[VIDÉOS/PHOTOS] 75% des tortues repêchées survivent :

Kélonia : tout pour sauver et soigner les tortues marines


Publié / Actualisé
L'observatoire des tortues marines Kélonia nous a ouvert les portes de son centre de soins. L'observatoire est un lieu de sensibilisation à l'environnement dédié aux tortues. Ce centre de soins accueille les tortues blessées en mer ou malades, avec, comme objectif, de pouvoir les relâcher en mer une fois guéries. Actuellement, le centre accueille 36 tortues, dont une dizaine en soins. (Photo rb/www.ipreunion.com)
L'observatoire des tortues marines Kélonia nous a ouvert les portes de son centre de soins. L'observatoire est un lieu de sensibilisation à l'environnement dédié aux tortues. Ce centre de soins accueille les tortues blessées en mer ou malades, avec, comme objectif, de pouvoir les relâcher en mer une fois guéries. Actuellement, le centre accueille 36 tortues, dont une dizaine en soins. (Photo rb/www.ipreunion.com)

Tout commence par une matinée de soins. Exceptionnellement, le jour où nous y étions, nous avons pu assister à la pesée des tortues marines. En effet, les tortues sont pesées chaque mois, la veille de la venue du vétérinaire. "On les pèse pour voir leur courbe de croissance. Un élément qui permet de vérifier l’état de forme de la tortue", explique Bernardin Ouaratta, technicien-soigneur. La moyenne par mois, est une prise de 2 kilos pour chaque tortue.

Passage également obligé chaque semaine, pour l'ensemble des tortues, à l’étape brossage au sable et toilettage. Viennent ensuite les soins médicaux. Bernardin Ouaratta travaille depuis des années au sein de Kélonia. Technicien-soigneur, il est chargé, avec ses collègues, du suivi des soins et de l’administration des médicaments (antibiotiques, crèmes cicatrisantes, paraffine, anti-douleurs, complément alimentaire…). Concernant l’alimentation, tout dépend du régime de chaque tortue. "On a des tortues herbivores, carnivores et omnivores", explique Bernardin. Il ajoute, "en milieu confiné elles deviennent opportunistes et veulent manger ce qu’on distribue aux autres".

Chaque jour, les tortues en soins passent 40 minutes dans un petit bac d’eau douce. "Ce que l’on fait, c’est qu’on les réhydrate", explique Marie. Des minutes qui permettent également aux soigneurs d’observer l’animal. "On regarde son comportement et si besoin est, en fonction, de rajouter des médicaments."

Pour les nouvelles venues, "la première chose c’est qu’on fait passer une radio, on fait une prise de sang et on repère les blessures ou les éventuels hameçons", explique Bernardin Ouaratta, soigneur à Kélonia. "Après, on les mets sous antibiotiques et anti-douleurs." Chaque tortue est alors mise en quarantaine dans des petits bassins. C’est seulement après quelques semaines de convalescence, que la tortue pourra rejoindre un plus grand bassin pour retrouver un peu d’autonomie et, on l’espère, pouvoir avoir le feu vert du vétérinaire pour retrouver l’océan. Par exemple, Cap Sud, arrivée le 23 mai, a dû être opérée suite à l’ingestion d’un hameçon. "Il était logé au niveau de l’œsophage. Il a donc fallu l’opérer", explique Marie Debord, stagiaire chez Kélonia et étudiante en Master biodiversité, écologie et évolution à Toulouse. "Chaque jour elle a des médicaments pour que ça aille mieux", ajoute la jeune soigneuse.

L’objectif de Kélonia, en plus de soigner les tortues, est de les garder le moins longtemps en captivité afin qu’elles retrouvent leurs repères. Pour ce faire, les équipes de soignants mettent les tortues en condition. "On les mets dans un bassin d’acclimatation aménagé pour que les tortues s’adaptent à un milieu qui ressemblerait à leur espace naturel", indique Bernardin Ouattara, le technicien-soigneur. Mais avant l’étape ultime du relâcher, le vétérinaire doit donner son feu vert. Et tout dépend de l’état de la tortue. Si elle a pris du poids, si ses blessures sont guéries et si elle arrive à s’alimenter de façon autonome.

- 75% des tortues repêchées survivent -

Chaque année, le centre de soins Kélonia reçoit une trentaine de tortues blessées ou mutilées, victimes de pêches accidentelles ou lié au plastique. Depuis 2018, nombreuses tortues sont également victimes de collisions avec les navires. "Ces chocs sont mortels car ce sont des bateaux qui vont très vite et les tortues, même si elles font 30 à 60 kilos, ne résistent pas", explique Stéphane Ciccione, directeur de Kélonia. "Pour celles qu’on récupère, elles ont 75 % de chance survie", explique Stéphane Ciccione. Comme Speedy, relâchée mardi 7 juin 2022, rescapée d’une collision avec un navire. Malheureusement, toutes les histoires ne se terminent pas aussi bien. "On a des tortues qu’on récupère décédée", ajoute Stéphane Ciccione.

