Tribune libre d'Huguette Bello :

"Nous avons besoin de relations étroites entre l'Union européenne et les acteurs locaux"


Publié / Actualisé
La Présidente de Région, Huguette Bello, participe cette semaine à la conférence des régions ultra-périphériques qui se tient en Martinique. Cet événement s'inscrit après l'adoption par la Commission européenne de sa toute nouvelle stratégie en faveur des régions ultrapériphériques. (Photo : rb/www.ipreunion.com)
La Présidente de Région, Huguette Bello, participe cette semaine à la conférence des régions ultra-périphériques qui se tient en Martinique. Cet événement s'inscrit après l'adoption par la Commission européenne de sa toute nouvelle stratégie en faveur des régions ultrapériphériques. (Photo : rb/www.ipreunion.com)

"Monsieur le Président de la Conférence; 
Madame la Commissaire européenne;
Madame la Secrétaire Générale aux Affaires européennes de la France; 
Monsieur la Secrétaire d’État aux Affaires Européennes du Portugal ; 
Madame la Secrétaire Générale de l’Union européenne de l’Espagne ;
Monsieur le Président de la Commission du Développement Régional du Parlement Européen ;
Madame et Messieurs les députés du Parlement européen  Messieurs les Présidents, chers collègues,

Permettez-moi, en premier lieu, de féliciter le Président Serge LETCHIMY pour la méthode dynamique et réactive avec laquelle vous conduisez l'exercice de votre présidence.

Je veux également remercier très chaleureusement Madame la Commissaire, Elisa FERREIRA, dont nous connaissons tous ici l’attachement qu'elle porte au développement de nos régions. Les recommandations que formule la nouvelle communication traduisent une réelle concertation menée ces derniers mois avec l'ensemble des acteurs locaux et nationaux. 

Ma reconnaissance va également à la Présidence française du Conseil de l’Union européenne qui a inscrit en bonne place dans son agenda la question des RUP. Je souhaite naturellement, Madame la Secrétaire Générale des Affaires Européennes représentant le gouvernement français, que la France réussisse à faire de cette présidence un moment d'impulsion décisif pour nos régions.

Je voudrais enfin remercier Madame la secrétaire générale de l’Union européenne du gouvernement espagnol et Monsieur le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères du gouvernement portugais pour leur appui. Cette solidarité constante qui existe entre nos trois États pour défendre les intérêts de leurs RUP est précieuse. Je n’oublie pas que c’est sous présidence portugaise qu’a été décidé le renouvellement de cette stratégie et que la prochaine Présidence espagnole sera une opportunité supplémentaire pour la décliner concrètement.

Mesdames et Messieurs, 
Nous avons désormais sur la table la nouvelle Communication de la Commission. Au-delà du bilan, secteur par secteur, qui ne peut être, comme tous les bilans, que contrasté, l'essentiel est de ne pas laisser sans lendemain les percées réalisées par la nouvelle stratégie. Nous pouvons déjà dresser une première appréciation du nouveau cadre stratégique en faveur des RUP.

Je pense notamment à l’affirmation de la priorité à donner à la dimension humaine et sociale qui répond à la fois à une exigence de solidarité, mais aussi à un impératif politique et à une nécessité économique. Il est, à nos yeux, très important que cette dimension soit désormais complètement intégrée dans les politiques de l'Union en faveur des RUP et qu’elle puisse se traduire par des mesures concrètes.

Dans cette attente, merci à la Commission de rappeler, dans un contexte où les attentes sociales sont extrêmement fortes, que l'égalité sociale, l’emploi des jeunes, la garantie d’accès au logement, aux transports, à l’éducation, à la santé, la lutte contre l'exclusion, le chômage et la pauvreté, sont des droits prioritaires dont ne sauraient être privés cinq millions de citoyens européens.

Cette dimension est essentielle si l'on veut réussir une Europe plus juste, plus proche des citoyens, une Europe de la cohésion sociale et des valeurs. Une dimension utile aussi à l'émergence de nouveaux rapports de co-développement avec les pays de nos environnements géographiques respectifs. 
Autres éléments positifs de la communication : le développement d’une approche très pragmatique avec le lancement d’appels à projets et de programmes ciblés.

