Fact checking :

Attention aux fausses affirmations de ce médecin américain sur le Covid-19 et les vaccins ARN messager


Publié / Actualisé
Une vidéo dans laquelle un médecin américain affirme que les vaccins ARN messager contre le Covid-19 sont toxiques et que la protéine spike qu'ils génèrent provoque des maladies similaires au Covid-19, cumule plusieurs centaines de vues ces dernières semaines. Ces affirmations sont fausses. Les vaccins à technologie ARN messager ont démontré leur sûreté après des millions d'injections selon les autorités et les experts. Contrairement au virus qui provoque le Covid-19, la protéine spike créée par le vaccin ne peut pas déclencher de maladie, comme l'ont expliqué plusieurs experts à l'AFP
Une vidéo dans laquelle un médecin américain affirme que les vaccins ARN messager contre le Covid-19 sont toxiques et que la protéine spike qu'ils génèrent provoque des maladies similaires au Covid-19, cumule plusieurs centaines de vues ces dernières semaines. Ces affirmations sont fausses. Les vaccins à technologie ARN messager ont démontré leur sûreté après des millions d'injections selon les autorités et les experts. Contrairement au virus qui provoque le Covid-19, la protéine spike créée par le vaccin ne peut pas déclencher de maladie, comme l'ont expliqué plusieurs experts à l'AFP

Cette vidéo de 17 minutes a été partagée plus de 400 fois selon l'outil de mesure d'audience Crowdtangle. On y voit le médecin américain Ryan Cole prétendre que les vaccins ARN messager sont toxiques et que la protéine spike contenue dans le vaccin provoquerait "la même maladie que le Covid-19" et abîmerait des organes vitaux.

Ryan Cole est un dermatologue spécialisé en dermatopathologie et propriétaire d'un laboratoire d'analyses médicales dans l'état américain de l'Idaho. Il est connu pour ses positions anti vaccins et affirme notamment que le vaccin contre le Covid provoquerait des cancers. Ce n'est pas la première fois qu'il propage des fausses informations sur la vaccination et le Covid-19, comme l'ont déjà démontré cette année deux autres organisations de fact-checking ici ou .

Sa dernière vidéo devenue virale a été enregistrée lors du sommet d'"America's frontline doctors", un rassemblement qui a eu lieu le 27 juillet dans le Texas, pour marquer la première année d'existence du groupe. Sur son site, l'organisation se dit apolitique et à but non lucratif qui a déjà propagé de fausses informations sur le Covid-19. Lors du rassemblement du 27 juillet, Ryan Cole a été présenté comme nouveau membre de l'organisation.

La vidéo contient de fausses affirmations, comme l'ont expliqué plusieurs experts à l'AFP. Elle circule également en Serbie et en Ethiopie.

Capture d'écran réalisée le 27/09/21.

La protéine spike des vaccins ARN messager contre le Covid-19 n'est pas toxique et ne peut pas causer de maladies comme le Covid-19

Ryan Cole parle principalement des vaccins ARN messager, comme ceux développés par Pfizer-BioNTech et Moderna. Cette technologie est différente de celle des précédents vaccins. Au lieu de confronter le système immunitaire à une partie d'un virus affaibli ou d'une forme inactive du virus pour construire des anticorps, ces vaccins donnent aux cellules un "programme" pour construire une partie du virus -- la protéine spike -- que le corps peut ensuite reconnaître et se préparer à affronter quand il y est vraiment confronté.

Dans son intervention, Ryle Cole affirme qu'après l'injection d'un vaccin ARN messager, "la protéine spike ne reste pas dans le muscle, la protéine spike circule dans votre corps et atterrit sur plusieurs organes."

Il dit également, citant de prétendues études sur des animaux en laboratoire, que la protéine spike créée par les vaccins ARN messager "provoque les mêmes maladies que provoque le Covid-19. La même maladie des poumons, la même maladie vasculaire, la même maladie du coeur, la même maladie du cerveau. La protéine spike est toxique."

Ces affirmations, si elles étaient avérées, seraient explosives : les vaccins à ARN messager transportent des informations permettant aux cellules de reproduire la protéine Spike caractéristique du virus du Covid-19 et de produire ainsi des anticorps, mais cette protéine est considérée comme inoffensive et est censée rester dans le tissu musculaire autour du point d'injection.

Mais cette affirmation est fausse.

