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Paul Vergès : "Une victoire de D. Robert serait une catastrophe pour La Réunion"


Publié / Actualisé
Candidat à sa propre succession à la pyramide inversée, Paul Vergès mène sans doute l'un des derniers combats de sa carrière politique fructueuse. Un combat dans lequel le président sortant de La Région semble être plus que jamais en danger. En effet, après l'échec des tractations pour fusionner les listes de l'Alliance et du Parti Socialiste, la liste de Didier Robert (UMP) paraît être en bonne position pour gagner. Néanmoins, le candidat de l'Alliance croit en ses chances de victoire. " Si nous avons un bon report des voix et une mobilisation des abstentionnistes en notre faveur, ce sera réglé ", estime-t-il. Même si la " victoire de l'UMP est exclue ", il ne rejette pas cette hypothèse. " Même Napoléon a connu la défaite ", précise-t-il. " Ce sera une catastrophe pour l'avenir de La Réunion ", juge-t-il. Mais défaite ne rime pas avec retraite pour l'ancien maire du Port. " Comme j'ai passé toute ma vie à me battre et qu'il n'y a pas de limite d'âge pour siéger à la Région, je me battrai jusqu'au bout dans l'opposition ", lance t-il. Entretien.
Candidat à sa propre succession à la pyramide inversée, Paul Vergès mène sans doute l'un des derniers combats de sa carrière politique fructueuse. Un combat dans lequel le président sortant de La Région semble être plus que jamais en danger. En effet, après l'échec des tractations pour fusionner les listes de l'Alliance et du Parti Socialiste, la liste de Didier Robert (UMP) paraît être en bonne position pour gagner. Néanmoins, le candidat de l'Alliance croit en ses chances de victoire. " Si nous avons un bon report des voix et une mobilisation des abstentionnistes en notre faveur, ce sera réglé ", estime-t-il. Même si la " victoire de l'UMP est exclue ", il ne rejette pas cette hypothèse. " Même Napoléon a connu la défaite ", précise-t-il. " Ce sera une catastrophe pour l'avenir de La Réunion ", juge-t-il. Mais défaite ne rime pas avec retraite pour l'ancien maire du Port. " Comme j'ai passé toute ma vie à me battre et qu'il n'y a pas de limite d'âge pour siéger à la Région, je me battrai jusqu'au bout dans l'opposition ", lance t-il. Entretien.
* Quel est votre état d'esprit avant le second tour des régionales ?

- Nous avons assisté à une consultation durant laquelle la direction nationale de l'UMP s'est impliquée fortement dans la bataille. Cela s'est reflété dans les thèmes choisis au début de la campagne pour attaquer la Région (ndlr : tram-train, route du littoral, MCUR) et ainsi présenter un bilan jugé catastrophique. 10 des 11 listes adverses se sont alignées sur cette orientation définie par Paris. Nous avons dû faire face à une coalition de cet éventail contre la Région. Malgré cela, les résultats du premier tour ont maintenu l'Alliance en tête, devant l'UMP et le PS. Au regard de ces résultats et du taux d'abstention, nous pouvons penser que si nous avons un bon report des voix et une mobilisation des abstentionnistes en notre faveur, ce sera réglé.

* Comment analysez-vous les résultats du premier tour ?

- Ce sont des résultats comparables à ceux de certaines régions de France métropolitaine. Nous avons le même score que les listes socialistes arrivées en tête dans certaines régions. Didier Robert est dans la moyenne de l'UMP nationale. Afin de parvenir à un raz-de-marée de la gauche, la direction du PS a demandé à ce qu'il y ait une union des forces de progrès partout en France. Le fait nouveau, c'est que la fédération locale du PS a décidé la division. Une fusion entre le PS et l'Alliance aurait assuré la victoire de la gauche à La Réunion avec un score supérieur à la moyenne nationale.

* La fusion était-elle réellement impossible ?

- Non. Bien au contraire. Des délégations du PS et de l'Alliance se sont rencontrées le lundi soir. Les socialistes nous ont présenté les propositions qu'ils voulaient intégrer dans un programme commun. Nous n'avons opposé aucune objection. Nous avons donc convenu d'une rencontre le lendemain pour signer le procès-verbal d'accord. Quelques heures plus tard, Jean-Jacques Vlody (PS) nous a appelés pour annuler le rendez-vous et dire qu'ils n'allaient rien signer.

* La présence d'André Thien Ah Koon sur votre liste dérangeait également...

- Lorsque nous avons abordé cette question, le Parti socialiste a fait part de son refus de s'allier avec lui. Nous en avons parlé avec André Thien Ah Koon. Il s'est dit prêt à se retirer de la liste, tout en la soutenant, si cela pouvait faciliter la fusion avec le PS. Il a donc rédigé un courrier en ce sens que nous avons fait parvenir en main propre à Gilbert Annette et à Michel Vergoz. Ils ont malgré tout refusé de s'allier avec nous. Nous avons alors scellé l'alliance avec André Thien Ah Koon.

* Malgré son appartenance politique...

- L'appartenance politique de telle ou telle personne est un faux débat. Nous partageons la volonté de combattre la politique désastreuse du gouvernement. Je ne vois pas pourquoi nous ne devions pas faire liste commune. Vous avez le même type d'exemple au Département où Nassimah Dindar gouverne avec une majorité de gauche.

* Quel intérêt le PS avait-il à ne pas fusionner dans cette configuration ?

