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Attention, Airbnb ne va pas coopérer avec l'Etat français contre les baignades privées non mixtes


Publié / Actualisé
Au nom de la lutte contre le "séparatisme islamiste", la plateforme Airbnb va-t-elle coopérer avec l'Etat français au risque de stigmatiser la communauté musulmane, comme l'affirment de multiples articles et posts partagés plusieurs milliers de fois sur Twitter et Facebook ? Depuis le 10 janvier, de nombreux internautes dénoncent en effet une future collaboration visant à contrôler la location de biens avec piscine afin d'empêcher les baignades privées non-mixtes, réservées aux femmes. Mais l'Etat comme la plateforme de location ont démenti cette affirmation, issue d'un article du Monde publié le 10 janvier. Le quotidien a par ailleurs publié un rectificatif le jour-même.
Au nom de la lutte contre le "séparatisme islamiste", la plateforme Airbnb va-t-elle coopérer avec l'Etat français au risque de stigmatiser la communauté musulmane, comme l'affirment de multiples articles et posts partagés plusieurs milliers de fois sur Twitter et Facebook ? Depuis le 10 janvier, de nombreux internautes dénoncent en effet une future collaboration visant à contrôler la location de biens avec piscine afin d'empêcher les baignades privées non-mixtes, réservées aux femmes. Mais l'Etat comme la plateforme de location ont démenti cette affirmation, issue d'un article du Monde publié le 10 janvier. Le quotidien a par ailleurs publié un rectificatif le jour-même.
 

Permettre à l'Etat de contrôler si des baignades non-mixtes ont lieu dans des résidences privées louées sur Airbnb au mépris du respect des libertés publiques, c'est ce que dénoncent de nombreux internautes. Plusieurs représentants et organisations de la communauté musulmane se se sont insurgés contre une potentielle collaboration entre la plateforme et l'Etat destinée à "pister les musulmans", comme l'affirme Le Collectif contre l'islamophobie en Europe (CCIE). Le collectif a notamment lancé un appel pour interpeller Airbnb sur Twitter dans un post partagé près de 150 fois depuis le 11 janvier. Marwan Muhammad, l'ex-directeur de l'organisation désormais dissoute Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), a aussi demandé des explications au gouvernement et à Airbnb, via notamment un tweet retweeté plus de 1300 fois.

L'appel à interpeller Airbnb sur Twitter par le Collectif contre l'Islamophobie en Europe (capture d'écran réalisée le 13/01/2021) ( Nathan Gallo)

Plusieurs comptes d'actualité sur Twitter comme Brèves de Presse (retweeté plus de 400 fois) ont aussi relayé l'information, ainsi que des pages et sites couvrant la communauté musulmane - d'Alnas à Al-Kanz. Des médias turcs, comme la version française de l'agence de presse officielle Anadolu ou la chaine d'information TRT World, ont aussi couvert l'information dans des articles et vidéo.    

Une information "off" d'un haut-fonctionnaire à l'origine de l'affirmation

D'où provient donc cette affirmation ? L'information est parue à l'origine dans un article du  Monde, publié le 10 janvier 2022 et intitulé "Lutte contre le 'séparatisme islamiste' : l’arsenal renforcé de l’Etat".

Dans ce papier sur les nouveaux outils de surveillance du gouvernement contre le "séparatisme islamiste", le journal fait part d'une affirmation d'un haut-fonctionnaire qui se félicite "d’une future coopération avec Airbnb afin de repérer les particuliers louant des villas avec piscine pour y organiser des baignades non mixtes pour femmes". Son nom n'est pas cité.

Mais le ministère de l'Intérieur comme Airbnb ont tous deux démenti cette affirmation. "Aucun accord n'existe ou n'a été envisagé entre le Ministère de l'intérieur et la société Airbnb sur le suivi de ses réservations", a souligné le 11 janvier sur Twitter le Secrétariat général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (SG-CIPDR). Airbnb a de son côté affirmé à l'AFP et à plusieurs reprises sur Twitter qu'elle n'avait eu "aucune discussion de la sorte avec des autorités locales, et n'a pas l'intention d'engager ce type de collaboration à l'avenir".

Une réponse d'Airbnb à un internaute sur Twitter, le 13 janvier 2022 (capture d'écran réalisée le 13 janvier 2022) ( Nathan Gallo)

L'article du Monde a entre temps été rectifié dans la soirée du 10 janvier par la rédaction. Le passage en question ne mentionne désormais plus de coopération, mais confirme les propos du haut fonctionnaire interrogé en "off" et se disant inquiet "que des particuliers contournent les principes républicains en louant des villas avec piscine pour y organiser des baignades non mixtes pour femmes". Le quotidien précise par ailleurs que "l'organisation de baignades privées non mixtes ne relève ni de l'Etat ni de la justice".

Le rectificatif du Monde, publié le 10 janvier à 23h40 (capture d'écran réalisée le 12/01/2022) ( Nathan GALLO)

A la suite du rectificatif, une partie des internautes et pages sur Facebook, comme Marwan Muhammad ou encore Al-Kanz, ont aussi actualisé leurs publications, tout comme l'agence de presse Anadolu, qui a publié un article sur le démenti d'Airbnb.

La plateforme américaine a en effet fait valoir ses actions de lutte contre les discriminations. "Depuis 2016, nous avons retiré plus de 1,5 million de personnes d'Airbnb, pour avoir refusé de traiter des tiers sans jugement ni parti pris", explique le groupe sur son site. Depuis l'été 2020, Airbnb collabore aussi avec le gouvernement et l'Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH), pour lutter contre la prostitution, via notamment "le développement de procédures internes pour soutenir efficacement les enquêtes policières liées à la traite des êtres humains". 

 La "loi confortant les principes républicains" entrée en vigueur début janvier

Cette polémique intervient dans un contexte où la communauté musulmane s'estime de plus en plus stigmatisée, en pleine campagne présidentielle et face à un gouvernement qui lutte contre ce qu'il nomme le "séparatisme islamiste". 

Beaucoup s'inquiètent notamment de la nouvelle loi "confortant les principes républicains" adoptée le 24 août 2021.  Alors que cette loi offre depuis janvier de nouvelles prérogatives aux préfectures et encadre le subventionnement des associations, la Ligue des droits de l'Homme ou encore Amnesty International avaient critiqué un texte pouvant attenter au respect des droits à la liberté d’association et d’expression. 

Dans ce contexte, le président du Conseil français du culte musulman Mohammed Moussaoui a ainsi appelé les candidats à l'élection présidentielle à apaiser les débats et à éviter les amalgames, dans une tribune publiée dans Le Monde le 13 janvier. "Force est de constater que, sous le couvert de la lutte contre l'extrémisme se réclamant de l'islam, le discours de certains est devenu presque un appel à se débarrasser des musulmans", a-t-il ainsi regretté. 



Nathan GALLO, AFP France
   

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