Tribune libre de Jean-Claude Comorassamy :

"De la source de la psychiatrie de l'enfant à la santé mentale"


Publié / Actualisé
Le portail d'entrée s'ouvre vers une grande allée centrale plantée de chaque côté de nombreux arbres. En face, l'imposante bâtisse de la compagnie des Indes fièrement débout nous fait replonger encore et toujours, dans la riche mémoire de la psychiatrie à la Réunion. En pénétrant un peu plus, nous apercevons que le vieux bâtiment désaffecté de la première structure de la psychiatrie de l'enfant a disparu du paysage. (Photo d'illustration : AFP)
Le portail d'entrée s'ouvre vers une grande allée centrale plantée de chaque côté de nombreux arbres. En face, l'imposante bâtisse de la compagnie des Indes fièrement débout nous fait replonger encore et toujours, dans la riche mémoire de la psychiatrie à la Réunion. En pénétrant un peu plus, nous apercevons que le vieux bâtiment désaffecté de la première structure de la psychiatrie de l'enfant a disparu du paysage. (Photo d'illustration : AFP)

Du lieu, se trouve désormais un périmètre de protection installé avec des barrières de chantier permettant de sécuriser la zone démolie, les grillages laissent quand même entrevoir les restes des gravats du premier et vieux bâtiment de la psychiatrie de l’enfant construit en 1968, entièrement détruit.

La mise à nu de l’ancien pavillon s’est faite, au regard des interventions des tractopelles, brises roches et autres engins, qui ont cassé et grignoté petit à petit ce vieux bâtiment abandonné, en ruine et qui n’était plus utilisé depuis quelques années déjà. Une belle occasion de revenir aux sources de ce passé, en survolant un peu plus d’un demi siècle d’histoire. Dont, nous avons à cœur, dans un souci maintenant de sauvegarder le patrimoine oral de ce lieu.

- Raconter l’histoire pour nourrir la mémoire -

L’histoire de ce bâtiment rasé, nommé " pavillon des enfants " nom de l’époque, porte tout un pan de l’histoire de la psychiatrie de l’enfant, qui a démarré véritablement il y a 54 ans au berceau de " l’asile psychiatrique " de St-Paul. Bien qu’auparavant, les quelques et rares enfants souffrant des divers troubles se retrouvaient hospitalisés au " quartier des femmes " du centre hospitalier spécialisé.

C’est ainsi que le premier édifice de la psychiatrie infanto-juvénile a vu jour à la Réunion dés 1968, après deux années de travaux (1966-1967). Une conception ancrée depuis ce temps par 54 années d'histoire, de résilience, d'engagement et par la suite une projection vers ce nouveau siècle d'innovation et de progrès au service des enfants et adolescents de la pédopsychiatrie dont l’Unité reste Régionale.

Ce bâtiment, jadis disposé beaucoup plus en longueur a été construit en T, entouré des murs d’environ 2,50m de hauteur avec deux espaces séparés et similaires. Avec d’un côté un grand dortoir d'une vingtaine lits pour les garçons et à l’identique de l’autre côté pour les filles. Deux salles de bains collectives, deux grandes cours séparées toujours aux murs très hauts, deux réfectoires, deux préaux, deux roches à laver à l’ancienne pour le lavage des serpillères, torchons…etc, etc. Cependant, dès son ouverture en 1968, faute de moyens alloués et personnel insuffisant, le fonctionnement séparé garçons/filles a été très vite abandonné par la mise en place de la mixité.

Conçu d’une porte d’entrée principale renforcée et toujours fermée à double tour. La porte s’ouvrait et se fermait par un long grincement aigu. Ces bruits de clé dans la serrure, nous signalaient à distance l’arrivée de quelqu’un, bien qu’une sonnerie fût fixée au mur.

A cette époque, la conception de cette construction a été faite dans un cadre plus de protection et de sécurisation voire d’un certain " isolement " du lieu.

La vie des enfants se faisait qu’à l’intérieur des murs. Les sorties des enfants vers l’extérieur étaient très rares voire interdites. Les visites des familles étaient quasiment inexistantes.