- C'est la question que nous nous posons et que le PS national se pose. Pourtant les résultats du premier tour et le dernier sondage IPSOS* montrent qu'une union Alliance - PS nous aurait assuré une large victoire. Michel Vergoz et ses colistiers ont fait preuve d'irresponsabilité en voulant la division. À l'issue du premier tour, nous avions un duel entre les deux premiers, à savoir l'Alliance et l'UMP. La logique aurait voulu que le troisième, en l'occurrence le PS, soit fusionne, soit se désiste en notre faveur. Au contraire, ils ont joué le jeu de la politique du pire en nous attaquant. L'objectif premier du PS est de faire gagner notre adversaire. C'est le nouvel allié potentiel de l'UMP.

* Justement, vos adversaires vous attaquent sur votre bilan qu'ils jugent désastreux. Que répondez-vous à cela ?

- En politique, on peut, hélas, raconter n'importe quoi. Au cours de notre mandature, nous avons notamment livré un lycée tous les 18 mois, nous avons réalisé la route des Tamarins qui a permis de désengorger l'Ouest de l'île, nous donnons une grande place à la culture réunionnaise avec la Maison des Civilisations (MCUR) et nous avons mis sur les rails la nouvelle route du littoral et le projet tram-train. Le protocole de Matignon, c'est moi qui l'ai obtenu du gouvernement. Pendant ce temps, que faisaient les députés de la majorité ?

* À propos du tram-train et la MCUR, vos adversaires s'opposent farouchement à ces projets et promettent de les annuler...

- Aujourd'hui, nous sommes face à un grand défi concernant l'aménagement routier à long terme. Il y a plus de 400 000 voitures en circulation et ce chiffre ne cesse de croître. Pensez-vous que mettre en place 2 000 bus va faciliter la circulation sur l'île ? C'est une proposition farfelue. Selon les accords de Matignon, 1,5 milliard d'euros a été budgété pour l'aménagement du tram-train. Annuler ce projet serait une catastrophe. Et rompre une obligation contractuelle de l'État dans le contexte de crise actuel c'est faire un cadeau extraordinaire à Paris. L'argent ne sera pas réinjecté dans le circuit économique de La Réunion. Il en va de même pour la MCUR. Il faut arrêter de faire croire aux Réunionnais que les fonds pourront être réaffectés pour d'autres projets.

* Pourtant Didier Robert affirme que s'il est élu, il se rendra lui-même à Paris pour demander cette réaffectation...

- On peut toujours tout promettre. L'État s'est engagé sur le tram-train. Les banquiers aussi. Ils ne se sont pas engagés sur des bus. Lorsque Didier Robert dit que les crédits pourront être réaffectés sur d'autres projets à La Réunion, il ment. Il promet également 300 millions d'euros pour construire des équipements culturels et sportifs dans toute l'île. Sait-il au moins que le budget de la Région est de 700 millions d'euros ? Et puis il y a des enjeux bien plus importants encore...

* Quels sont ces enjeux ?

- Il y a la question de l'octroi de mer appliqué sur une partie des produits d'importation. Le régime se termine fin 2014 et les négociations vont bientôt commencer. Or, nous savons que l'Europe est réticente à l'idée de prolonger cette taxe. 2014, c'est aussi la fin du règlement sucrier. Il faudra négocier sous peine de voir retirer du prix de la tonne de canne les 43 % de subventions publiques qui sont actuellement versées. Il y a aussi la discussion sur les fonds structurels pour la période 2014 - 2020. Cette négociation se fera dans une période de crise et avec des pays de l'Europe de l'Est qui disent que l'UE ne peut pas aider des régions ultrapériphériques alors que leurs situations économiques sont encore plus mauvaises. Comment peut-on imaginer que Didier Robert pourra négocier sur ces dossiers alors qu'il n'en a suivi aucun ? S'il remporte ces élections, ce sera une catastrophe pour La Réunion.

* Au vu du bilan que vous affichez, pourquoi les sondages* ne vous mettent pas en tête des résultats du second tour ?

- Même si je relativise ces sondages, il faut prendre en compte la capacité extraordinaire de l'État à mobiliser l'ensemble de ses moyens de communication pour mener une campagne contre l'Alliance. C'est un élément passager, mais qui a influencé les 10 listes adverses et qui les a conduits à se tourner contre nous.

* Et vous pensez avoir fait des erreurs en termes de communication durant cette campagne ?

- Nous avons sûrement fait des erreurs. Nous avons également sous-estimé la capacité de Paris à influencer la classe politique locale.

* Avez-vous envisagé l'hypothèse d'une défaite pour dimanche ?

- Cette fois-ci je n'ai pas pensé à la défaite. Mais dans toutes les batailles que je livre, la défaite reste une hypothèse même si je vois mal les choses aller dans ce sens dimanche. Mais même Napoléon a connu la défaite.

* Dans ce cas, envisagez-vous de prendre votre retraite ?

- Il y a aujourd'hui 52 % des Réunionnais vivant sous le seuil de pauvreté, 126 000 chômeurs, 110 000 personnes illettrées et 30 000 demandeurs de logement social. La situation est littéralement explosive. Si une défaite, que j'exclue, se produit, le combat ne s'arrêtera pas à dimanche. J'ai passé toute ma vie à me battre et il n'y a pas de limite d'âge pour siéger à la Région. Je me battrai jusqu'au bout dans l'opposition.



(*) Dans un sondage IPSOS publié dans le Journal de l'île ce vendredi 19 mars 2010, la liste UMP de Didier Robert est créditée de 45 % des intentions de vote pour le second tour, devant celle de Paul Vergès (Alliance) avec 35 % et la liste PS de Michel Vergoz (21 %).

   

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