Ma conviction est que, nous avons besoin que s’établissent des relations plus étroites entre l’Union européenne, les acteurs locaux et les citoyens des RUP. Il y a, ici, largement matière à s'inspirer de ces initiatives " sur-mesure " dont certaines pourraient trouver un écho majeur dans le domaine de l’énergie ou encore du transport notamment dans le cadre du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe.

Je voudrais encore souligner rapidement deux orientations importantes contenues dans ce rapport, deux défis essentiels que nos régions ont à relever dans les années à venir : le défi de l’autonomie alimentaire et celui de l’énergie solaire, dans la perspective de l’autonomie énergétique. Ce sont des recommandations que nous partageons pleinement pour dynamiser nos économies et les rendre plus durables. Ces orientations, il nous appartient désormais de les transformer en décisions et en actions, afin d’accélérer notre transition écologique.

Mesdames et Messieurs,
Nous célébrons cette année les 30 ans de l’institutionnalisation du concept de l’ultrapériphérie qui a été juridiquement consacrée pour la première fois dans l’acte final de la Conférence intergouvernementale de Maastricht, et dont la genèse remonte aux années 80. Nous n’avons pas fini d’épuiser les potentialités de cette reconnaissance.

Permettez-moi, ici, de citer l’un des pionniers, Paul Vergès, ancien Député Européen et ancien président du Conseil Régional de La Réunion qui plaidait " pour un renversement d’approche dans les relations entre l’Union européenne et les régions ultrapériphériques ; Au delà de ce que l’Union européenne apporte à ces régions, il s’agit de valoriser ce que nos régions apportent à l’Europe. Cette caractéristique de double appartenance des RUP à l’Europe et à leur environnement géographique offre une perspective réelle pour un codéveloppement durable de ces espaces. La capacité de l’Union européenne à répondre au développement de son ultra-périphérie témoignera de sa capacité à être un acteur décisif d’une mondialisation maitrisée et équitable " disait Paul Vergès.  C’était déjà un appel à une meilleure prise en compte de la diversité régionale, un appel aussi à une mise en œuvre de politiques véritablement sensibles à nos territoires.

Cette flexibilité, la Commission en a fait très largement la preuve qu’elle est possible, tout au long de ces deux dernières années. Une flexibilité qui s’est révélée en temps de crise indispensable. Cette flexibilité, elle doit naturellement se poursuivre, non en raison de la seule pression des urgences et des crises, mais bien dans le respect d’une déclinaison spécifique et adaptée de l'ensemble des politiques de l'Union dans les RUP, telle que le prévoit l’article 349 du Traité.  Dans le registre des flexibilités, l’initiative REACT-UE a évidemment montré toute son utilité et sa pertinence pour faire face aux conséquences de la crise sanitaire puis de la crise économique. Je remercie Madame la Commissaire, ainsi que le Président de la Commission du Développement Régional du Parlement européen, de leur mobilisation pour la mise à disposition aux RUP, de ce très bel outil qui nous a permis de financer des projets d’investissements publics utiles à la population et portés par des collectivités locales, et aussi de mieux accompagner nos entreprises avec notamment une aide au fret dont le taux de financement du FEDER a été porté à 100%. 

Le déploiement du dispositif de REACT UE dans notre île gagnerait encore en efficacité pour atteindre pleinement les objectifs de relance, si nous pouvions obtenir des co législateurs que l’échéance du 31 décembre 2023 soit repoussée de 2 ans. Ce délai supplémentaire est justifié : les délais d’achèvement des opérations programmées et qui sont en cours de réalisation, ont été objectivement contrariés par les rebonds de la crise sanitaire. Un report de 2 ans de l’échéance fixée est absolument nécessaire pour garantir le bon achèvement des opérations et la pleine mobilisation des crédits disponibles. 

