P. Jean-Pierre, économiste : "4 milliards réclamés aux ménages" :

Vous allez encore payer


Publié / Actualisé
Suite au plan de rigueur annoncé ce lundi 7 novembre 2011 par le premier ministre François Fillon, Philippe Jean-Pierre, économiste, analyse les mesures phares prévues pour enrayer la crise. Entre communication politique, nécessité de l'austérité, source d'inquiétude pour le BTP, effort mal réparti entre les classes de la population, mais aussi sur les territoires de France, ce qu'on retiendra avant tout, c'est que les classes moyennes sont une nouvelle fois les plus touchées par la contribution. "Sur les 7 milliards d'euros annoncés, environ 4 milliards seront demandés aux ménages", affirme Philippe Jean-Pierre. Interview.
Suite au plan de rigueur annoncé ce lundi 7 novembre 2011 par le premier ministre François Fillon, Philippe Jean-Pierre, économiste, analyse les mesures phares prévues pour enrayer la crise. Entre communication politique, nécessité de l'austérité, source d'inquiétude pour le BTP, effort mal réparti entre les classes de la population, mais aussi sur les territoires de France, ce qu'on retiendra avant tout, c'est que les classes moyennes sont une nouvelle fois les plus touchées par la contribution. "Sur les 7 milliards d'euros annoncés, environ 4 milliards seront demandés aux ménages", affirme Philippe Jean-Pierre. Interview.
* Pour éviter une "faillite" de la France, le Premier ministre François Fillon a annoncé ce lundi 7 novembre un nouveau plan de rigueur de 7 milliards d'euros. A première vue, que pensez-vous de ce plan ?

"Tout d'abord, il faut reconnaître la nécessité de la situation. La rigueur est de mise, et l'ajustement du plan est obligatoire. Ensuite, quand on regarde de plus près, on voit que certaines mesures étaient déjà d'actualité depuis l'an dernier, comme par exemple le gel des salaires du président et des ministres. Concernant ce type de mesures, c'est de la communication politique, à l'image des arbres qui cachent des forêts, pour tenter de faire comprendre que les contribuables ne sont pas les seuls à payer".

* Les contribuables ne sont pas les seuls à payer mais ce sont ceux qui payeront le plus.

"Sur les 7 milliards d'euros d'économie, ou du moins de moindres dépenses qui seront réalisées, environ 4 milliards seront demandés aux ménages. C'est certain, le consommateur lambda sera fortement mis à contribution et les classes moyennes sont les plus touchées".

* Quel secteur d'activité sera le plus affecté par ce plan de rigueur ?

"Sans conteste, le secteur du BTP aura fort à faire. La suppression de la loi Scellier (qui apporte une réduction d'impôts aux particuliers qui achète un bien pour le louer - ndlr) va entraîner un ralentissement sur la construction et l'acquisition des logements neufs. Quant à la hausse de la TVA, elle va peser sur les travaux de réhabilitation. C'est une période difficile qui s'annonce pour le bâtiment, et notamment à La Réunion, où la situation est déjà très délicate. La hausse de la TVA aura aussi un impact sur le secteur de la restauration, où les conséquences se ressentiront sur le confort des restaurateurs notamment".

* Autre mesure phare : la réforme des retraites est avancée d'un an. Que faut-il en penser ?

"Ici, le regard porté à La Réunion ne peut pas être le même que celui sur la métropole. La configuration démographique n'est pas la même. Sur l'île, on va être confronté à un vrai choc démographique. On a une population âgée qui n'a que peu ou pas travaillé, et qui va se retrouver avec des minima sociaux qui, eux, n'évoluent pas".

* Ces mesures nécessitent-elles un traitement différent selon qu'on se trouve en métropole ou dans les régions ultramarines ?

"Chaque territoire doit absolument fournir un effort pour enrayer la crise. Mais cet effort est mal réparti. Je ne pense pas qu'il y aura de grands changements dans ce que la ministre de l'Outre-mer annoncera ce soir (mardi 8 novembre-ndlr) comme déclinaison ultramrine, parce que l'égalité est voulue entre les territoires. Les marges de man?uvre sont réduites, on ne peut plus se permettre un grand écart entre les régions. Mais il faut reconnaître que la situation dans l'Outre-mer est critique, et qu'on a besoin de petites modifications concernant certaines mesures".

N'aurait-on pas pu prévoir la crise d'aujourd'hui bien avant d'en arriver à ces mesures ?

"Bien sûr que si. Mais en France, comme dans les autres pays développés, on n'a pas voulu regarder la réalité en face. La conséquence est là : les réformes que nous aurions dû étaler sur vingt ans, nous ne les avons pas faites, et nous nous retrouvons obliger de les faire en l'espace d'un an ou de deux ans maintenant".

Propos recueillis par Samia Omarjee pour
   

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !