Vérification :

Non, les Etats-Unis n'ont pas abandonné la méthode des tests PCR


Publié / Actualisé
Alors que le nombre de cas de Covid-19 ne cesse d'augmenter dans le monde, plusieurs publications partagées des milliers de fois sur Facebook depuis fin décembre prétendent que les tests PCR ont été jugés inefficaces par les autorités sanitaires américaines. L'agence américaine de santé publique aurait en effet annoncé abandonner la méthode des tests PCR car ils seraient incapables de distinguer le Sars-Cov-2 (virus à l'origine du Covid-19), du virus de la grippe. C'est faux. L'instance continue de promouvoir cette technique mais a décidé de privilégier un test PCR en mesure de détecter plusieurs pathogènes et non plus seulement le Sars-Cov-2. A ce jour, la technique PCR est toujours considérée comme le plus fiable par les autorités sanitaires américaines.
Alors que le nombre de cas de Covid-19 ne cesse d'augmenter dans le monde, plusieurs publications partagées des milliers de fois sur Facebook depuis fin décembre prétendent que les tests PCR ont été jugés inefficaces par les autorités sanitaires américaines. L'agence américaine de santé publique aurait en effet annoncé abandonner la méthode des tests PCR car ils seraient incapables de distinguer le Sars-Cov-2 (virus à l'origine du Covid-19), du virus de la grippe. C'est faux. L'instance continue de promouvoir cette technique mais a décidé de privilégier un test PCR en mesure de détecter plusieurs pathogènes et non plus seulement le Sars-Cov-2. A ce jour, la technique PCR est toujours considérée comme le plus fiable par les autorités sanitaires américaines.

Les autorités sanitaires américaines "admet[tent] que la 'pandémie de Covid' était le produit d’un test inapproprié" : depuis fin décembre, de nombreuses publications (comme celle-ci) très partagées sur internet en France comme aux Etats-Unis affirment que les tests PCR ne seront plus autorisés aux Etats-Unis au 31 décembre 2021, par manque de fiabilité.

Selon leurs auteurs, les autorités américaines auraient reconnu que les tests PCR n'étaient en réalité pas en mesure de distinguer le virus à l'origine du Covid de celui de la grippe. Ces fausses affirmations avaient commencé à circuler aux Etats-Unis dès juillet 2021 sur Instagram (comme ici ou ), avant de refaire surface fin décembre.

Aux Etats-Unis, le site complotiste américain The Gateway Pundit, dont les publications font régulièrement l'objet d'articles de vérification aux Etats-Unis, a notamment publié un article le 29 décembre, qui cumulait au 10 janvier plus de 12.000 partages sur Facebook, selon le logiciel de mesure d'audience sur les réseaux sociaux Crowdtangle.

En France, de nombreuses publications ont aussi essaimé en ligne. Plusieurs sites aux publications déjà plusieurs fois vérifiées par l'AFP Factuel, comme les Moutons enragés ou Réseau international, ont repris cette allégation, partagée plusieurs centaines de fois sur Facebook . De même, des dizaines d'autres posts soutiennent les mêmes arguments, à savoir que la pandémie aurait été surestimée et que le nombre de cas de Covid aurait été "gonflé" par les cas de grippe.

La remise en cause de la fiabilité des tests PCR est apparue dès le début de la pandémie en 2020 et a donné lieu à de nombreux articles de vérification de l'AFP Factuel, comme ici , ou encore là. Ces fausses informations servent à accréditer l'idée d'une pandémie dont l'ampleur aurait exagérée, thèse devenue un classique complotiste au fil de la pandémie.

 
Capture d'écran d'un post Facebook faite le 11 janvier 2022

Mais toutes ces affirmations concernant la fiabilité des tests PCR et leur retrait aux Etats-Unis sont inexactes. Les autorités sanitaires n'ont pas remis en cause la fiabilité de la technique par PCR, c'est un type de test PCR particulier qui a été retiré, non pas pour des problèmes de fiabilité mais pour une question de stratégie de dépistage.

Depuis juillet, les autorités sanitaires américaines, de la Food and Drug Administration (FDA) aux Centers for Disease Control and Prevention (CDC), ont déjà démenti ces fausses informations à plusieurs reprises. Début août, les CDC ont même publié un communiqué, dans lequel est réaffirmée l'efficacité de la méthode PCR .

Ces allégations ont par ailleurs été vérifiées à plusieurs reprises ces derniers mois par plusieurs médias(comme USA Today ou Radio-Canada) et l'AFP Factuel aux Etats-Unis.

Interrogé par l'AFP le 27 juillet 2021, Jim McKinney, porte-parole de la FDA, l'agence américaine des médicaments, avait expliqué que l'instance "n'avait jamais rejeté la méthode PCR pour le dépistage du Covid-19". "La FDA a autorisé plus de 300 tests et kits de collecte d'échantillons pour détecter le Covid-19, dont beaucoup sont des tests PCR. Les tests PCR sont généralement considérés comme la référence pour le diagnostic sur le Covid-19", avait-il ajouté.

Incidence (nombre de cas détectés sur 7 jours glissants pour 100 000 habitants) aux États-Unis, au 5 janvier ( AFP / Paz PIZARRO, Jean-Michel CORNU, Kenan AUGEARD)

Une infox issue de la lecture erronée d'un document des autorités sanitaires américaines

D'où proviennent ces infox ? Elles se fondent sur la lecture erronée d'un document du 21 juillet 2021 publié par les CDC mentionnant le retrait d'un type de test PCR spécifique.