En matière de politiques européennes, on ne peut plus se contenter de prendre une règle et de tracer des lignes droites. Je sais que vous partagez cette volonté d’adaptation permanente à notre situation. C’est particulièrement nécessaire dans le paquet " ajustement à l’objectif 55 " notamment en ce qui concerne le système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre pour le transport aérien et maritime, dont l’application va socialement et économiquement lourdement et injustement frapper les citoyens des RUP qui ne disposent pas d'alternatives en matière de transports.
Des difficultés, il y en a encore dans le domaine de la pêche. Je l’ai dit et je le redis ici :il faut absolument que la Commission européenne trouve, s’agissant des aides au renouvellement de la flotte de pêche, le moyen de respecter et de faire respecter des engagements pris il y a, maintenant, cinq ans. Les obstacles sont aujourd’hui clairement identifiés et doivent être levés. 

On ne peut admettre la poursuite de la situation actuelle qui désavantage lourdement et injustement nos pêcheurs dont l'activité est sans commune mesure avec celles des principaux navires européens qui évoluent, à la faveur des accords de pêche, dans nos bassins maritimes.

L’adaptation est aussi nécessaire en matière de politique commerciale. L'Europe doit exiger, s’agissant des productions agricoles des RUP, la réciprocité des normes dans ses négociations commerciales avec les pays-tiers. Dans la période que nous vivons, les concessions sans contreparties fragilisent encore davantage nos économies. L'Europe doit être ouverte, mais elle doit aussi être en mesure de protéger nos productions locales avec l’instauration de clauses miroirs, seule option pour développer notre système alimentaire durable, renforcer nos capacités de production agricole et agro-industrielles, garantir sa résilience.

L’absence enfin de référence aux aides à impact purement local est aussi problématique. Les règles de concurrence sont de nature à pénaliser les entreprises des RUP si on ne leur donne pas les moyens de compenser leurs handicaps et de valoriser leurs atouts dans la compétition avec les pays tiers.

Mesdames et messieurs, J’ai souhaité, devant vous, pointer un certain nombre de lacunes car cette communication est aussi intéressante par ce qu’elle n’évoque pas toujours. Des angles morts qui correspondent finalement à des attentes dont je veux d’abord croire qu’elles n’ont simplement pas encore trouvé de réponses appropriées. Ce que je veux retenir surtout, c’est que sur bien des points, cette communication reste un document important qui nous permettra de fonder une approche réellement offensive en faveur des RUP. Elle pose un diagnostic social complet, précis et surtout élaboré de façon objective. Elle est pour nous l’assurance de voir l’ensemble de nos partenaires européens s’accorder désormais sur la réalité et l’ampleur des défis auxquels nous sommes confrontés et les difficultés que rencontrent les citoyens des RUP. Mais ce diagnostic ne peut être que la première étape de notre démarche. 

Une deuxième approche doit à présent s’engager. Celle qui consistera à prendre en compte par tous les moyens, réglementaires et financiers, sur la base de l’article 349 du TFUE, notre diversité régionale, le défi de notre insertion dans notre environnement géo-économique et toute la dimension humaine des politiques menées. Dans l’immédiat, il nous faut aussi répondre, avec tout le pragmatisme dont a su faire preuve l’Union européenne ces 2 dernières années, aux conséquences de la crise provoquée par la guerre en Ukraine et qui montre des lacunes inacceptables en matière de continuité des approvisionnements. Notre dépendance, et nous en avons beaucoup, alimentaire mais également pour ce qui est des matières premières et des intrants, est excessive. Elle fragilise tous nos systèmes de productions, notre agriculture, notre industrie. Cette situation plaide pour une diversification de nos sources d’approvisionnement dans le cadre du codéveloppement régional, et aussi pour un accompagnement sur-mesure en matière de désenclavement maritime et aérien, et de création de nouvelles chaînes de valeurs locales. Ce n’est qu’ainsi que nous serons collectivement au rendez vous de nos responsabilités.

Je vous remercie."

   

1 Commentaire(s)

Loulou , depuis son mobile , Posté
Vous avez trahis les saints paulois, huguette bello votre retraite sonnera bientot