Tribune libre de Jean Claude Comorassamy :

La mémoire ouvrière de l'usine sucrière de Stella au coeur des 30 ans du musée


Publié / Actualisé
Il y a exactement 43 ans, c'était en 1978 que l'usine sucrière de Stella commune de Saint-Leu fermait définitivement ses portes. Sa fermeture a été un véritable cataclysme économique et social. Un vrai tsunami du côté de Stella et de ses environs, suivi d'une grosse vague de licenciements. Des nombreux travailleurs ont été jetés dans la rue, aussi bien des ouvriers permanents que des saisonniers, malgré les quelques rares reclassés.
Il y a exactement 43 ans, c'était en 1978 que l'usine sucrière de Stella commune de Saint-Leu fermait définitivement ses portes. Sa fermeture a été un véritable cataclysme économique et social. Un vrai tsunami du côté de Stella et de ses environs, suivi d'une grosse vague de licenciements. Des nombreux travailleurs ont été jetés dans la rue, aussi bien des ouvriers permanents que des saisonniers, malgré les quelques rares reclassés.

Cette triste page de l’histoire sucrière de Stella Matutina démarre au début de 1978 dès la reprise du travail mi-janvier. C’est ainsi, que les travaux de réparation commencèrent comme à l’habitude, consistant à remettre les diverses machines en état de marche, les ouvriers entreprenaient le démontage des machines, entamaient les diverses réparations, soudage, changements des pièces, des tuyauteries…etc, tout ceci dans une bonne ambiance de travail et de retrouvaille après quelques jours de congés bien mérités.

Pourtant, les quelques signes inquiétudes vont apparaitre au fur et à mesure, des jours et semaines qui passent. Les travaux de réparation prenaient du retard, le passage des consignes devenait rare et absent. L’ambiance est devenue morose et tous apercevaient qu’il y a quelque chose de louche qui se prépare. Mais quoi ? Un changement de Directeur ? La vente de l’usine ? Une fusion avec l’usine de Grand Bois ? Malgré que, l’imagination spéculative allait de bon train. Personne ne pensait que l’étoile du matin puisse s’éteindre en cette année 1978. Alors que la campagne sucrière de 1977 a été très bonne en tonnage de canne et de sucre. Donc, il n’y a pas de soucis à se faire. Pourtant sa destinée semble déjà scellée en commission d’usine. Mais personne n’a osé d’en parler ou d’informer le personnel.

- L'onde de choc pour les ouvriers et leurs familles -

Alors que les rumeurs d’une fermeture de l’usine se propagent et s’enflent, relayées même par le journal Témoignage. La Direction crie aux mensonges et préfère cacher pour quelques jours encore cette vérité. Cependant, devant autant d’incertitudes, la CFDT, le seul syndicat présent dans l’établissement décide de monter au créneau et de mobiliser l’ensemble du personnel et la presse dont Lequotidien, lors d’un appel à la manifestation. Le couperet ne se fait pas attendre, quelques heures plus tard par la voix officielle du Directeur M. Armand Campenon et par le PDG M. Émile Hugot, que le verdict tombe, l’usine sucrière de Stella Matutina est condamnée à une fermeture.

L’annonce a créé une onde de choc, pour les ouvriers et les familles d’abord, puis partout dans les quartiers de St-Leu mais aussi sur toute l’Île. Les ouvriers sacrifiés criaient leur colère avec un mélange de désespoir et de trahison, des larmes, des cris de rage, de douleur, de tristesse sont venus alimenter cette sombre journée.

Les jours passant, malgré le traumatisme énorme causé, une procédure de reclassement a pu être réalisée pour quelques uns, aux autres usines appartenant à M.  Émile Hugot (usines de Grand Bois, Savannah, Beaufond, Bois rouge) et d’autres dans le service public. Mais bon nombre sont restés sur le carreau.

- Projet de Mario Hoarau concrétisé par Pierre Lagourgue en 1991 -

7 années sont passées, l’usine se retrouva en abandon et en ruine.  Cependant, l’idée d’un musée germait chez le maire de St-Leu Mario Hoarau (1983-1989). Devenant aussi Président de la région (1983-1986), Mario Hoarau dès 1985 ambitionnera de faire ce pan de l'histoire et de mémoire, un projet de musée. Le rachat de la vieille usine " délabrée " fut entrepris pour une transformation en musée, mais aussi avec l'achat d'environ 85 hectares de terrain qu'on appelle aujourd’hui encore " le grand Stella ".

Finalement, c’est un matin du 26 juillet 1991, sous l’ère de Pierre Lagourgue président du conseil régional que la nouvelle " étoile du matin " se remettra de nouveau à briller.

Aujourd’hui, l’usine sucrière est devenue le cœur du musée, lieu chargé de souvenirs et d’émotion, musée qui fête ses 30 ans. A croire que malgré les années passées, mes quelques souvenirs restent encore intacts !

Jean Claude Comorassamy

   

1 Commentaire(s)

Daniel , Posté
Article , avec pleins d'émotions avec bcp de souvenirs qui reste une réalité pour toutes les usines qui ont fermés pour raison économique. Merci pour cette belle page d'histoire.