Culture :

La Réunion et la mer: une histoire à construire


Publié / Actualisé
La Réunion est entourée par l'océan et pourtant, nous construisons dans les terres. La Réunion est pleine de côtes sauvages et cependant nous pique-niquons au volcan. Le rapport qu'entretiennent les Réunionnais avec l'océan est minimaliste. Tout se passe comme si l'île tournait le dos à la mer
La Réunion est entourée par l'océan et pourtant, nous construisons dans les terres. La Réunion est pleine de côtes sauvages et cependant nous pique-niquons au volcan. Le rapport qu'entretiennent les Réunionnais avec l'océan est minimaliste. Tout se passe comme si l'île tournait le dos à la mer
Deux pêcheurs du port de la Possession, Eddy et Max parlent de leur passion.
"Nous venons pêcher régulièrement. La pêche, c'est pour se détendre. On se retrouve et on se donne des conseils". Pour les deux hommes, il est question d'une culture de la pêche mais pas de la mer. Bien qu'ils soient de bons nageurs leur rapport à la mer se résume à la pêche. Aller flâner sur une plage ne les intéressent pas. Et ils ne sont pas les seuls dans ce cas.
Maurice n'est pas un pêcheur, mais il vient souvent se balader sur le port de la Possession. " J'aime nager. J'aime le poisson et je n'aime pas la mer. Je suis un nageur d'eau douce. Les requins me font peur". En plus de ne pas aimer la mer, il n'aime pas non plus les plages. "Quand on fait une sortie, c'est aussi pour manger. On ne peut pas faire de feu sur la plage pour réchauffer un carry ou faire frire quelques saucisses. À la rivière, c'est possible, c'est pour ça que je préfère y aller" explique-t-il.

La peur de l'eau

Samuel Lavaud, sauveteur à la plage des roches noires, confesse que le rapport entre La Réunion et la mer l'a toujours intrigué. "À Tahiti, les gens sont tournés vers la mer. Ici, soit les gens ont peur de l'eau, soit n'ont pas conscience de sa dangerosité. De plus, beaucoup de personnes ne savent pas nager" remarque-t-il. Il est rare qu'un baigneur lui demande des explications sur les courants marins ou s'arrête devant un des panneaux d'informations. Les personnes n'ont pas pour habitude de se renseigner sur la mer. "Le pire c'est quand les gens sont dans l'eau et qu'on leur demande de se déplacer ou de sortir. Ils ne nous écoutent même pas" poursuit-il.
L'océan fait peur et la psychose du requin et les légendes qui l'entourent n'aident en rien. "Il y a un gros requin qui garde la grotte du Cap La Houssaye" prétend en riant Georges Massanelli, président régional du comité de plongée. Selon lui, la mer n'est pas un loisir pour les Réunionnais. La plongée malgré des prix relativement bas attire peu les locaux. Ce sont principalement des touristes ou des métropolitains qui la pratique. Cela même s'il semble que les choses changent peu à peu.

Une meilleure connaissance de la mer

Peu de personnes font du surf à La Réunion. Pour Samuel Lavaud moniteur de surf, à l'Etang-salé, il y a autant de Réunionnais que de métropolitains qui pratiquent ce sport. "L'avantage du surf, c'est d'avoir une meilleure connaissance de la mer. L'inconvénient c'est que ça reste cher.Entre 200 et 600 euros pour l'équipement et entre 25 et 35 euros pour une heure et demie de cours" explique-t-il. Pour contourner l'obstacle du prix, l'école de surf de l'Etang-Salé propose des initiations pendant les vacances scolaires pour les habitants des hauts et pour des cas sociaux. "C'est une manière de s'amuser et les sensibiliser à la protection de l'environnement" note-t-il.


Une île enclavée

"Je suis arrivé à La Réunion, il y a 35 ans. Avant le port Ouest était vide. De nos jours, le dimanche, il est bondé de badauds. Ils viennent même y prendre des photos de mariage" déclare Maurice, moniteur de plongée et plaisancier. Cependant, les habitants n'ont toujours pas conscience de la richesse de la mer. Une richesse en termes de flore et de faune mais aussi historique. "Les esclaves sont venus par la mer, et c'est par la mer que nous devons regagner notre liberté. Il n'y a pas de liaisons maritimes alors que nous sommes une île. Aucune liaison avec l'Afrique de l'Est alors que des Réunionnais viennent de là-bas. Cette situation n'est pas normale" regrette le plongeur avec insistance. "En enclavant l'île, c'est aussi son histoire que nous enclavons".
   

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