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Attention aux affirmations de ce médecin sud-africain qui prétend que le vaccin "empoisonne" la population


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Les vaccins anti-Covid constitueraient un "danger" et tueraient "des millions de personnes dans le monde" en permettant à la protéine Spike de se multiplier dans le corps des vaccinés pour les "empoisonner lentement", affirme un médecin sud-africain dans une vidéo très relayée sur les réseaux sociaux depuis fin novembre. Les données scientifiques connues à ce jour vont à l'encontre de ces affirmations, selon plusieurs experts interrogés par l'AFP.

Les vaccins contre le Covid-19 "empoisonnent" des "millions de personnes dans le monde", le tout "sans que personne ne s'en rende compte" car les décès n'interviendraient pas directement après les injections, affirme un homme présenté comme le "Dr. Shankara Chetty", un médecin sud-africain, dans une vidéo d'une petite dizaine de minutes vue plusieurs milliers de fois depuis fin novembre.

Il y prétend que la protéine Spike, produite par le corps après la vaccination, se multiplie pendant "longtemps", empoisonnant les personnes vaccinées progressivement, ce qui provoquerait chez elles des réactions allergiques menant à leur mort.

Sur LinkedIn, un profil à ce nom indique que Shankara Chetty est un "médecin de famille" de Port-Edward, en Afrique du Sud. La page du réseau social professionnel renvoie également à un article sur son travail dans lequel il parle du coronavirus, se fondant sur sa propre expérience.

Capture d'écran du site "Marseille news", prise le 02/12/2021
Capture d'écran Twitter, prise le 02/12/2021

 

 

Capture d'écran Odysee, prise le 02/12/2021

La vidéo dans laquelle il intervient en anglais, sous-titrée en français, a été vue par des milliers d'utilisateurs sur les plateformes de partage de vidéos Odysee ou Rumble depuis fin novembre et partagée des dizaines de fois sur Twitter (1, 2) et Telegram. Les propos du médecin sud-africain ont aussi été relayés sur d'autres sites (1, 2), puis partagés à quelques centaines de reprises, selon l'outil de mesure de l'audience sur les réseaux sociaux Crowdtangle.

Les mêmes allégations ont également été partagées par des centaines internautes allemands sur Facebook (1, 2, 3) et Telegram (1, 2).

Au moins cinq affirmations véhiculées par Shankara Chetty dans cette vidéo sont pourtant infondées, comme l'ont déjà précisé plusieurs chercheurs et experts auprès de l'AFP.

La protéine Spike et les vaccins à ARNm

La protéine Spike, pour "pointe" en anglais, aussi appelée protéine S, permet au virus du SARS-CoV-2 de s'accrocher à une cellule-hôte et d'y entrer. C'est aussi elle qui crée la forme de "couronne" du virus, qui lui donne son nom. Depuis le début de la pandémie, elle fait l'objet de nombreuses recherches, comme indiqué sur le site de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

La structure du SARS-Cov-2, le coronavirus à l'origine du Covid-19 ( AFP / John SAEKI, Laurence CHU)

Spike est ainsi centrale dans le fonctionnement des vaccins à ARNm contre ce coronavirus. Ces derniers ne contiennent toutefois pas la protéine elle-même, mais ils transmettent plutôt un mode d'emploi génétique pour qu'elle puisse être construite par notre corps.

C'est le principe des vaccins de Pfizer-BioNtech et Moderna. Ils utilisent des fragments d'ARN pour stimuler les cellules musculaires de l'organisme afin qu'elles produisent des protéines S, comme cela est détaillé sur cette page du site de l'Inserm.

Ces protéines Spike sont ensuite reconnues par l'organisme et détruites. La réaction immunitaire qui en résulte protègera ensuite en cas de rencontre avec le "véritable" coronavirus.

La protéine Spike se multiplie pendant "longtemps" dans le corps après la vaccination et est alors "toxique" - infondé

C'est la principale affirmation de Shankara Chetty, qu'il réitère à plusieurs reprises au cours de la vidéo. Cependant, elle est infondée : la production de la protéine Spike par le vaccin est localisée et transitoire.

