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Attention à ces publications qui affirment que les soignants du CHU de Guadeloupe ont eu l'ordre de cacher les patients vaccinés


Publié / Actualisé
Les soignants du CHU de Guadeloupe auraient eu l'ordre de cacher les patients vaccinés admis pour Covid-19, affirment des articles largement relayés ces dernières semaines. L'ARS de Guadeloupe et deux soignantes dont la vice-présidente de la Commission médicale d'établissement du CHU démentent l'existence d'un tel ordre. Selon cette dernière, même s'il avait été donné, il ne pourrait avoir d'impact sur les statistiques de cet hôpital, fondées sur les données enregistrées sur la carte vitale.
Les soignants du CHU de Guadeloupe auraient eu l'ordre de cacher les patients vaccinés admis pour Covid-19, affirment des articles largement relayés ces dernières semaines. L'ARS de Guadeloupe et deux soignantes dont la vice-présidente de la Commission médicale d'établissement du CHU démentent l'existence d'un tel ordre. Selon cette dernière, même s'il avait été donné, il ne pourrait avoir d'impact sur les statistiques de cet hôpital, fondées sur les données enregistrées sur la carte vitale.

"Selon les pompiers, le CHU de Guadeloupe a ordre de cacher les vaccinés hospitalisés", affirment des articles (1, 2) et vidéos (1, 2) partagés à plusieurs milliers de reprises depuis le 19 novembre, relayant les propos de l'avocate guadeloupéenne Ellen Bessis.

Capture d'écran du site "Le Courrier des stratèges", prise le 08/12/2021

Les mêmes affirmations ont aussi été véhiculées par l'avocate dans un entretien vidéo publié début décembre par France Soir (déjà épinglé pour véhiculer des informations infondées liées à la pandémie), qui a déjà fait l'objet d'un article de vérification de l'AFP.

Un "ordre" pour éviter de faire apparaître les patients Covid vaccinés dans les données

Me Ellen Bessis affirme aussi que le personnel soignant du CHU de Guadeloupe a reçu un "ordre" lui intimant "cacher" le statut vaccinal des patients atteints de Covid hospitalisés ou décédés. Elle ajoute tenir ces informations de "pompiers" et de "soignants de l'hôpital" qui le lui auraient "confirmé".

Elle explique ainsi que lors du transport des patients à l'hôpital "les pompiers remplissent un questionnaire avec le patient, quand il est en état de parler, ou avec sa famille". Le statut vaccinal du patient figure ainsi, selon elle, parmi les questions posées.

"Quand ils arrivent à l'hôpital, là c'est 'au secours mais vous êtes fous on ne met pas ça, vous le rayez, dans notre dossier on ne doit pas faire état du statut vaccinal, surtout s'il est complet, quelqu'un qui a un statut vaccinal deux doses, surtout on ne doit pas le mettre sur le dossier'", dit-elle savoir de ses "sources".

"Aujourd'hui, quand on vous annonce les morts Covid en vous disant que la plupart des hospitalisés voire des morts, ce sont des gens qui ne sont pas vaccinés, c'est un mensonge qui est extraordinairement énorme", conclut-elle.

La commission médicale de l'hôpital "choquée par ce type d'accusations"

L'affirmation avait déjà été démentie fin novembre par l'ARS de Guadeloupe auprès de l'AFP. "Jamais cet ordre n'a été donné. C'est une vidéo grotesque avec des gens qui mentent", maintient cette dernière le 6 décembre auprès de l'AFP.

La Dr. Frédérique Dulorme, pédiatre et présidente de l'union régionale des médecins libéraux (URPS) de Guadeloupe, assure aussi auprès de l'AFP le 7 décembre qu'il s'agit d'une affirmation infondée.

Tania Foucan, vice-présidente de la Commission médicale d'établissement (CME) du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Pointe-à-Pitre, réfute également l'existence d'une telle consigne au CHU le 7 décembre auprès de l'AFP, et affirme que la commission médicale de l'hôpital est "extrêmement choquée par ce type d'accusations".

"La question 'êtes-vous vacciné' est effectivement posée, avec d'autres sur les antécédents médicaux, mais les patients et leur famille peuvent dire non, ou peuvent ne pas y répondre. On a vu des patients qui ne souhaitaient pas dire qu'ils n'étaient pas vaccinés, de peur d'être refusés de l'hôpital. Dans ce cas, les médecins n'insistent pas, pour maintenir une bonne relation entre patient et soignant. Peut-être que des gens ont donc pu avoir l'impression que ces données n'étaient pas toujours récoltées", détaille Tania Foucan.

Les données statistiques pas fondées sur le déclaratif

Par ailleurs, selon elle, même si un tel ordre avait été donné, il ne pourrait pas avoir d'impact sur les statistiques sortant de l'hôpital, celles-ci se fondant sur les données médicales du dossier médical partagé, accessible lorsque la personne admise à l'hôpital présente sa carte vitale, et qui comprennent des informations nécessaires au suivi médical d'un patient, dont son statut vaccinal.

Sur le site de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES), qui publie notamment les statistiques liées au pourcentage de personnes vaccinées parmi les hospitalisations, on peut aussi lire que "les taux de couverture vaccinale utilisés ici ont été estimés par la DREES en mobilisant, pour les numérateurs, la source VAC-SI suivant une extraction issue du portail SNDS de la CNAM", c'est-à-dire le système national des données de santé de la caisse nationale d'assurance maladie.

En jetant un oeil à ces données, mises à jour le 3 décembre, on peut par ailleurs observer que si la courbe des vaccinés hospitalisés pour Covid en Guadeloupe semble largement plus faible que celle des non-vaccinés, elle n'est par ailleurs pas totalement plate, ce qui serait le cas si les hôpitaux n'avaient déclaré aucun vacciné comme avancé dans la vidéo.

Ces affirmations ont émergé, selon Me Ellen Bessis, des pompiers. Or, "je ne vois pas comment les pompiers pourraient savoir cela, les questionnaires ont lieu lorsque les patients sont entrés dans l'hôpital, or les pompiers repartent habituellement après les avoir transportés", témoigne encore Tania Foucan du CHU de Pointe-à-Pitre.

La situation en Guadeloupe

Depuis le début de la pandémie, la Guadeloupe a particulièrement été touchée par la circulation d'informations infondées liées au Covid-19, comme le détaillait déjà cet article de l'AFP Factuel fin novembre.

"De nombreuses inexactitudes circulent : la situation est complètement gangrénée par ces fausses informations", regrette Frédérique Dulorme, la présidente de l'URPS de Guadeloupe auprès de l'AFP le 7 décembre. "C'est très important pour nous, soignants, de contrer ces fake news", conclut-elle.

L'ARS a ainsi, fait singulier, publié sur Facebook plusieurs vidéos pour "démêler le vrai du faux" sur les vaccins et contrer les "fausses informations.

Le gouvernement s'est, de son côté, engagé à fournir aux soignants qui le souhaitent des injections sans ARN messager, répondant à l'une des revendications des opposants à l'obligation vaccinale.

Selon les dernières données de Santé Publique France, au 30 novembre, environ 36% des Guadeloupéens avaient reçu une dose de vaccin, contre 77,4% en moyenne en France, et 33,7% d'entre eux étaient complètement vaccinés, contre 75,8% de la population totale du pays.

La Guadeloupe, mais aussi la Martinique et Saint-Martin, connaissent en outre ces dernières semaines un fort mouvement social, né du refus de l'obligation vaccinale pour soignants et pompiers et qui s'est étendue à des revendications politiques et sociales, notamment contre la vie chère, occasionnant violences, pillages et incendies.



AFP France

   

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