J.Y. Rochoux, économiste - Baisse des prix de 60 produits :

"C'est un coup de communication"


Publié / Actualisé
Le mardi 28 février 2012, le préfet Michel Lalande annonçait des baisses de 7 à 40% sur 60 produits alimentaires et non alimentaires à compter du lundi 12 mars 2012. Pour Jean-Yves Rochoux, économiste, cette action ne risque pas "d'avoir d'effets extraordinaires" et relève plus d'un "coup de communication". L'économiste propose que La Réunion se tourne davantage vers la zone Océan Indien ou vers l'Asie.
Le mardi 28 février 2012, le préfet Michel Lalande annonçait des baisses de 7 à 40% sur 60 produits alimentaires et non alimentaires à compter du lundi 12 mars 2012. Pour Jean-Yves Rochoux, économiste, cette action ne risque pas "d'avoir d'effets extraordinaires" et relève plus d'un "coup de communication". L'économiste propose que La Réunion se tourne davantage vers la zone Océan Indien ou vers l'Asie.
* À partir du lundi 12 mars, 60 produits connaîtront une baisse de leur prix. Est-ce que, selon vous, cela calmera les esprits ?

- Cette action était nécessaire car il y avait obligation d'éteindre le feu suite au climat social tendu. Mais faire baisser les prix de 60 produits relève plus d'un coup de communication, dans la mesure où il y a eu une annonce et les associations de consommateurs ont participé à plusieurs réunions en préfecture avec les représentants du monde économique.

* Vous parlez de coup de communication...

- C'est une démonstration de bonne volonté. Je ne pense pas que cela aura des effets extraordinaires. Le point positif est que cela pourra permettre un retour de confiance de la part des consommateurs. Mais pour les producteurs locaux de fruits et légumes qui n'ont pas les capacités d'augmenter leur production, leur chiffre d'affaires risque de diminuer.

* Selon nos calculs, d'ici la fin de l'année, en achetant ces produits, cela représenterait une économie de 200 euros. Qu'en pensez-vous ?

- Cela ne représente pas grande chose sur le porte-monnaie des ménages. Je maintiens que cela relève du coup de communication. On risque de se retrouver dans la même situation en 2013 car cette baisse des prix sur 60 produits est valable jusqu'au 31 décembre 2012.

* C'est-à-dire...

- Le défaut de cet accord est qu'il faut prévoir un début de fin et une fin. Mais que va-t-il se passer après, en 2013 ? Que ce soit sur ces 60 produits ou la baisse de 8 centimes sur les carburants, ce ne sont que des mesures à court terme. Sur ce dernier point, on ne sait pas à combien sera le prix d'importation du carburant dans les mois qui suivent. Est-ce que cela sera tendu ou non? On ne le sait pas.

* De nombreux Réunionnais craignent qu'en baissant les prix de certains produits, la grande distribution en augmente d'autres. Cette crainte est-elle justifiée ?

- Cela n'est pas impossible dans la logique globale d'une entreprise qui veut être rentable.

* D'autres prédisent une augmentation de leurs impôts locaux...

- Je leur donne raison. Afin de financer ces baisses, que ce soit sur les hydrocarbures ou les produits, les collectivités locales n'auront pas d'autre choix que de rogner sur certaines choses ou d'augmenter les impôts locaux. Il n'y a pas de miracle en économie.

* Comment sortir de cette situation ?

- Ce n'est pas simple. Au lieu de se tourner systématiquement vers l'Europe, il faudrait peut-être essayer de se tourner davantage dans la zone Océan Indien et vers l'Asie pour s'approvisionner.

Propos recueillis par Emilie Sorres pour
   

4 Commentaire(s)

Jean-pierre espéret, Posté
Oignon d'Inde, ail de Chine, carotte d'Australie, on se tourne déjà pas mal vers l'Orient. Sur la zone oui, on doit davantage coopérer, vieille rengaine, et sur l'île davantage diversifier les cultures.
Eh oui, JV, la société du spectacle bat son plein et le téléspectateur est si distrait. Les personnes intervenant à la télé doivent être aussi aisément repérables qu'un logo!
Pffff !!!, Posté
Un coup de com et un coup d'épée dans l'eau. On ne parle que du coup des produits dans le cadre du coup de la vie, mais jamais on ne parle du coup du travail. il est impératifs de relever les salaires à la mesure du coup de la vie.
mais surtout ne tombons pas dans le piège grossier qui commence à s'ouvrir depuis quelques jours que cette questions des revenus est abordée. Ne divisons pas les salariés sur rémunérés à ceux qui ne le sont pas. l'objectif n'est pas d'appauvrir une catégorie mais d'égaliser les revenus par le haut.
Les actifs en emploi ou chômeurs doivent être solidaires entre eux et gagner ce combat.
Le vrai objectif est celui ci.
J.V, Posté
L'intervention de Monsieur Rochoux m'inspire une remarque en marge du contenu de son propos.
Depuis maintenant plusieurs années et en particuliers ces dernières semaines les experts sont convoqués. Or, ces experts sont toujours les mêmes. Ainsi, il n'existe qu'un seul économiste à La Réunion : Philippe Jean-Pierre. On le voit ici, on le voit là. Il s'exprime surtout et surtout il s'exprime.

On assiste ainsi à la construction d'une figure médiatique par les medias eux mêmes. Forme de cooptation dans la communauté de ceux qui ont le droit à la parole. De fait ce qu'ils disent devient légitime et est élevé au rang de vérité absolue.

Alors qu'on voudrait faire croire au débat, l'installation de l'expert unique fige un propos univoque.
L'irruption de Monsieur Rochoux vient enfin rompre cette polyphonie à une voix.

La chose est d'ailleurs amusante car remise en perspective elle renvoie à l'époque où le professeur Rochoux était lui même l'expert du moment. La voix économique scientifique, à la quasi exclusion de toute autre.

La parole et ceux qui la dispensent sont donc des phénomènes de mode médiatique, dont les origines sont : le renouvellement des générations d'experts, les réseaux de connaissances plus que l'expertise elle même, l'entregent mondain, la facilité ou la paresse à identifier des interlocuteurs (car pour cela il faut lire leur travaux et s'intéresser.), etc. Il conviendra sans doute de développer en d'autres occasions.

Au final, il reste le constat d'un propos imposé, figeant le débat et la perspective, dont les premières victimes directes sont la citoyenneté et la démocratie.

Le travail de la presse est, notamment, de valoriser la diversité des regards et des expressions de la société. Je suis personnellement heureux de l'arrivée de ce "nouvel" expert dans l'espace médiatique du moment, car enfin s'ouvre le débat lorsque son propos est mis en regard avec celui à la mode du jour. Certainement y en a t-il d'autres. Nous serons attentifs à ce qu'ils disent.
ARETE, Posté
Super conclusion, mais comment nous défendre au sénat(Vergoz, Bello...) et une fois à la Réunion , je suppose que certaines communes vont augmentées leurs IMPOTS LOCAUX pour amortir ces 60 produits. Encore une fois il y a le Baisé et le Baiseur...
En ce qui concerne ces 60 produits, comment peut on vérifier le prix de départ qui n'est pas le meme partout. exemple pour un le produit vaiselle: certains gdre surfaces le proposent avec un écart de prix allant de 10 à 90 cts . COMMENT CLARIFIER LE MM PRIX PARTOUT...