Tribune libre de Thierry Robert :

La souveraineté alimentaire de La Réunion tout en pérennisant la filière canne, est possible !


Publié / Actualisé
La Réunion doit garder cet objectif de souveraineté alimentaire, car elle seule pourra nous protéger des aléas du marché, et des différentes crises qui touchent déjà notre île et qui risquent de nous toucher encore plus fortement dans les années à venir .
La Réunion doit garder cet objectif de souveraineté alimentaire, car elle seule pourra nous protéger des aléas du marché, et des différentes crises qui touchent déjà notre île et qui risquent de nous toucher encore plus fortement dans les années à venir .

En 2021, la valeur totale de la production agricole progresse de 1,8 % par rapport à 2020 à hauteur de 458 M€ mais les effets de la crise sanitaire notamment sur le secteur du transport maritime, sur le cours des produits pétroliers et sur le prix des céréales pèsent sur les charges d’exploitation. Avec la hausse sans précédent des matières premières, la valeur ajoutée brute dégagée par l’agriculture est en baisse de 0,9% et les prix en rayon explosent rendant la vie des plus modestes encore plus dure.

Dans le même temps, le nombre d’exploitations était de 7623 en 2010 et de 6282 en 2020. Nous avons perdu en 10 ans plus de 1300 exploitations agricoles et 20% de main d’oeuvre agricole, soit plus de 2000 emplois, alors que les défis alimentaires sont immenses et que le chômage gangrène nos familles. Il est donc urgent de relancer la production agricole locale et de trouver des solutions pour êre plus autonome et redonner du souffle à nos agriculteurs tout en developpant des filières plus rémunératrices et concourant à la souveraineté alimentaire.

Dans ces moments d’urgence nous ne pouvons que déplorer la lenteur des négociations dans la filière cannes, et le terrible chantage auquel joue les industriels du sucre alors que l’Etat offre toutes les garanties financières, commerciales, fiscales à ces industriels pour l’écoulement de leur production à venir. C’est inacceptable et incompréhensible et nous devons trouver rapidement un accord pour que les planteurs puissent avoir des perspectives d’avenir et des marges de manoeurvre pour surmonter les prochains défis. Et des défis alimentaires ce qui n’est pas ce qui va manquer. Prenons l’exemple de l’ail et de l’oignon : une production locale existe bel et bien, mais elle est largement en-deçà des besoins des consommateurs. Résultat : ce sont 8.000 tonnes d’oignons et 2.500 tonnes d’ail qui ont été importées à La Réunion en 2021.

Environ 1.000 hectares de terres sont nécessaires à une production accrue d'ail et d'oignons. Ces terres sont disponibles, mais elles sont sous-exploitées ou en friche. Cela nous prendrait au minimum cinq ans pour atteindre l’autonomie sur des produits comme l’ail, l’oignon et la pomme de terre détaille le Fréderic Vienne Certains aliments, à l’image de riz, ne peuvent être produits dans l’île en quantité suffisante pour approvisionner tous les habitants. La production de riz réunionnais est anecdotique. Et quand bien même nous réussirions à en produire assez, les Réunionnais devraient revoir leur mode de consommation, car il coûterait certainement plus cher que le riz importé d’Asie" estime Frédéric Vienne. Difficile de pouvoir pallier les 44.000 tonnes de riz importées annuellement, en grande majorité depuis le Cambodge (40%) et l’Inde (23%), mais aussi depuis le Vietnam (14%), la Thaïlande (11%), et le Pakistan (11%), que ce soit au niveau des prix comme de quantité. Le lait peut lui aussi être cité parmi les produits qui nécessiteront toujours d’une part d’importation. Alors que La Réunion a produit environ 17 millions de litres de lait en 2021, la consommation annuelle dans l’île tourne autour de 100 millions de litres.

Pour franchir les différentes étapes de cet objectif de souveraineté alimentaire, nous nous battrons pour :
- Utiliser toutes les terres sous exploitées pour la culture et l’élevage pei en adaptant les lois et règles européennes sans remettre en question les normes sanitaires et les normes qualitatives. Cela permettra de donner plus de marge de manoeuvre pour exploiter au mieux nos terres et nous donner les moyens législatifs pour réduire nos couts de production.