"La protéine spike (S) ne circule pas dans le corps. Un petite quantité de protéine S pourrait être trouvée dans le sang peu après la première dose de vaccin, comme dans divers tissus et organes, mais la vaste majorité de la quantité de protéine S est dans le muscle (là où elle a été injectée - 60%) et le proche ganglion lymphatique (30%) et cela booste la réponse immunitaire à cet endroit," a expliqué à l'AFP le Dr Oliver Stojkovic, généticien et professeur à la Faculté de médecine de l'Université de Belgrade.

"Une toute petite quantité de protéine spike pourrait être trouvée (dans les premiers jours suivant la vaccination) dans le sang, mais en allant jusqu'au foie ce sera détruit par des enzymes et à travers les reins, puis éliminé par l'urine," a-t-il expliqué dans un email à l'AFP le 13 août.

C'est aussi ce qu'affirme Milos Babic, biologiste moléculaire et neurobiologiste, directeur de recherches à BioSpyder Technologies: "De très faibles quantités de protéine spike pourraient entrer en circulation (des picogrammes, qui pourraient seulement être détectés avec la méthode de détection la plus sensible). Néanmoins, pas même une dose proche de cette quantité ne pourrait provoquer des maladies comme le Covid," a-t-il expliqué à l'AFP par email le 14 août.

"Même si l'on pouvait imaginer que la protéine spike était toxique, ses quantités dans un organisme sont beaucoup plus élevées pendant une infection bénigne que dans un vaccin. Donc même si c'était le cas, il serait plus intelligent de se faire vacciner que d'être infecté," a-t-il ajouté.

Au 27 septembre 2021, un total de 5,874,934,542 doses de vaccin ont été administrées dans le monde et à ce jour, aucun des effets secondaires rapportés n'inclut ces affirmations.

La protéine spike ne "circule" pas pendant des semaines

Pour soutenir son argument, le Dr Cole cite une "étude d'Harvard sur 13 infirmières dans laquelle il est démontré que la protéine spike circule pendant au moins deux semaines." Toutefois, l'un des auteurs de cette étude, le chercheur David Walt a affirmé à l'AFP en juin que l'objectif de la recherche était de collecter des données scientifiques sur la circulation des antigènes, de la protéine spike propre au SARS-CoV-2 qui permet la production d'anticorps.

Dans l'étude, des bouts de protéines spike ont été trouvées dans le plasma sanguin de 11 des 13 personnes vaccinées et des spikes entiers dans seulement trois. Même si l'étude n'a pas pu expliquer pourquoi cela est arrivé, elle a trouvé que la concentration de protéines de SARS-CoV-2 a progressivement diminué tandis que la concentration en anticorps a augmenté. Les bouts partiels de spike ont disparu du plasma de toutes les personnes vaccinées au bout de 14 jours. Les spikes complets observés chez trois des personnes vaccinées n'étaient détectables qu'après la première dose de vaccin et ont disparu après la deuxième dose.

Ces résultats ne signifient pas que la présence de protéine de spike est dangereuse, a expliqué David Walt, indiquant que l'effet toxique de fortes concentrations de protéine spike chez certains patients infectés ne devrait pas être confondu avec la très faible concentration de protéine de spike trouvée chez certains des participants à l'étude vaccinés. "Notre conclusion, c'est que le vaccin marche comme prévu," a-t-il expliqué.

Seule une très haute concentration de protéine spike pourrait causer des dégâts, mais ce n'est pas le cas après la vaccination, selon Christian Munz, professeur d'immunologie virale à l'Université de Zurich en Suisse, que l'AFP avait contacté le 6 mai. Le Dr Stojkovic est d'accord: "Ni le vaccin ni les protéines synthétisées à partir de ce vaccin ne peuvent causer de maladies caractéristiques pour le Covid-19."

Une seringue remplie d'une première dose de vaccin Pfizer contre le Covid-19 à Los Angeles, Californie le 7 août 2021. ( AFP / Patrick T. FALLON)

La recherche suggère que les vaccins protègent contre le SARS-CoV-2

Dans la vidéo, Ryan Cole cite également les résultats d'une étude menée par une équipe de scientifiques de l'Institut d'études biologiques Salk, et publiée dans le journal scientifique Circulation Research, pour appuyer ses affirmations sur les dangers supposés de la protéine spike. Selon le Dr Stojkovic, ses propos reposent sur une mauvaise interprétation des résultats de l'étude.