"Le vaccin à ARN messager est injecté localement dans le muscle et l'expression de la protéine Spike sera limitée aux cellules initialement visées pour déclencher la réponse immunitaire. L'ARN messager est instable et va être dégradé rapidement", avait en mai dernier indiqué Daniel Dunia, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Contrairement à un cas d'infection par le SARS-CoV-2, la protéine S produite après une vaccination n'est pas multipliée par la prolifération du virus. Les cellules musculaires produisent cette dernière principalement de manière locale et pour une courte période seulement, le corps la décompose ensuite, avait aussi expliqué Peter Murray, directeur du groupe de recherche sur la régulation immunitaire à l'Institut de recherches en biologie allemand Max Planck début juin.

Le professeur du département de médecine de l'université américaine d'Harvard, David Walt, avait aussi précisé le 11 juin que chez certains patients atteins d'infections graves, chez lesquelles le virus se multiplie dans l'organisme, il est vrai que ces protéines peuvent être présentes en grand nombre dans l'organisme et être toxiques. Mais ce n'est pas le cas chez les patients vaccinés.

"Les niveaux que nous avons mesurés après la vaccination chez certaines personnes sont incroyablement bas, et nous n'avons pas trouvé de protéines Spike entières chez la plupart des personnes vaccinées", abondait le professeur de l'université américaine, qui a travaillé sur ce sujet dans une étude. "Notre conclusion est que le vaccin fonctionne comme prévu", assurait-il encore.

De plus, les dommages prétendument causés par les protéines Spike auraient déjà dû être visibles chez les personnes vaccinées dans le monde entier. L'accumulation et les effets indésirables qui en découlent auraient du commencer peu de temps après la vaccination, lorsque la concentration d'ARNm et la production de ces protéines qui en découle sont élevées, estimait en juin le virologue Frank Kirchhoff.

La plupart des campagnes de vaccination ont débuté en décembre 2020 et les résultats des études menées jusqu'à présent ont démontré une efficacité et une sécurité élevées, selon les autorités sanitaires (1, 2).

Des "parties de la protéine du VIH" dans la protéine Spike - faux

Selon Shankara Chetty, des "parties de la protéine du VIH" (le virus de l'immunodéficience humaine, qui peut être responsable du Sida) se retrouveraient également dans la protéine Spike.

Deux chercheurs interrogés à ce sujet par l'AFP ont réfuté cette affirmation.

"Le VIH et le SARS-CoV-2 ne sont certainement pas apparentés et proviennent de familles de virus très différentes. La protéine Spike du SARS-CoV-2 codée dans les vaccins à ARNm ne ressemble donc pas aux protéines du VIH et n'en 'contient' pas", ont assuré Björn Jensen, le chef du service d'infectiologie spéciale de l'hôpital universitaire de Düsseldorf, et le professeur Jörg Timm, directeur de l'institut de virologie du même établissement, interrogés par l'AFP le 29 novembre.

Les protéines Spike "détruisent" les "parois des vaisseaux sanguins" en circulant dans le corps - infondé

"Pour que la protéine Spike puisse endommager les cellules endothéliales des vaisseaux sanguins, il faudrait qu'elle soit présente en grande quantité dans le flux sanguin", avait expliqué le 6 mai le professeur d'immunobiologie virale à l'université de Zürich Christian Münz. Or, ce n'est pas le cas après une injection : "la vaccination est administrée par voie intramusculaire, ce qui entraîne principalement le développement des Spike dans les cellules musculaires", selon lui.

La directrice du groupe de recherche en biochimie et chimie bio-organique de l'université de Leipzig, Annette Beck-Sickinger, allait dans le même sens : "après la vaccination, nous n'avons donc pas de protéine Spike libre qui se promène dans le corps et détruit nos vaisseaux. Les cellules musculaires sont solidement ancrées dans le muscle".