- Réformer le fonctionnement de la Commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF) qui est l’un des outils pour protéger le foncier agricole face à la pression foncière liée à l'urbanisation galopante. Cette reforme doit redonner aux élus, aux syndicats agricoles, à la chambre d’agriculture bien plus d’autonomie. Aujourd’hui le prefet donne un avis conforme, c’est à dire que le Préfet de La Reunion, contrairement à tous les autres départements de l’Hexagone où le préfet donne seulement un avis consultatif, conduit de facto la politique du foncier agricole de La Réunion. C’est inacceptable. Ce ne sont pas les services de l’Etat qui doivent decider de la politique foncière agricole de l’ile mais bien les agriculteurs, et leurs représentants, et bien sur les maires de l’île de La Réunion. Dans la même logique nous devons supprimer le shéma d’aménagement régional pour donner toujours plus de libertés aux maires. Ce n’est pas une révolution que nous demandons car tout ce que nous demandons est déjà le fonctionnement normal en Hexagone. Nous demandons l’égalité tout simplement.

- Valoriser des déchets organiques animaliers voire humains en les transformant soit en source d’énergie en développant des méthaniseurs dans chaque exploitation agricole réduisant ainsi la facture d’énergie et les coûts de production. Le surplus, l’énergie non consommée par l’exploitation agricole, doit pouvoir être revendu à un tarif négocié avec l’Etat comme partout en France et non, comme cela se passe aujourd’hui à La Réunion, au seul bon vouloir d’EDF. Par ailleurs ces déchets peuvent également être transformés en engrais organique, pour à terme se substituer aux engrais chimiques qui appauvrissent nos terres et font exploser le prix de production car soumis aux aléas du marché et de ses crises. Dans cet optique il sera nécessaire de revoir et élargir les zones d’épandage de ces engrais organiques.

- La filière canne à La Réunion, au delà de l’aspect culturel, et historique, est soutenue par des producteurs au savoir faire transmis durant des siècles. Cette filière d’équilibre doit et peut rester un formidable levier de croissance pour notre île Les nouvelles voies de développement doivent se concentrer sur des produits à plus haute valeur ajoutée comme les sucres spéciaux, ou des cannes donnant plus de bagasse pour la valorisation énergétique ou encore la recherche de production de rhum premium. Aujourd’hui plus de 20 000 familles vivent de la canne à La Réunion, sacrifier la filière canne serait un drame social et un gâchis économique.

- Développer la filière de l’export sur les fruits et légumes comme sur toutes les productions agricoles ou d’élevage qui ont des ambitions régionales voire nationales.

- Militer pour que les retraites des agriculteurs soient réhaussées, aujourd’hui sur 15 000 retraités du monde agricole, 7000 vivent avec moins de 400 euros par mois, c’est indigne d’un pays comme la France. Nous devons évaluer et chiffrer les moyens à mettre en œuvre pour changer cette situation inacceptable

- Se battre pour la simplification administrative qui limite l’installation des jeunes agriculteurs et le développement des exploitations agricoles.
- Valoriser les co-produits de la canne comme la bagasse ou la mélasse, qui sont une source d’énergie verte et vitaux pour bon nombre de produits pei. Enfin il faudra légiférer sur le prix de l’eau pour mieux organiser et harmoniser sa gestion et son stockage. Trop d’abus sont constatés alors que l’eau sera l’un des enjeux majeurs du 21 ème siècle tant pour les particuliers que pour les agriculteurs.

   

5 Commentaire(s)

Loulou, depuis son mobile , Posté
Voilà un homme qui connaît les dossiers, un franc parler, se sera un bon député.
JOHNNY , Posté
Merci M. Robert pour votre programme aux législatives, il va dans les besoins d'urgence des réunionnais.
Ded, Posté
il faudrait lui dire que la souveraineté alimentaire ne se résume pas au riz , à l'ail ou aux oignons!
Missouk, Posté
Le tricheur est de retour... Qu'on le renvoie de suite à ses chères études!
Gramoune Joseph. , Posté
Des centrales de biomasse pour valoriser la canne et les revenus des planteurs. La souveraineté alimentaire est un projet indispensable pour la Réunion. Redistribution des terres en friche aux jeunes agriculteurs. Beaucoup de terrains irrigués au bas de stella doivent être aussi exploités. M. Thierry Robert fera de nouveau un très bon pour la Réunion et pour la 7ème circonscription. Votons tous Thierry Robert aux législatives.