Pour rappel, les tests PCR sont utilisés pour détecter un virus dans échantillon de sécrétions, prélevé dans le nez ou la gorge en général. La technique PCR consiste à rechercher le génome du pathogène.

Chaque test est spécifiquement conçu pour détecter un pathogène en particulier.

Ainsi, les tests PCR les plus utilisés depuis le début de la pandémie ne sont conçus que pour détecter le Sars-Cov-2. On les appelle des tests "unitaires".

Contrairement à des nombreuses fausses allégations depuis le début de la pandémie, ces tests unitaires conçus pour le Sars-Cov-2 ne peuvent pas le confondre avec un autre virus.

Interrogé par l'AFP Factuel en septembre 2020, Juan Sabatté, médecin et docteur en microbiologie, chercheur au Conicet (Conseil national de la recherche scientifique et technique en Argentine) avait notamment indiqué que le test PCR ne pouvait détecter que "des séquences d'ARN spécifiques présentes dans l'ARN du virus Sars-Cov-2".

Un point de nouveau confirmé à l'AFP le 6 janvier 2022 par le chef du service d'évaluation des actes professionnels à la Haute autorité de santé (HAS) Cédric Carbonneil. Ce dernier a par ailleurs rappelé que "la totalité des tests RT-PCR sont testés pour s'assurer que le résultat positif d'un test corresponde au virus ciblé", à savoir le Covid-19 en l'occurrence.

Mais depuis plusieurs mois, les autorités sanitaires -notamment aux Etats-Unis et en France- ont aussi autorisé le déploiement de tests PCR capables de détecter simultanément plusieurs virus -comme la grippe et le Covid- à partir d'un même prélèvement. Ces tests appelés "multiplex" permettent de savoir si l'échantillon est positif au Sars-Cov-2 mais aussi au virus de la grippe ou à d'autres pathogènes, sans avoir à faire plusieurs prélèvements sur le patient.

Le résultat indiquera à quel(s) pathogène (s) l'échantillon est positif.

C'est ce type de tests -"multiplex"- que souhaitent désormais promouvoir les autorités sanitaires américaines, au détriment des tests "unitaires".

Dépistage du Covid en Equateur en 2022 (AFP / Cristina Vega Rhor)

Dans le document du 21 juillet, les CDC indiquent donc retirer leur "demande d'autorisation d'urgence" faite à l'administration américaine pour le test PCR "unitaire", qui avait été déployé au début de la pandémie au moment où "aucune autre méthode autorisée par la FDA n'était disponible aux Etats-Unis".

Les autorités souhaitent désormais privilégier les nouveaux tests PCR "multiplex" pour notamment améliorer la "surveillance de la grippe et du Covid-19".

Cela ne remet donc pas en cause l'efficacité de la méthode PCR. Au contraire, les autorités sanitaires vont continuer à s'appuyer sur des tests PCR, mais "multiplex" plutôt qu'"unitaires".

Et la raison n'est pas un problème de fiabilité mais de stratégie de santé publique.

En France, des tests désormais capables de détecter la grippe et le Covid utilisés à l'hôpital

En France, avec la résurgence d'autres maladies respiratoires comme la grippe cet hiver, les autorités ont aussi réfléchi à la mise en place à grande échelle de tests PCR "multiplex". En octobre 2020, la HAS avait toutefois jugé inutile la mise en place de ces tests en ville, "l’identification du virus des virus hivernaux n’ayant pas de conséquences sur la prise en charge qui repose sur le traitement des symptômes et le suivi de l’évolution de la maladie".

La Haute autorité avait privilégié le développement de ces tests à l'hôpital, chez les "patients qui présentent des symptômes et pour qui le résultat sera utile pour déterminer la nature de la prise en charge et/ou un isolement particulier".

Une préconisation toujours d'actualité plus d'un an plus tard, comme l'a expliqué la virologue au CHU de Lille Anne Goffard, qui avait travaillé sur ce rapport. "Dans les centres hospitaliers, nous utilisons désormais systématiquement des PCR multiplex pour détecter un panel le plus large possible d'agents infectieux", a-t-elle expliqué à l'AFP le 4 janvier 2022.

Un nombre de tests record depuis décembre

Ces infox sur les tests PCR ressurgissent aussi à un moment où le nombre de tests réalisés atteint des records en pleine vague Omicron. Entre le 31 décembre et le 6 janvier 2022, près de 9,5 millions de tests, dont près de 2,9 millions de tests PCR, ont été réalisés en France selon la Direction générale de la Santé (DGS).

Le nombre de testés positifs continue lui aussi de grimper. Au 10 janvier, Santé Publique France a décompté 244 000 cas positifs quotidiens en moyenne sur les 7 derniers jours, en augmentation de plus de 50% par rapport à la semaine d'avant. A titre de comparaison, le nombre de tests positifs lors de la vague de novembre 2020 avait été limité à moins de 50 000 cas par jour.
 

 
Comparaison du nombre moyen sur 7 jours glissants de l'incidence du Covid-19, du nombre d'admissions en hôpital et en réanimation et du nombre de décès en France, entre la vague de l'automne 2020 et celle de l'hiver 2021-2022, selon les données de Santé publique France ( AFP / Kenan AUGEARD, Jean-Michel Cornu, Sabrina Blanchard)

Nathan Gallo, AFP France

   

1 Commentaire(s)

CHABAN, Posté
Si c'est l'AFP qui l'écrit........En gros j'utilise du vernis. On me dit que le produit n'est pas adapté à mon bois et au milieu et on me recommande de la lasure . J'utilise de la lasure et l'AFP me dit que c'est juste un changement de nom....qu'on n'abandonne pas le vernis.... Ok, si c'est l'AFP qui le dit