En outre, s'il y avait une production de protéines Spike dans le sang, cela ne serait pas nécessairement alarmant, estimait le chercheur de l'université de Tübingen Daniel Sauter dans un autre article en juin.

"La détection de protéine Spike libre en dehors de la zone d'injection ne serait pas nécessairement liée à des effets secondaires ou à une toxicité, et ne serait donc pas directement inquiétante. Des centaines de milliers de protéines circulent dans l'organisme, sont métabolisées et dégradées dans différents organes. La présence de protéines étrangères à l'organisme dans le sang n'est pas nécessairement associée à des effets toxiques", analysait-il.

La vaccination entraine des "réactions auto-immunes"- "de la pure spéculation"

Shankara Chetty affirme aussi que puisque la protéine Spike est produite dans "différents tissus de notre corps", ceux-ci finiraient par être reconnus comme "étrangers". Le tout déclencherait contre ces derniers "une multitude de réponses auto-immunes" détruisant nos propres cellules.

En décembre 2020 déjà, l'immunologiste Peter Murray expliquait à l'AFP que mettre en avant des réactions auto-immunes après la vaccination, "c'est de la pure spéculation, qui peut déclencher des craintes à l'égard de la vaccination".

"La probabilité d'une réaction immunitaire due au vaccin développée contre une protéine spécifique du corps est extraordinairement faible", détaillait-il.

Si le système immunitaire fonctionne normalement, il peut distinguer les protéines étrangères des protéines propres au corps, et est entrainé pour ne pas s'attaquer à ces dernières, précisait-il. Les maladies auto-immunes constituent une exception, comme indiqué sur le site de l'Inserm. Cependant, la vaccination avec des ARNm n'a pas de lien avec ces maladies.

"Qu'un vaccin à ARN messager génère une maladie auto-immune, c'est par nature impossible. Les vaccins par ARN ne rentrent pas dans le noyau de la cellule et sont dégradés très rapidement. Les molécules que l'on injecte n'existent plus chez la personne qui les a reçues au bout d'un jour ou deux maximum", affirmait ainsi Frédéric Altare, directeur de recherche à l'Inserm, dans un entretien à Ouest France fin août.

Le ministère autrichien de la Santé indique aussi sur son site que "des études n'ont pu jusqu'à présent démontrer aucun lien de causalité entre une vaccination et une maladie auto-immune ou une maladie inflammatoire chronique nouvellement apparue ou une poussée d'une maladie déjà existante". A l'inverse, pour les personnes souffrant de maladies auto-immunes, le Covid représente un risque plus élevé. L'Institut Robert Koch, organisme de santé à l'échelon fédéral allemand, parvient à la même conclusion.

Le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale français a par ailleurs indiqué, dans une recommandation émise le 26 novembre, que "les maladies auto-immunes, dont la polyarthrite rhumatoïde et la sclérose en plaques (SEP), ne sont pas des contre-indications à la vaccination anti-Covid-19"

La vaccination aggrave les risques de "cancers" et "autres maladies" vasculaires ou cardiaques - les données tendent à montrer l'inverse

Shankara Chetty conclut son intervention en affirmant que des maladies déjà existantes, comme les cancers ou d'autres maladies vasculaires et cardiaques, seraient "aggravées" par la vaccination contre le Covid.

Une porte-parole du Centre allemand de recherche sur le cancer avait déjà déclaré le 20 octobre à l'AFP qu'aucun développement de cancer n'a, pour l'heure, été observé en lien avec la vaccination. "On ne connaît pas d'augmentation du nombre de cas liés à la vaccination", affirmait-il.

Un porte-parole de l'Institut néerlandais du cancer avait déclaré à l'AFP fin août : "je n'ai pas connaissance de données indiquant que la vaccination aurait une influence négative sur une réponse immunitaire contre les cellules cancéreuses et, en raison du mécanisme d'action des vaccins, il n'y a aucune raison de le supposer".

