Océan Indien :

Coup de théâtre dans l'affaire Bacar


Publié / Actualisé
Le président déchu d'Anjouan et 21 de ses hommes sont placés en détention provisoire depuis ce vendredi 4 avril 2008 au soir.Ce coup de théâtre est la conséquence de la demande de l'union des Comores, de placer les Anjouanais en fuite en arrestation provisoire en vue d'une éventuelle extradition vers la République comorienne
Le président déchu d'Anjouan et 21 de ses hommes sont placés en détention provisoire depuis ce vendredi 4 avril 2008 au soir.Ce coup de théâtre est la conséquence de la demande de l'union des Comores, de placer les Anjouanais en fuite en arrestation provisoire en vue d'une éventuelle extradition vers la République comorienne
C'est à la prison de la Pointe des Galets que Mohamed Bacar et 17 membres de sa garde rapprochée ont passé leur première nuit sous les verrous. Les 4 autres Anjouanais ont été incarcérés à Saint-Pierre. La demande d'arrestation de la justice comorienne ne concerne pas le 23ème Anjouanais qui reste assigné à résidence à la base aérienne)
C'est donc une nouvelle scène qui s'est jouée dans l'affaire qui empoisonne les relations entre Moroni et Paris depuis le mercredi 23 avril, date d'arrivée du colonel Bacar et de ses hommes à Mayotte.
"L'état français a été saisi par le gouvernement comorien d'une demande d'arrestation provisoire pour 22 des 23 personnes qui étaient jusqu'à présent assignées à résidence à la base aérienne" a expliqué Jean-Robert Dobanton, le procureur adjoint, dans un point presse effectué à l'issue de la présentation des 22 hommes. Conformément au code de procédure pénale français, "cette demande a été immédiatement mise à exécution. Elle a été notifiée aux intéressés par les gendarmes. Ces derniers ont ensuite été présentés au Parquet qui a délivré à leur encontre un ordre d'écrou extraditionnel" a encore dit le procureur adjoint.
Il a ajouté que l'État français attendait maintenant de recevoir des Comores la demande formelle d'extradition du colonel Bacar et de ses gardes. La France aura alors 30 jours pour rendre sa décision.

Vouée à l'échec

Cette mise en détention, contre laquelle Mohamed Bacar et ses hommes peuvent faire appel, semble d'ores et déjà vouée à l'échec. D'une part, il n'existe pas d'accord d'extradition entre la France et les Comores. D'autre part, le droit français interdit d'extrader le ressortissant d'un pays où est la peine est en vigueur, ce qui est le cas en république comorienne.
À noter que la demande d'asile politique émises par les Anjouanais en fuite - qui a commencé à être examinée vendredi par 3 représentants de l'office de protection des réfugiés et apatrides -, ne peut pas empêcher l'arrestation provisoire des 23 hommes. "Même si une autorisation temporaire de séjour sur le sol français leur est accordée, ils resteront en prison tant que la validité ou la non-validité de la demande d'extradition n'aura pas été établie a précisé le procureur adjoint.

"Scandalisée"

Maître Briot, l'une des 3 avocates des Anjouanais en fuite n'est pas loin de penser que c'est justement en raison de "la probable délivrance" de cette autorisation de séjour - le tribunal administratif statue sur ce dossier ce dimanche -, que les Comores ont émis leur demande d'arrestation provisoire.
" Je suis scandalisée par cette mesure. C'est une man?uvre politique qui se joue du pouvoir judiciaire. Il n'y a malheureusement pas grand-chose à faire. Le parquet est lui-même pieds et poing liés " a -t-elle déclaré à l'issue de la présentation de ses clients au tribunal.
Un nouvel épisode de cet imbroglio politico-judiciaire se jouera donc dimanche devant le tribunal administratif


L'appel d'Abdallah Sambi

Par ailleurs dans un discours qu'il a prononcé vendredi à Moroni, d'Abdallah Sambi, président de l'union des Comores a indiqué : " des mandats d'arrêt ont été délivrés. Le Gouvernement a demandé l'extradition. Il appartient à la France de tenir compte de ce qui s'est passé à Ngazidja (Grande Comore - ndlr), à Ndzouani (Anjouan - ndlr), à Mwali (Mohéli - ndlr), à Maore (Mayotte - ndlr)ainsi qu'à La Réunion et en France. Le Gouvernement français doit comprendre que les comoriens soient mécontents". Il a ajouté "On nous rétorque l'existence de la peine de mort dans notre pays. Alors je demande qu'il soit envoyé là il n'y a pas de peine de mort, à Arusha ou à La Haye, mais qu'il soit jugé pour ses crimes".
Enfin, concernant les émeutes et les agressions commises contre des Blancs le mercredi 23 avril à Mayotte par des Anjouanais antio Bacar, le président comorien a estimé : "manifester est un droit et personne ne doit, ne peut vous en empêcher. Alors vous pouvez manifestez. Mais nous ne devons en aucun cas encourir des reproches en le faisant. Ainsi, vous pouvez déployer vos banderoles et dire aux Français qu'ils ne doivent pas accueillir un tel personnage. Mais de grâce, pas d'insultes, pas de jets de pierres, surtout à l'encontre de ressortissants étrangers dans notre pays".
   

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