Théâtre :

"Après le feu" de Vincent Fontano : aux origines du mal


Publié / Actualisé
Après Champ Fleuri et Lucet Langenier ce week-end, la dernière création de Vincent Fontano saute la mer pour Amiens, le 22 mars prochain. Retour sur sa pièce, "Après le feu". (Photos DR)
Après Champ Fleuri et Lucet Langenier ce week-end, la dernière création de Vincent Fontano saute la mer pour Amiens, le 22 mars prochain. Retour sur sa pièce, "Après le feu". (Photos DR)

La grâce du pardon n'est pas divine, elle est humaine, et bien qu'infinie, elle requiert une condition. Or, c'est cette condition que Derrida entend récuser : " Le pardon, s'il y en a, ne doit et ne peut pardonner que l'impardonnable ".

Après le feu, la dernière création de Vincent Fontano est une pièce qui questionne le pardon, le traumatisme, ou comment deux gosses doivent vivre, abîmés après avoir traversé la guerre. Où comment la petite histoire éclaire la grande, sachant que pour l’impardonnable, il ne peut y avoir d’impardonnés…

C’est un spectacle dur où le monstrueux le dispute à la douleur. Le Bourreau crie son incompréhension : comment est-il devenu ce fou sanguinaire ? La Victime peut-elle se relever du traumatisme qui la cloue au souvenir d’un génocide dont elle est le symbole ? C’est un théâtre âpre qui questionne notre humanité autant que nos lâchetés ; qui sonde notre capacité à dépasser le pire et à trouver notre résilience. Une écriture de l’Essentiel qui renvoie à l’Être et à l’Histoire.

" Ce que l’on vit n’est pas du théâtre "

" J’ai écrit cette pièce alors que la colère grondait au nom des gilets jaunes et que je m’étais engagé à tâter de plus près le conflit, notamment sur les terrains libanais et rwandais marqués à jamais par les combats guerriers ou le génocide. J’ai cherché à savoir ce qui pouvait se passer après la destruction et le malheur. C’est étrange de voir que ce que l’on vit n’est pas du théâtre mais davantage une partition sur ce qui le construit. Constater que ces espaces de lutte évoqués au passé ne sont pas derrière nous comme on le croyait est à la limite effrayant ", regrette Vincent Fontano.

Lui qui ne voulait pas écrire hors sol, enfermé dans son bureau, a donc pris son bâton de pèlerin pour aller à la rencontre de rescapés libanais et rwandais pour les écouter et puiser son inspiration dans l’indicible. Après le feu a abouti au bout de trois ans." On n’en sort pas indemne de ces entretiens. Ces récits de vécus vous habitent pendant longtemps. Et même si on pensait que ça n’arriverait plus, c’est là où mon travail commence pour rappeler que la guerre et ses effets dévastateurs peuvent arriver n’importe quand ".

Sur scène, Floriane Vilpon et Yann Gael évoluent dans une pièce de deux heures, alimentée par la tragédie et la peur. Les mots bousculent et créent ce questionnement de l’origine du mal, posent une interrogation sans concession sur les formes de violence les plus extrêmes : deux " enfants " perdus dans le vide de l’Après, dans un no man’s land de réveil à soi, dans la solitude de la dépossession de leur identité d’Avant, deux survivants se confrontent et s’affrontent. Se joue donc devant nous la tragédie des rescapés avec en toile de fond, ce mot devenu fort à la mode : la résilience, à laquelle on se doit d’y croire " même si ça demande des efforts considérables ", de l’avis de l’auteur.

" Mon but n’est pas de faire la morale "

Alors, le théâtre comme vecteur des mots pour faire passer un message, ou mettre des mots sur des maux ? " Raconter l’Histoire faite de lutte, de peur, de larmes, de joie, de rires… Alors dans l’absolu, je dirais que oui mais encore une fois, je considère avant tout mon travail comme un questionnement. Mon but n’est pas de faire la morale aux gens. Même s’il y a forcément un parti pris, c’est au public de se questionner et de se positionner. Moi, je me place toujours comme quelqu’un qui n’a pas les réponses et qui a les mêmes interrogations que le public ". Si ce même public est parfois sur la réserve quant à la pièce, il en va autrement des scolaires qui ont beaucoup travaillé avec leurs professeurs et l’auteur lui-même sur des sujets " hyper pointus " comme le pardon, la loyauté, la fascination pour le pire, les mécanismes de la violence, ce qui se joue entre un bourreau et sa victime ou encore comment ces rôles peuvent s’inverser.  

Et quid de l’invasion de l’Ukraine par les Russes ? " Ce conflit vient malheureusement nous rappeler que le pire n’est jamais terminé et nous laisse cet étrange sentiment  que l’humanité n’a pas grandi ", regrette Vincent Fontano qui après le Teat Champ Fleuri et la salle Lucet Langenier, ce samedi 12 mars, mettra le cap sur la Maison de la Culture d’Amiens, le 22 mars. Il se penchera ensuite sur son prochain projet toujours en lien avec la tragédie : " Mais pour le moment, je suis toujours en recherche ".

Le thème de la pièce :

Une femme lentement se relève, dépoussière ses vêtements, essuie son visage. Après le feu, après la guerre, la vie reprend, sur les débris du monde.
Dans le journal du pays, la femme passe une étrange annonce : " Vous êtes venu un soir chez moi. J’habite la rue sans pavé. Vous avez découpé à la machette tout ce qui avait un souffle. Je n’ai pas oublié vos yeux. Mon ventre est rond, vous êtes père. Je vous attends. ".

Après le feu est un texte sur les grandes tragédies humaines. L’écriture et la parole du théâtre seront toujours des remparts possibles à l’indicible et à l’oubli. Vincent Fontano dissèque et traduit les causes du mal .

vw/www.ipreunion.com / [email protected]

   

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