Philippe Clain, artiste et artisan au Tampon :

Luthier, un métier à faire vibrer la corde sensible


Publié / Actualisé
Le métier de luthier allie l'art à l'artisanat, la dextérité du jeu musical à celle de la fabrication de l'instrument... Philippe Clain c'est tout cela, combiné à l'amour du travail bien fait, à la perfection des sons
Le métier de luthier allie l'art à l'artisanat, la dextérité du jeu musical à celle de la fabrication de l'instrument... Philippe Clain c'est tout cela, combiné à l'amour du travail bien fait, à la perfection des sons

Pousser le portillon de Philippe Clain à Trois-Mares, c’est plonger dans l’univers passionnant d'un artisan passionné. Difficile aussi de ne pas être insensible aux fragrances des différentes essences émanant de son atelier !

Ici, guitares, basses, quatuor à cordes, prennent vie sous les mains expertes du luthier tamponnais. Un métier d'art traditionnel à la limite de l’orfèvrerie. Plastique de l’objet, la magie du beau… quand vous lui parlez instruments et fabrication, Philippe Clain est prolixe : jJe dois avouer que donner naissance à un instrument de musique est quelque chose d'extraordinaire. C'est un métier magnifique où il faut être attentif au client, à ses exigences pour pouvoir fabriquer un instrument avec une sonorité adaptée à sa sensibilité la plus intime. Entre le client et moi, c’est un contrat d’engagement selon le type d’instrument et le son recherchés. Mon cahier des charges est donc très strict".

- "Je vends un son avant tout" -

Malheureusement, aujourd’hui, la nécessité de fabriquer à bon marché et de produire à grande échelle a quelque peu fait de cet art une industrie où la valeur individuelle a quasiment disparu pour faire place à une uniformité de produits à la qualité 'médiocre''. Or de l’aveu de Philippe Clain, chaque musicien est un interprète et son expression s’appuie sur sa sensibilité au thème qui l’inspire.

Au même titre que son discours musical repose souvent sur l’instrument qui l’accompagne : "je vends un son avant tout, je ne vends pas un objet" tient à préciser celui qui allie l'art à l'artisanat au service de la fabrication des sons. Car être luthier, c'est à la fois être musicien avec une oreille très exercée et posséder une habileté manuelle aussi minutieuse qu'assurée.

Son autre atout est de connaître littéralement sur le bout des doigts les bois utilisés. Et en la matière, quel plus beau terrain de jeu que La Réunion ? Pestes végétales, essences endémiques ou importées, la matière première locale est intéressante à plus d’un titre.

Outre l’emblématique tamarin des Hauts, l’île regorge en effet de bois qui se prêtent à la création : tamarin des Bas, badamier, bois noir, benjoin, bois d’olive noir, camphre, acacia du Siam, champac, cyprès, eucalyptus, gréviléa, litchi, margosier…  Tous réputés tant pour leur décor, leur résistance ou encore leur élasticité. "Le pourcentage d’incidence du bois dans un instrument de musique est très important. Il représente entre 60 et 90% du son" tient à préciser Philippe Clain.

Pour ce faire, l’artisan se fournit auprès de particuliers, d’associations de protection de la nature, de l’ONF et procède souvent à des assemblages composites pour donner vie aux instruments en suivant le fil de ses inspirations. Pour preuve, cette contrebasse électrique qu’il a récemment fabriquée et fait breveter.

- Reconnu dans le milieu -

Et n’allez surtout pas lui parler de copies ! Ce à quoi il répondra vertement : "à quoi ça sert d’être luthier si je fabrique des copies de ce qui a déjà été fait ?"
Reconnu dans le milieu, nombre d’artistes ont choisi de lui faire confiance : Eric Triton, Bruno Chane-Kane, Patrick Sida, Jimmy Fortuné, Gilbert Pounia ou encore Loïc Gigan, tous saluent son travail et sa créativité. "J’ai souvent des demandes extrêmement galvaudées parce que les musiciens ne connaissent pas les bois de la Réunion. Il me revient donc d’y remédier. Et jusqu’à présent, tous ceux avec qui j’ai travaillé sont très satisfaits de ce que je leur propose".

Rome ne s’étant pas faite en un jour, le temps de création et de fabrication d’un instrument est difficilement quantifiable tant les exigences du cahier des charges varient. Équilibre sonore des notes sur toutes les cordes et toutes les positions, confort de jeu, ergonomie, design et originalité… Luthier est certes un métier de passion, mais également de patience !

"Le travail que me demande la fabrication d'une guitare par exemple est difficile à mesurer dans sa totalité. Préparation, recherche acoustique, fabrication de la table d'harmonie, ces étapes sont longues et indispensables". Avec au bout, au-delà du coût que cela représente, la satisfaction du travail bien fait, la perfection des sons et surtout la reconnaissance. "Ma plus belle récompense c’est la surprise, le sourire et la satisfaction du musicien. Car pour moi, la musique est avant tout une expression très généreuse dont l’instrument se doit d’être à la hauteur", conclut notre luthier, pas peu fier de jouer aussi sur notre corde sensible !

• "De la bouche à l’oreille"

Installé à La Réunion depuis maintenant 40 ans, à Trois-Mares, au Tampon, Philippe Clain a d’abord effectué des réparations à ses débuts qu’il a peu à peu délaissées au profit de la fabrication d’instruments, encouragé par de nombreux musiciens. De la guitare jazz à l’acoustique en passant par l’électrique, le luthier qui a plus d’une corde à son arc, a signé toute une gamme de guitares et autres instruments dont une contrebasse électrique qu’il a récemment brevetée.

C’est au contact des frères Baschet, des physiciens acousticiens parisiens chez qui il a travaillé pendant 15 ans, qu’il découvre l’univers de la musique. Grâce à eux, il est entré en contact avec de nombreux facteurs d’instruments de musique, à vent, à cordes, à percussion, et a appris le métier de luthier.

Après s’être installé en Ardèche, il s’est spécialisé dans les instruments à cordes qui correspondaient mieux à sa sensibilité.
De retour dans l’île et désormais reconnu dans le milieu grâce à ce qu’il aime qualifier " de l’oreille à la bouche ", notre artisan est un perfectionniste dans l’âme pour qui le ressenti est important.

"C’est pour ça que je préfère dire " de la bouche à l’oreille plutôt que l’inverse. Quand tu essaies différentes marques d’instruments, tu as forcément un ressenti sur lequel tu te bases pour prendre tes décisions ! Il est donc important de ne pas se baser sur celui des autres" Comme dans toutes choses, c’est à chacun de se faire sa propre opinion.

Philippe Clain, luthier au Tampon, Trois-Mares
84, chemin Portail
Tél. 0692 70 98 88
Courriel: [email protected]

   

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