Tribune libre de Giovanni Payet :

Journée internationale de la diversité biologique, dit journée mondiale de la biodiversité


Publié / Actualisé
Point chaud de la biodiversité mondiale, La Réunion a perdu en 350 ans plus de 70% de ses habitats naturels. Bien que 44% du territoire réunionnais soit protégé par des dispositions réglementaires (Parc National, réserves naturelles nationales et les réserves biologiques, protection de biotope), bien que plus de 280 espèces soient protégées, bien que les actions de la force publique et de la société civile pour protéger la nature se multiplient, la perte de la biodiversité continue et la dégradation des habitats naturels s'accentue. (Photo : Giovanni Payet)
Point chaud de la biodiversité mondiale, La Réunion a perdu en 350 ans plus de 70% de ses habitats naturels. Bien que 44% du territoire réunionnais soit protégé par des dispositions réglementaires (Parc National, réserves naturelles nationales et les réserves biologiques, protection de biotope), bien que plus de 280 espèces soient protégées, bien que les actions de la force publique et de la société civile pour protéger la nature se multiplient, la perte de la biodiversité continue et la dégradation des habitats naturels s'accentue. (Photo : Giovanni Payet)

La situation est plus qu’alarmante : un quart du patrimoine naturel évalué (faune et flore) de La Réunion est menacé de disparition (UICN, 2020). La biodiversité offre des services écosystémiques à l’échelle locale et mondiale. Les poissons assurent 20 % de l’apport protéique à environ trois milliards de personnes. Plus de 80 % de l’alimentation des êtres humains est assurée par des plantes. Près de 80 % des habitants des zones rurales des pays en développement ont recours aux médicaments traditionnels à base de plantes pour les soins de base.

Les changements climatiques (cyclones plus intenses, sécheresses...), la déforestation, le changement d’affectation des terres, l’agriculture et l’élevage intensifs, provoqués par les activités humaines, sont des facteurs qui expliquent la détérioration accélérée de notre nature et la perte de biodiversité. Les rapports du GIEC et de l’IPBES démontrent et rappellent au fil des années les nombreux retards pris en matière de protection réelle de notre nature. La perte de biodiversité menace tout le monde, y compris notre santé. Il a été prouvé que la perte de biodiversité pouvait étendre les zoonoses - maladies infectieuses transmises par les animaux aux humains - alors que, d’autre part, si nous gardons la biodiversité intacte, elle offre d’excellents outils pour lutter contre les pandémies, comme celles causées par les coronavirus.

Enfin, sur notre île, l’artificialisation des sols ne cesse d’augmenter. Selon le dernier rapport de la Direction de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Forêt (DAAF), “un peu plus de 130 hectares” sont pris chaque année sur le foncier agricole. “La surface agricole utilisée a diminué de 10 % et enregistré une perte de 4000 ha en 10 ans”.

Pour la voix citoyenne, le nouveau contrat social que nous souhaitons co-construire avec l’ensemble des citoyen.ne.s et des forces vives du territoire, est résolument écologique et doit traduire le respect que donne notre société à la nature réunionnaise. Ainsi, pour parvenir à freiner la disparition de la biodiversité et préserver la terre de La Réunion, nous proposons de :

- Renforcer les moyens humains des gestionnaires d’espaces naturels et de la Brigade Nature Océan Indien (BNOI) pour lutter contre le braconnage, les espèces exotiques envahissantes et les pollutions.
- Assurer le financement pluriannuel de la recherche scientifique et de la sensibilisation des publics.
- Freiner l’artificialisation des sols, désimperméabiliser les sols et encourager l’existant pour consommer moins d’espace.
- Accélérer la préservation de la ressource en eau, vitale pour les écosystèmes naturels.
- Soutenir les actions citoyennes de restauration des habitats naturels, notamment par la mise en place d’appel à projets, à l’échelle des collectivités territoriales, notamment la Région (chef de file de la biodiversité depuis la loi MAPTAM de 2014).
- Planifier une vraie révolution agricole en :
  Sanctuarisant les terres agricoles fertiles;
  Réduisant les intrants de synthèse avec l’application réelle Ecophyto II ;
  Généralisant l’agroécologie en s’appuyant sur le dispositif des Mesures AgroEnvironnementales et Climatiques (MAEC) ;
  Soutenant les initiatives de type “Jardins de cocagne” et jardins partagés.
  Amplifier la lutte contre les déchets, en s’appuyant sur l’économie circulaire, et modifier la fiscalité sur les biens de consommation polluants, sur-emballés et non recyclages qui saccagent notre terre réunionnaise.

- Organiser à Saint-Denis les Assises nationales de la Biodiversité à horizon 2025.

   

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