Stojkovic explique que dans l'étude, les chercheurs montrent que si une énorme quantité de protéines (100 millions -- et non pas un vaccin ARN messager lui-même -- est injecté dans des hamsters, cela provoquera des dégâts dans les poumons et de la mitochondrie dans les cellules d'une artère de poumon.

Cependant, "quand on parle de vaccin et de protéine spike synthétisée à partir du vaccin, la quantité de protéine S dans le muscle et dans la glande lymphatique à proximité est très petite, beaucoup plus petite que ces 100 millions," a-t-il ajouté.

Glen Pyle, un professeur du département de sciences biomédicales à l'Université de Guelph, a écrit sur les fausses informations qui circulent concernant les dangers de la protéine spike dans les vaccins : "les affirmations sur une catastrophe vaccinale imminente provoquée par les protéines spike induites par le vaccin omet de prendre en compte que la protéine spike des vaccins est différente de sa forme naturelle, que sa forme artificielle évite l'activation et que de multiples éléments limitent l'expression de la protéine spike à une collection de cellules hyper localisées, dont le but est d'activer l'immunité que les vaccins sont conçus pour produire."

Pas de preuves d'un risque pour la barrière hémato-encéphalique

Ryan Cola affirme également que la protéine spike peut "percer la barrière hémato-encéphalique et causer des dégâts dans le cerveau." L'AFP Serbie a déjà démontré que cette affirmation était fausse ici, en Mai.

Daniel Dunia, directeur de la recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) avait alors expliqué à l'AFP que le vaccin ARN messager est injecté localement dans le muscle et que la manifestation de la protéine spike est limité aux cellules visées initialement pour déclencher une réponse immunitaire. Il ajoute: "Même lorsqu'une personne souffre d'une sérieuse infection du Covid, il n'y a pas de preuve directe de dégâts à la barrière hémato-encéphalique directement liée au virus."

Recontacté par l'AFP le 13 août 2021, Daniel Duna a confirmé à l'AFP par mail qu'il n'y avait actuellement aucune base scientifique permettant d'affirmer que les vaccins ARN messager causeraient des maladies neurodégénératives. "De plus, il n'y a aucun effet secondaire lié au vaccin ARN message signalé, sans compter la fièvre classique que l'on connaît avec beaucoup de vaccins," a-t-il dit.

De rares cas de myocardite suite à la vaccination font l'objet d'une enquête

Ryan Cola affirme aussi que "la protéine spike (du vaccin) attaque les tissus en leur coeur, provoquant des myocardites et des péricardites," qui ont augmenté "de 200 fois dans notre société actuellement", dit-il sans nommer de source.

Il est vrai que les vaccins ARN messager ont été liés à des cas d'inflammations cardiaques, que l'on appelle myocardite et péricardite. Mais ces cas restent rares, selon les Centers for Diseases and Prevention Control (CDC) aux Etats Unis et l'Agence Européenne du Médicament (AEM).

Dans une déclaration publiée le 9 Juillet 2021, l'AEM a affirmé "recommander que l'on liste les myocardites et péricardites comme nouveaux effets secondaires" pour les vaccins Pfizer et Moderna, afin de sensibiliser "les professionnels de la santé et les personnes recevant ces vaccins."

La CDC recommande toujours la vaccination contre le Covid-19, car les risques associés à la maladie sont beaucoup plus élevés que ceux de myocardite. La myocardite est aussi un risque associé à l'infection au Sars-Cov-2.

Sur un total de 388,936,652 doses de vaccins administrés aux Etats-Unis à la date du 17 septembre 2021, la CDC affirme qu'elle a reçu "1.253 signalements de myocardites et péricardites au sein de la population âgée de 30 ans ou moins qui a reçu le vaccin contre le Covid-19."

Dans une lettre de recherche publiée le 4 août 2021, des scientifiques du Providence Regional Medical Center Everett dans l'état de Washington, ont étudié les cas de patients diagnostiqués avec une myocardite ou une péricardite après avoir reçu le vaccin contre le Covid-19 de 40 hôpitaux américains. Ils ont trouvé que tous les patients s'étaient remis de leurs symptômes et qu'il n'y avait pas eu de morts. La lettre note également une hausse des signalements de myocardites et péricardites.
 

Katarina SUBASIC, AFP Belgrade

   

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