Dans un article de la Société allemande d'hématologie et d'oncologie du 11 mars, on peut également lire que "de nombreuses études sur la vaccination de patients atteints de cancer et sur d'autres vaccins ne font état d'aucun rapport indiquant que les vaccins peuvent effectivement déclencher une rechute du cancer".

Le site de l'Institut national du cancer français indique quant à lui que "les personnes atteintes de cancer qui suivent un traitement diminuant leurs défenses immunitaires sont à risque de formes graves de Covid-19. Le vaccin peut les protéger", rappelant que "la décision de votre vaccination sera prise avec votre équipe médicale, en fonction notamment de vos traitements en cours, de votre état général et de la nature du vaccin".

"Il est absolument crucial que les personnes atteintes de cancer se fassent vacciner et plus qu'un conseil, il s'agit d'une vive recommandation", rappelait en outre la Direction Générale de la Santé début novembre auprès de l'AFP, alors que les cancers représentent en France la première cause de décès chez l’homme et la deuxième chez la femme.

Dans son avis du 2 mars 2021, la Haute autorité de santé souligne que le cancer figure parmi la liste des pathologies à haut risque de développer une forme grave de Covid-19 et de décéder de la maladie.

Depuis le 1er septembre, les personnes atteintes d’un cancer sont, à ce titre, prioritaires pour bénéficier d'une dose de rappel, face à la perte d'efficacité des vaccins anti-Covid au cours du temps.

Au sujet des atteintes vasculaires et cardiaques potentiellement liées au vaccin, début novembre 2021, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a aussi publié un point sur les données de pharmacovigilance concernant les cas de myocardites et de péricardites, des inflammations des muscles cardiaques, signalés après la vaccination chez des personnes âgées de 12 à 50 ans en France.

"Cette étude confirme l'existence d'un risque peu fréquent de myocardite et péricardite dans les 7 jours suivant une vaccination contre la Covid-19 avec un vaccin ARNm (Comirnaty et Spikevax) chez les personnes âgées de 12 à 50 ans, particulièrement chez les jeunes de 12 à 29 ans. Ce risque est plus élevé avec le vaccin Spikevax. Cette étude confirme également l'évolution clinique favorable des cas de myocardite et péricardite suite à la vaccination. Aucun décès n’a été rapporté parmi les personnes hospitalisées pour une myocardite ou une péricardite suite à la vaccination", indique ainsi l'ANSM.

En Allemagne, le dernier rapport de sécurité des vaccins de l'Institut de santé Paul-Ehrlich, daté du 26 octobre, indique également que de très rares cas de myocardite ont été rapportés après des vaccinations par ARNm, surtout chez des jeunes hommes. Toutefois, la plupart des patients se rétablissent rapidement, note le document.

L'ANSM signale aussi d'autres éléments "à surveiller" dans son rapport au sujet des effets secondaires potentiels survenant après la vaccination avec des vaccins à ARNm, comme des cas d'hypertension artérielle.

Au 1er décembre 2021, environ 50,9 millions de personnes étaient entièrement vaccinées en France, selon les chiffres de Santé Publique France.

Le nombre de vaccinés en France, selon le site de Santé Publique France, capture d'écran prise le 03/12/2021

Selon le dernier point de surveillance des vaccins mis en ligne sur le site de l'ANSM, au 11 novembre, 111.335 cas d'effets secondaires potentiels survenus après la vaccination avaient été signalés en France, pour 100.798.500 injections réalisées au total à cette date.

"La majorité des effets indésirables sont attendus et non graves", notait l'ANSM.

Au 3 décembre 2021, la pandémie a fait au moins 5.233.111 morts dans le monde depuis fin 2019, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles.

Nombre de morts liés au coronavirus officiellement annoncés par pays, au 3 décembre à 11H00 GMT ( AFP / Simon MALFATTO, Sabrina BLANCHARD)

L'AFP a déjà consacré plusieurs articles de vérification à des affirmations sur la prétendue dangerosité des protéines Spike produites lors de la vaccination, comme ici ou ici en français ou encore , ou en allemand.



Saladin SALEM, AFP Allemagne, AFP France
   

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