leurs fournisseurs en ...2019. Cherchez l’erreur !

Répondant au quotidien du 08-01-2022, Monsieur Maden assure que des accords sont passés avec la DEETS pour améliorer la situation. Monsieur Moreau Pdg de RBI a dû apprécier ! Aujourd’hui, il est temps de rompre ce silence assourdissant de nos acteurs économiques et politiques sur ce dossier.

Personne ne souhaite la mort économique d’entreprises, mais si les éléments recueillis récemment se révèlent être la face émergée de la situation réelle de MD, alors comme nous l’avons déjà annoncé, ce sont des problèmes sociaux considérables qui nous attendent prochainement. La domination économique d’un groupe est déjà dramatique pour une société mais l’avenir de plus de 750 emplois directs et indirects méritent autre chose que “l’omerta” observé aujourd’hui vis-à-vis des stratégies économiques opérées à La Réunion par les grands groupes. La dépendance de certaines institutions publiques et de multiples entreprises, associations, envers le groupe GBH est indécente et scandaleuse.

Dans ce contexte, et concernant ce dossier, il serait judicieux et citoyen que :
• les syndicats demandent et obtiennent puis rendent public les documents officiels justifiant de la situation financière réelle du groupe MD ; c’est leur devoir vis-à-vis des salariés ;
• La collectivité régionale, compétente dans le domaine économique, fasse de même.

C’est son droit le plus absolu et son devoir de réclamer des informations car elle subventionne souvent directement des entreprises réunionnaises, fournisseurs de ces grandes entreprises. Tout le monde sait aujourd’hui que ces fournisseurs locaux n’osent pas s’exprimer parce qu’ils craignent des représailles financières de la part des acheteurs ;
• Enfin, que l’Etat central daigne avoir une autre attitude que celle de la connivence et de la bienveillance. Il doit veiller à un meilleur équilibre concurrentiel sur notre territoire. In fine, tous ces acteurs privés et publics porteront les conséquences de la crise sociale qui s’annonce

En ce qui nous concerne, Association ADECALOM, nous conserverons la discrétion qui nous caractérise dans ce dossier car nous avons porté devant la plus haute juridiction nationale cette affaire. Le Conseil d’Etat doit pouvoir rendre sa décision sereinement sans pression de quiconque.

Il est cependant évident que les nouvelles informations relayées dans la presse ces derniers jours seront transmises à nos avocats qui jugeront de l’utilité de leur versement au dossier.

Pour l’association ADECALOM,
Amine Valy
Président

   

3 Commentaire(s)

Payenkeue, Posté
Ok, et pour Ravate ' Rien à dire, non '' Ghanty, Locate '' Non, rien '' Tiens, tiens !!
Fred , Posté
Malheureusement, vous avez été visionnaire depuis le début pour ne pas protéger les salariés bientôt mais votre " discrétion affirmée "  laisse la possibilité surtout de faire acheter votre silence' On ne manquera de le dire non plus à l'avenir' au cas où'
ZembroKaf, Posté
Hayot i komand' l"Etat en Outre-Mer '''