Tribune libre de Bruno Bourgeon :

Les beaux cadeaux des outremers


Publié / Actualisé
Message à destination de Sébastien Lecornu, ministre des outremers, prochainement sur l'île, et venant nous parler des aides pour l'agriculture suite aux dégâts cycloniques... Vraiment, ces îles ultra-marines sont sympas. (Photo d'illustration : rb/www.ipreunion.com)
Message à destination de Sébastien Lecornu, ministre des outremers, prochainement sur l'île, et venant nous parler des aides pour l'agriculture suite aux dégâts cycloniques... Vraiment, ces îles ultra-marines sont sympas. (Photo d'illustration : rb/www.ipreunion.com)

Aux Antilles, le coronavirus provoque les troubles sociaux que l’on connaît, et impose l’état d’urgence sanitaire. La Réunion se voit infliger un couvre- feu prolongé strict, personne dans les rues au-delà de 21 heures. Ces îles sont-elles réellement françaises ? On pourrait en douter tellement elles sont traitées différemment de l’hexagone. Ainsi quiconque connaît l’usage des pesticides sait bien que non. Guadeloupe et Martinique ont été dévastées par le Chlordécone, poison que l’on savait mortel avant même son utilisation, et auquel les ministres de l’agriculture successifs (Edith Cresson, Henri Nallet, Louis Mermaz, Jean-Pierre Soisson) ont accordé dérogation criminelle sur dérogation criminelle. On connaît les noms, on sait ce qui s’est passé, mais nul ne sera jamais inquiété.

Croyez-vous que cela s’achève ? Après les cancers de la prostate caribéens, ils en ont encore pour 400 ans avec le Chlordécone, on apprend que cette molécule n’est pas la seule. Des dizaines de pesticides retrouvés dans 80% des sols guadeloupéens, dont beaucoup sont interdits depuis des lustres . Par exemple l’Asulame, interdit depuis 2012, herbicide perturbateur endocrinien, ayant bénéficié de dérogations, comme le Chlordécone, jusqu’en 2018. Aux Antilles et à La Réunion, utilisée dans les champs de canne recouvrant plus de la moitié de la SAU (surface agricole utilisée). Pour La Réunion, on pourrait en citer 20, comme le 2.4-D, un composé du tristement célèbre Agent Orange, ou encore le Pendiméthaline, le Triclopyr, le Glufosinate d’Ammonium, le Dicamba, le Mésotrione, et bien sûr le plus important d’entre eux : le Glyphosate. Ce que dit Santé Publique France (SPF) à propos de La Réunion : " … 50% des pesticides utilisés sur la canne sont potentiellement cancérogènes, reprotoxiques ou perturbateurs endocriniens… ". Pour SPF, il suffit de promouvoir les méthodes alternatives de production de canne à sucre, limiter les usages des pesticides et circonscrire ceux dont la substance active est notoirement
cancérigène, mutagène, reprotoxique, ou perturbatrice endocrinienne. Vœu pieux.

Restent les dialysés de l’île. Une thèse récente soutenue par une jeune néphrologue du CHU Sud-Réunion (4) avance que 7% environ des dialysés de l’île ont souffert de néphropathies dues aux épandages toxiques : Glyphosate, Gramoxon, 2.4-D, etc. Sans plus de protection que cela, c’est-à-dire aucune. La maladie s’appelle le CINAC, acronyme pour Chronic Interstitial Nephritis in Agricultural Communities ; maladie déjà décrite au Nicaragua ou au Salvador dans les cultures cannières, touchant les hommes encore jeunes, elle s’appelle là-bas néphropathie méso-américaine, ou au Sri Lanka, dans les rizières du Centre Nord du pays (3), où on la nomme néphropathie tubulo- interstitielle de cause indéterminée. Au Sri Lanka, il s’agit presque d’une épidémie : il y a plus de dialysés qu’en France pour une population trois fois inférieure. Evidemment, comme toujours, en France, à La Réunion, aux Antilles, cela n’existe pas. Qui en effet accepterait de payer le prix politique d’une vaste enquête ? Qui oserait défier le pouvoir de l’industrie agro-chimique ? Qui affronterait le lobby du sucre et ses profiteurs ?

Une dernière : une femme de 43 ans, de Manapany, s’est vue diagnostiquer un cancer du sein avancé sans qu’il n’y ait eu de signes préalables. Un an auparavant, deux voisines ont eu l’une un cancer de l’utérus, l’autre un cancer du côlon, tous deux diagnostiqués deux ans avant. Un autre voisin est atteint d’un cancer de la prostate, la sœur de ce voisin qui réside en face, est en chimiothérapie. Le fils de la première patiente est porteur d’un hypospadias (malformation pénienne bien décrite avec les insecticides), comme un petit voisin. Deux autres cancers dans le quartier : un homme atteint du cancer du pancréas, une femme décédée d’un cancer de l’utérus.

N’en jetez plus, la coupe est pleine. Aucun de ces cancéreux n’a d’antécédent pathologique, ne mange de nourriture industrielle, et sont plutôt actifs physiquement. Seul point commun : ils habitent et restent sur place, ne travaillant pas, ou travaillant sur place. La nuit, régulièrement, les ouvriers agricoles pulvérisent les champs de canne à proximité. Les geckos ont disparu des jardins. Aucun des gens du voisinage n’utilise de pesticides à des fins domestiques. Peut-être que tout ceci est l’effet du hasard, ce que vendront immédiatement les autorités. Mais l’infiniment plus probable est un empoisonnement collectif, dans l’indifférence des services de contrôle. Vive La Réunion, ses paysages à couper le souffle, ses champs de canne toxiques, et sa Chambre d’Agriculture aveugle !

 

   

1 Commentaire(s)

Mékoué, Posté
Merci Docteur Bruno pour avoir toujours ce COURAGE, à dénoncer depuis des lustres ces aberrations "expérimentaux" plus au service de la finance que du réel bienfait public, les Antilles empoissonnées pendant de centaines d'années encore à la chlordécone, les responsables d'alors sans inquiétudes,se la coulent douce à présent...,, "Coupable mais pas responsable" , la belle affaire'! Dans une perspective d'avenir ne serait-il pas permis de faire aussi et déjà un parallèle avec ce qui nous attend par ce qui nous est aussi imposé actuellement sans certitude bienfaitrice'