- Souvenirs d'un voyage extraordinaire -

L’arrivée du premier pédopsychiatre M. Gilles Vauthier sur l’Île en décembre 1977, donnera une autre orientation et d’une autre conception de soins aux enfants hospitalisés. Les quelques activités occupationnelles se modifieront en activités thérapeutiques, surtout à une ouverture vers l’extérieure, cadre plus apaisé, avec une équipe pluridisciplinaire, le travail avec la famille,  l'institution est devenue  une vraie prémisse de soins à l’enfant … C'est précisément lui, par la suite d’autres pédopsychiatre, qui ont marqué de leurs empreintes indélébiles toute l'histoire de la psychiatrie de l’enfant, avec aussi la création d’un premier hôpital de jour enfant en 1978.

Après une décennie vie de ce pavillon, une dotation exceptionnelle a été accordée pour une nouvelle construction afin de quitter définitivement cette infrastructure " d’enfermement " au bénéfice d’une nouvelle structure. Lieu répondant davantage à une conception de psychiatrie infanto-juvénile plus moderne. Toutefois, quelques années plus tard, ce même bâtiment fût rénové pour des patients adultes.

La nouvelle infrastructure plus fonctionnelle et moderne verra jour et sera inaugurée en 1990 au nom de l’Unité Lacaussade, toujours sur le même site à St-Paul. A noter que l’agencement de l’espace architectural a été alimenté par une forte implication de l’équipe soignante, des deux premiers pédopsychiatres Messieurs Gilles Vauthier et Jean Philippe Cravero, les deux cadres de l’époque Jean Paul Bomel et Roger Annibal.... Conçue d’inspiration plus  humanisme, avec des chambres individualisées, équipées de salle de bain et toilette, d'une grande cour plantée d'arbres et gazonné, cuisine équipée, des tables à quatre places, des salles d’activités, télévision et espace de musique, bureaux, salle de soins, salle d'apaisement…etc.

Malgré ces meilleures conditions d’hébergement et des évolutions dans les prises en charge,  l’équipe était de plus en plus habitée à ce mouvement de désinstitutionalisation.  Après une quinzaine d’années de fonctionnement dans ce lieu et surtout d’un développement invraisemblable en structures extrahospitalière et de soins ambulatoires au quatre de l’Île, grâce à des arrivées de nombreux pédopsychiatres, psychologues et soignants.

Cependant, suite aux travaux de la route des Tamarins, l’Unité Lacaussade et toute la psychiatrie adulte ont été obligées de se délocaliser sur Cambaie dès juin 2005 en raison de la construction du grand viaduc. Depuis cette date, la structure infanto-juvénile toujours Régionale porte désormais le nom de l’Unité vanille et se trouve au site EPSMR à Cambaie.

En résumé, aujourd’hui avec les prises en charge diversifiées en soins ambulatoires des enfants et des adolescents, fort heureusement, la perception de la santé mentale a quand même évolué en ce demi-siècle d’existence. Malgré que la psychiatrie à mon sens, occupe toujours une place à part dans le système de soins, comme dans l'imaginaire collective.

Une manière de se replonger dans les souvenirs de ce voyage extraordinaire et de se nourrir d'un regard nouveau la santé mentale de l’EPSMR.

Jean-Claude Comorassamy

   

4 Commentaire(s)

Erci, Posté
Que le directeur de l'EPSMR actuel s'approprie de cette histoire pour demander plus de moyens et plus de prévention à la santé mentale des enfants et des jeunes dont la crise covid19 ont beaucoup fragilisés. L' article montre une belle évolution mais beaucoup reste à faire à la Réunion. Que le nouveau directeur de l'ARS M. Coletton se nourrit de ce courrier des lecteurs pour apporter des réponses concrètes à la psychiatrie de l'enfant. M. Comorassamy sait de quoi il parle car cette page a été aussi écrite par le professionnel qu'il a été.
Rose Marie, Posté
L'ancien directeur Michel Brun, lui qui a toujours defendu la psychiatrie durant plus 20 ans peut être fier de ce passeur de mémoire qui a été un professionnel de terrain durant plus de 4 décennies. Il raconte très bien ce plongeon dans ce temps d'avant. Bravo et un grand svp à mon cher collègue retraité Jean Claude.
Pascale, Posté
Une bonne immersion dans l'histoire de la pedopsychiatrie. Heureusement qu'aujourd'hui grâce aux écrits, l'histoire résistera au temps. Je reconnais là, votre passion intacte M. Comorassamy. Merci.
Michel, Posté
La mémoire doit continuer de vivre et ne pas sombrer dans l'oubli. M Jean Claude a bien raison de partager cette histoire, je crois qu'il a été aussi un vié zarboutant de la psychiatrie de l'enfant. Merci M. Comorassamy.