Disparition de Françoise Guimbert :

Tous orphelins de Tantine Zaza


Publié / Actualisé
Le monde culturel réunionnais pleure la disparition de Françoise Guimbert et se retrouve orphelin d'un de ses zarlors, de ses zarboutans. Parmi eux, Gaby Laï-Kun, Zoun et Fabrice Ramaye qui saluent avec émotion une dame au grand coeur et toujours disponible (Photo rb/www.ipreunion.com)
Le monde culturel réunionnais pleure la disparition de Françoise Guimbert et se retrouve orphelin d'un de ses zarlors, de ses zarboutans. Parmi eux, Gaby Laï-Kun, Zoun et Fabrice Ramaye qui saluent avec émotion une dame au grand coeur et toujours disponible (Photo rb/www.ipreunion.com)

Avec le décès soudain de Françoise Guimbert ce vendredi, La Réunion pleure un zarboutan. Les hommages parvenant de toutes parts sont unanimes, notamment le monde culturel qui se retrouve quelque peu orphelin. À l’image Gaby Laï-Kun qui fêtera ce samedi soir 26 mars 2022 ses 50 ans de carrière au TÉAT de Champ Fleuri et dont Françoise Guimbert faisait partie des guests invités sur scène. Encore sous le coup de l’émotion, difficile pour lui de parler d’elle au passé…

"Françoise était comme une sœur pour moi. On est de la même génération à cinq ans près. J’ai commencé à chanter en 1973 et je suis parti en métropole avec les Soul Men et Françoise a sorti Tantine Zaza en 1978. Quand on lui a parlé de notre concert de demain soir, elle a tout de suite été partante, donc on lui rendra forcément un grand hommage samedi soir. C’est un devoir" promet Gaby Laï-Kun.

Gaby Laï-Kun (Photo D.R.)

Lire aussi : La musik péi en deuil : la grande Françoise Guimbert n'est plus

- "Françoise fait partie de notre patrimoine" -

Pour sa part, Zoun du collectif Lézard Vert se souvient d’une grande dame toutes dents dehors, à l’éternel sourire tranche papaye et à sa bonne humeur dont elle ne se départissait jamais. Il avait fait sa connaissance à l’époque de Carrousel et Ziszakan, au début des années 80 et avait partagé une ou deux scènes de la foire agricole de Bras-Panon.

Si le temps a passé et que chacun a suivi des chemins différents, il a continué à suivre avec intérêt le parcours de ces musiciens issus de la même génération que lui : "ma première réaction était de savoir si elle était malade, parce que nous faisons partie de cette génération qui va disparaître au fur et à mesure et qui se doit de laisser une trace. Malheureusement, j’en ai vu disparaître quelques-uns déjà. Comme je dis souvent, on est dans la charrette et ce qui importe c’est de savoir ce qu’on laisse derrière nous. Françoise fait partie du patrimoine de La Réunion et je n’ai aucun doute sur l’héritage culturel qu’elle a transmis, notamment auprès de la génération montante du maloya".

- "Une femme au grand cœur "-

Et qui mieux de Fabrice Ramaye pour confirmer ces propos ? Le leader de Destyn Maloya garde le souvenir d’une forte personnalité et de quelqu’un de toujours disponible, notamment pour la nouvelle génération qui assure déjà la relève du maloya : "Elle était très proche des Réunionnais et a toujours été là pour nous surtout quand on avait besoin de conseils. Au-delà du maloya, c’est sa qualité humaine qui la caractérisait le mieux, c’était vraiment sa marque. C’est une femme au grand cœur qui nous a quittés et elle va vraiment me manquer".

Fabrice Ramaye (Photo D.R.)

Avec Nathalie Natiembé et Christine Salem, Françoise Guimbert faisait partie de ces représentantes féminines du maloya, par leur voix, leur présence scénique, et des textes ancrés dans le quotidien et l'identité réunionnaise. Chevalier d’ordre des arts et des lettres en 2010, le titre de chevalier de la légion d’Honneur lui a également été décerné en 2014, aux côtés de Firmin Viry.

Quant au réalisateur réunionnais Vincent Fontano, il l’avait mise à l’honneur en octobre 2016, lors de l’exposition Rois et Reines, les grands de la musique réunionnaise. Son témoignage résonne encore aujourd’hui : "La musique m’est tombée dessus un jour comme ça, comme le regard d’un galant, un coup de foudre […] Dieu m’a mise une chanson dans la tête, alors je me suis mise debout et j’ai marché. J’ai marché pour savoir à qui je pourrais la faire entendre […] L’allégresse… Je me dis que tout ce temps, je cherchais l’allégresse, alors j’ai marché, et j’ai chanté".
Merci Tantine Zaza pour ces mots qui continueront à faire chavirer le cœur de La Réunion.

Vincent Fontano (Photo D.R.)

Pour rappel, l’héritière du maloya d’autrefois s’est éteinte ce vendredi, après un demi-siècle de scène, à l’âge de 76 ans.

• Un modèle de persévérance

Chanteuse dans le Groupe folklorique de La Réunion avec Maxime Laope et Alain Peters, puis désignée comme son héritière musicale par Benoîte Boulard, Françoise Guimbert a enchaîné les succès.

Sa vie fut un modèle de persévérance. Et pourtant, rien ne la destinait à la musique. Celle dont le premier succès fut "Tantine Zaza" en 1978, est originaire de Saint-Benoît et perd ses parents très jeune et, orpheline, elle élève ses frères et soeurs. Puis, pendant 20 ans, elle sera femme de ménage chez une professeure de piano. Sa découverte du maloya se fait lors d’un mariage à la Rivière des Roches et lui vient alors une véritable passion pour le chant.

Suite au décès de sa patronne, elle ose se lancer en créant le groupe Voulvoul, composé de dix-huit personnes, musiciens, danseurs et danseuses et devient par là même, la première femme à créer un groupe de maloya. Sa carrière musicale deviendra internationale lui faisant parcourir l’Europe et le monde pour chanter sa passion, notamment jusqu’en Australie.

Chanteuse, musicienne, comédienne à Cyclone Production et au théâtre Talipot, intervenante en milieu scolaire… En véritable couteau suisse, Françoise Guimbert crée aussi à Saint-Benoît Pomme d'Aco, une association de quartier pour initier les jeunes à la musique, au chant, à la danse et au théâtre, autour de la culture réunionnaise et de la protection de la nature.

En 2016, elle avait fêté ses 45 ans de scène à la Cité des arts.

vw/www.ipreunion.com / [email protected]

   

2 Commentaire(s)

May, Posté
Avec ma s'ur on admirais Françoise Guibert elle nous faisait rire dans l'interprétation de ses chansons,tellement elle y mettais son coeur
GERARD97460, Posté
C'est dommage pour moi, mais je n'ai jamais connu cette artiste, j'ai quitté la Réunion en 1971 et je vis toujours à l'étranger actuellement.