Jean-Yves Rochoux, économiste :

"Une crise boursière n'est pas une crise économique"


Publié / Actualisé
Bourse qui fait du yoyo, Etats-Unis au bord de la faillite, crise de la dette en Europe, les vacances sont plutôt mouvementées dans le monde des finances. Que se passe-t-il ? Que sont ces fameuses agences de notation qui font la pluie et le beau temps? La crise boursière impactera-t-elle l'économie réunionnaise ? Éléments de réponse avec Jean-Yves Rochoux, économiste.
Bourse qui fait du yoyo, Etats-Unis au bord de la faillite, crise de la dette en Europe, les vacances sont plutôt mouvementées dans le monde des finances. Que se passe-t-il ? Que sont ces fameuses agences de notation qui font la pluie et le beau temps? La crise boursière impactera-t-elle l'économie réunionnaise ? Éléments de réponse avec Jean-Yves Rochoux, économiste.
* M. Rochoux, que se passe-t-il actuellement dans le monde des finances ?

Le monde financier connaît actuellement une période d'incertitude avec plusieurs événements qui se produisent simultanément. L'Europe connaît une crise de la dette avec la faillite de la Grèce et une menace de contagion à d'autres pays d'Europe. Quant aux Etats-Unis, ils étaient au bord de la faillite suite à un blocage politique sur la question du relèvement du plafond d'endettement du pays. Un accord a finalement été trouvé in extremis, mais une agence de notation, Standard and Poor's, a tout de même choisi de dégrader la note des Etats-Unis. D'où une panique sur les places boursières qui peuvent s'effondrer à la moindre inquiétude et remontrer de façon fulgurante au moindre signe rassurant. C'est ce à quoi nous assistons aujourd'hui.

* Vous parlez des agences de notation. De quoi s'agit-il ?

Les agences de notation sont des sortes de bureau d'étude spécialisées par secteur. Elles passent des contrats avec des émetteurs d'obligations, à savoir des entreprises ou des Etats. Il existe trois agences de notation : Standard and Poor's, Fitch, et Moody's. Selon la bonne santé financière de l'Etat et du risque lié à un emprunt, elles attribueront une note. AAA étant la note maximale, ce qui permet à l'Etat de bénéficier des taux les plus avantageux. Suite à la crise politique qui a secoué les Etats-Unis concernant le relèvement de leur plafond d'endettement, Standard and Poor's s'est montré plus réservé quant à la capacité des Etats-Unis de rembourser la dette et a donc dégradé la note de la première puissance mondiale. D'où l'emballement des places boursières. Pourtant, la dégradation était légère et ce n'est l'acte que d'une seule agence de notation.

* Lorsqu'on entend parler des agences de notation, elles semblent très puissantes, capables de faire la pluie et le beau temps dans le monde économique. Pourquoi ?

C'est l'usage qu'on a fait des agences de notation qui leur a donné cette puissance. Pourtant, ces organismes ne sont pas si fiables car ils n'ont pas les moyens de contrôler tous les Etats. Standard and Poor's n'a embauché qu'un analyste junior pour auditer les finances de la Grèce. Ils sont 25 à travailler pour l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique - ndlr) sur la seule question grecque. Le seul avantage, c'est que les notations sont très pratiques pour évaluer le taux de confiance d'un Etat. Mais la réalité ne se réduit jamais à un chiffre.

* La crise actuelle risque-t-elle d'affecter l'économie réunionnaise ?

Pour l'heure, pas du tout. Une crise boursière n'est pas une crise économique. En réalité, nous ne sommes toujours pas sortis de la crise économique. La situation s'est simplement stabilisée. Cela prendra du temps avant de sortir de la crise. Mais si la crise boursière s'aggrave, il est certain que l'économie réunionnaise va en pâtir

* Que pourrait-il se passer alors ?

Les taux d'intérêts pourraient progresser, ralentissant la consommation et les investissements et donc entraîner une hausse du chômage. Les dépenses publiques de l'Etat pourraient encore diminuer. C'est bien évidemment les niches fiscales qui seraient les premières touchées, comme la défiscalisation outre-mer. Les effets sur l'économie réunionnaise pourraient être sensiblement les mêmes que ceux de 2009 à la différence que la crise de 2009 était essentiellement due à la fin des grands chantiers et au trou d'air qui a suivi.

* Dans ce tableau plutôt sombre, il y a peut-être un motif d'optimisme. Le prix du baril du pétrole est en baisse, ce qui implique une baisse à venir du prix de l'essence...

Cette baisse est sans conteste une bonne nouvelle pour les ménages réunionnais et leur porte monnaie. Mais les spécialistes ne voient jamais une telle baisse comme étant un très bon signe. Cela signifie souvent que les spéculateurs anticipent une activité économique moins soutenu dans la prochaine période. Ce qui est beaucoup moins bon pour La Réunion.

Mounice Najafaly pour
   

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !