Tribune libre de Giovanni Payet :

Pas de toit, pas de droit : se loger, un enjeu crucial pour la société réunionnaise


Publié / Actualisé
La Réunion connaît une crise du logement aiguë qui s'accentue d'année en année. Sa pression démographique importante, le vieillissement de son parc locatif et l'augmentation des coûts des matériaux sont autant de facteurs qui tendent à rendre la situation invivable et inacceptable. En 25 ans, le coût de la construction a été multiplié par 3 et les opérations de défiscalisation ont permis à des groupes de mener des opérations de spéculation immobilière au détriment des citoyen.ne.s. Le prix du mètre carré et les tarifs de location sont inatteignables au regard des revenus moyens des Réunionnais.es. L'état du mal-logement établi par la Fondation Abbé Pierre à La Réunion est sans appel : Ne pas avoir de logement, c'est ne pas avoir de droit !
La Réunion connaît une crise du logement aiguë qui s'accentue d'année en année. Sa pression démographique importante, le vieillissement de son parc locatif et l'augmentation des coûts des matériaux sont autant de facteurs qui tendent à rendre la situation invivable et inacceptable. En 25 ans, le coût de la construction a été multiplié par 3 et les opérations de défiscalisation ont permis à des groupes de mener des opérations de spéculation immobilière au détriment des citoyen.ne.s. Le prix du mètre carré et les tarifs de location sont inatteignables au regard des revenus moyens des Réunionnais.es. L'état du mal-logement établi par la Fondation Abbé Pierre à La Réunion est sans appel : Ne pas avoir de logement, c'est ne pas avoir de droit !

Et plus particulièrement sur Saint-Denis, qui compte 150 000 habitants, la situation est tendue. La ville compte en effet la plus  grande part de logements vacants de l’ île : 11,6%. La ville compte aussi le parc de logement le plus ancien de l’ île : 45% de  logements construits avant 1990. Ses surfaces agricoles et ses réserves de biodiversité se sont drastiquement réduites au profit de  larges opérations immobilières construites à l’économie.

Mais nous devons sortir d’une logique uniquement fondée sur le nombre de logements à livrer pour réfléchir à ce qui fait habiter,  vivre les individus dans un même espace.

Il ne s’agit pas de faire de nouvelles lois ou de nouvelles enquêtes. Les données sont connues. Dans les 6 derniers mois, un rapport  d’information du Sénat sur le logement en Outre-mer, un rapport d’information de l’Assemblée nationale et un rapport de la cour  des comptes ont été diffusés. La loi Elan sur le logement ne date que de 2018.

Pour une vraie politique de l’habitat sur notre territoire, nous proposons de faire de Saint-Denis une ville-jardin avec des  logements adaptés aux changements climatiques. Cela passe par différentes mesures que nous vous présentons :

- Renforcer les moyens de lutte contre  l’habitat insalubre et les marchands de  sommeil, notamment en siégeant au conseil  d’administration de l’ARS,

- Expérimenter le contrôle des loyers et appliquer  la taxe sur les logements vacants en faisant  reconnaître La Réunion comme zone en tension en  matière de logement,

- Amplifier les actions de l’Agence National  de l’Habitat pour l’amélioration de l’habitat en  siégeant au conseil d’administration de l’ANAH  et de l’ANRU car à ce jour, elles ne compte aucun  représentant ultramarin,

- Adapter les normes aux contraintes et  spécificités locales,

- Développer des solutions d’habitat  intergénérationnel et inclusif, comme prévu dans  la loi Elan,

- Favoriser la construction de logements dit de  " niches ", par un système de quotas, dans les  territoires en tension : résidences étudiantes,  séniors, hébergement d’urgence

- Adapter la Ligne Budgétaire Unique (LBU) aux  augmentations des prix des matériaux et du fret

- Soutenir la création d’un Foyer Jeunes  Travailleurs (FJT) sur Saint-Denis.

De nombreuses solutions recommandées par les acteurs locaux pourraient déjà être mises en œuvre. Le député a aussi ce  rôle d’animateur territorial afin d’appuyer leur prise en compte. C’est, par exemple, revitaliser les conseils départementaux de  l’hébergement et de l’habitat (CDHH) afin de mieux associer les services de l’État et les collectivités territoriales, c’est doter chaque  commune ou établissement public de coopération intercommunal (EPCI) d’un plan départemental de lutte contre l’habitat indigne  ou encore favoriser les matériaux issus du réemploi (comme à Madagascar ou Mayotte) et biosourcés (bambous, vetyver) dans la  construction de logements, notamment par la fiscalité.

Enfin, collectivement nous sommes en train de faire disparaître l’un des ciments de notre société, ciment qui construit les solidarités  d’aujourd’hui et de demain : la jeunesse. En effet, nous attirons l’attention sur l’impérieuse nécessité de permettre à nos jeunes  le droit de se loger. Aujourd’hui aucun dispositif protège les 18-25 ans en matière d’accès au logement. Ils sont de plus en plus  nombreux à vivre hors de la société et à dormir sur un banc ou sous un pont, sans droit ! Nous ne pouvons plus tolérer une telle  situation.

Avec fierté et sans ambiguïté, pour une société réunionnaise apaisée et digne, Logement d’abord pour tous !

Giovanni PAYET

   

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