Ici, à La Réunion, ce sont les tortues caouannes qui sont les plus souvent repêchées. "Elles se nourrissent au large, c’est pour cela qu’elles ont plus de chance d’entrer en contact avec des bateaux et engins de pêche", explique Marie, la jeune stagiaire.

Dernièrement, deux tortues imbriquées ont été victimes de cordage et fils de pêche. La première, a été trouvée morte à Sainte-Rose par des plongeurs. La seconde a elle été observée au Cap Lahoussaye. Mais pour l’heure, les soignants n’ont pas pu la voir. "On attend que la houle baisse pour retourner sur site et essayer de la récupérer en espérant que cela ne sera pas trop tard", indique Stéphane Ciccione.

Ce que souhaite le directeur du centre, c’est que la dizaine de tortues soient relâchées. Mais malheureusement toutes n’ont pas cette chance. "Parfois certaines tortues n’ont pas la capacité de survivre en mer car elles sont borgnes ou ont une amputation grave des nageoires", explique Stéphane Ciccione. La plus ancienne des tortues de Kélonia est arrivée dans le milieu des années 1980, "à l’époque de l’élevage des tortues", se souvient le directeur. En 2022, elle est toujours là !

Au cœur de l’observatoire, quatre espèces de tortues cohabitent : la tortue caouanne, la tortue verte, la tortue olivâtre et la tortue imbriquée. Chacune a sa particularité, comme explique Marie Debord, stagiaire chez Kélonia. "Les tortues caouannes sont carnivores et ont la mâchoire carrée. On la reconnaît par sa couleur orange." La tortue verte quant à elle, "a des motifs sur sa carapace. Sa couleur peut aller du brun, au vert, voire même au gris. Elle a également une tête plus arrondie". "L’imbriquée se reconnaît par son bec crochu et une mâchoire très puissante", explique Marie Dabord. "Ses écailles sont comme imbriquées, d’où son nom." Dernière tortue, la tortue olivâtre. "C’est la plus petite des tortues de mer. On la reconnaît pas sa couleur olive", termine Marie.

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- Suivre le quotidien des tortues pour mieux les protéger -

Plusieurs tortues du centre Kélonia ont la chance de retrouver l’océan à l’issue de leur convalescence. Certaines sont photos identifiées, tandis que d’autres sont équipées de balises. Par exemple, Speedy, la tortue relâchée, à elle été photo identifiée. Ce qui veut dire qu’elle est reconnaissable grâce à son profil, une caractéristique physique de l’animal qui n’évolue pas avec l’âge.

Concernant les pontes, seules deux femelles ont pondu plusieurs fois sur les plages de La Réunion : Emma et Gaby. En novembre 2021, Emma était attendue, mais elle n’est pas venue explique Kélonia. "Une tortue qui pourtant jusqu’à présent était très régulière et fidèle", souligne Stéphane Ciccione. Pour les soigneurs, deux explications sont possibles. "Soit elle a trouvé moins de nourriture qu’habituellement et n'a pas pu reconstituer en trois ans les réserves graisseurs nécessaires à sa reproduction, soit elle a eu un problème." Piste crainte par Kélonia, notamment celle d’une éventuelle collision avec un bateau. Pour Gaby, "difficile de savoir quand elle reviendra car l’espace entre ses saisons de ponte a toujours été irrégulier".

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- Prise de pêche accidentelle et navires, des dangers pour les tortues marines –

Le centre de soins de Kélonia souhaite alerter la population sur la préservation des tortues marines. "Les tortues sont toutes sur la liste rouge de l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature) et en annexe Ia de la convention de Washington (CITES)", indique Stéphane Ciccione.

Il explique que, "même si les populations de tortues augmentent à La Réunion depuis ces dernières décennies, sur la liste rouge Réunion, la tortue verte est en danger, la tortue imbriquée est en danger critique". Pour les trois autres espèces : caouanne, olivâtre et Luth, les données ne sont pas suffisantes pour savoir si elles font partie des espèces menacées.

Présentes dans tous les océans du monde à l'exception de l'océan Arctique, six des sept espèces sont vulnérables ou menacées. Si les tortues marines font localement l'objet de protection ou de plan de restauration, la pollution, le braconnage et les prises accidentelles par engins de pêche restent des causes préoccupantes de recul de populations.

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