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40% de non vaccinés faute d'accès à la vaccination ? Un phénomène complexe, pas de chiffre précis


Publié / Actualisé
"40% des personnes non vaccinées" en raison des difficultés d'accès à la vaccination ? Ce pourcentage a été abondamment repris par certains médias et des personnalités politiques récemment, comme par exemple Jean-Luc Mélenchon, pour critiquer la volonté présidentielle "d'emmerder" les non vaccinés. En réalité, il n'existe pas de chiffres qui permettent de mesurer ce phénomène précisément, a expliqué à l'AFP le chercheur qui a publié une étude sur le profil des non-vaccinés. Son étude "ne dit pas cela" et le chiffre cité n'est qu'une "estimation", un "ordre de grandeur" qu'il a donné à des journalistes. Il est extrêmement complexe de déterminer précisément pourquoi quelque 5 millions de personnes ne sont toujours pas vaccinées. Pour autant, les difficultés d'accès à la vaccination représentent un problème bien réel et certainement sous-estimé actuellement, relèvent le chercheur et des associations.
"40% des personnes non vaccinées" en raison des difficultés d'accès à la vaccination ? Ce pourcentage a été abondamment repris par certains médias et des personnalités politiques récemment, comme par exemple Jean-Luc Mélenchon, pour critiquer la volonté présidentielle "d'emmerder" les non vaccinés. En réalité, il n'existe pas de chiffres qui permettent de mesurer ce phénomène précisément, a expliqué à l'AFP le chercheur qui a publié une étude sur le profil des non-vaccinés. Son étude "ne dit pas cela" et le chiffre cité n'est qu'une "estimation", un "ordre de grandeur" qu'il a donné à des journalistes. Il est extrêmement complexe de déterminer précisément pourquoi quelque 5 millions de personnes ne sont toujours pas vaccinées. Pour autant, les difficultés d'accès à la vaccination représentent un problème bien réel et certainement sous-estimé actuellement, relèvent le chercheur et des associations.

Lorsque début janvier dans une interview au Parisien, Emmanuel Macron affirme être décidé à "emmerder" les non vaccinés contre le Covid-19 "jusqu'au bout" en "limitant pour eux, autant que possible, l’accès aux activités de la vie sociale", le débat public s'embrase immédiatement.

Parmi les très nombreuses réactions politiques, celle du député LFI Alexis Corbière qui dans un tweet le 8 janvier affirme que "selon l'INSERM, 40% des gens non vaccinés le sont car ils sont éloignés de toute politique publique". Et de fustiger le président qui selon lui "fait de la com' politique agressive envers les non vaccinés, sans régler vraiment le problème".

Capture d'écran faite le 12 janvier 2022

Le 13 janvier, dans cette interview à Libération, le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon a aussi repris ce chiffre : "D'ailleurs 40% d'entre eux n'ont pas choisi mais subi de ne pouvoir être vaccinés", dit-il.

Mais si le problème d'accès aux "politiques publiques", en particulier au système de soins et à la vaccination est un phénomène bien réel, évaluer précisément les raisons pour lesquelles les gens ne sont pas vaccinés est extrêmement complexe et il n'existe pas de chiffre précis, comme nous allons le voir.

D'où vient ce chiffre ?

Il circule dans la presse depuis la première semaine de janvier, comme dans cette séquence vidéo sur BFMTV du 6 janvier titrée sur le site de la chaîne "40% des non-vaccinés ne le sont pas par difficulté d’accès, selon l'Inserm". On le retrouve aussi dans cet article sur le site de Public Sénat.

Mais c'est en fait plus compliqué que cela et cette estimation doit être replacée dans son contexte.

Comme également repéré par nos confrères de LCI, on trouve ce pourcentage dans un article du Parisien du 5 janvier 2022 titré "Les non-vaccinés, 5 millions de personnes aux profils très différents".

Le sociologue à l'Inserm Jeremy Ward y dit bien qu'il "faut insister sur le fait qu'il y en a environ 40% qui ne sont pas vaccinés principalement par difficulté d'accès". Le chercheur spécialisé dans les questions de vaccination a dirigé en effet une enquête consacrée aux profils des personnes non vaccinées.

Publiée le 6 janvier, il s'agit plus précisément d'une "note" qui "présente les résultats préliminaires de la troisième enquête issue du projet" de recherche SLAVACO (pour "Suivi Longitudinal des Attitudes à l’égard d’un VAccin contre la COVID-19"). La note est consacrée à la "Vaccination des enfants, intentions de vaccination contre le Covid et usage de l'application TousAntiCovid" et l'AFP y a consacré cette dépêche.

Menée par l'Observatoire régional de la santé Provence-Alpes-Côte d'Azur, elle s'est déroulée entre le 2 et le 17 décembre 2021, auprès d'un échantillon de 2022 personnes, représentatif de la population adulte résidant en France métropolitaine (méthode des quotas).

On peut y lire dans la partie "Qui ne veut toujours pas se faire vacciner ?" que "89,5% des répondants déclarent s’être fait vacciner ou avoir l'intention de le faire. Parmi les 10,5% restants, il est important de noter qu'une majorité semble s’être fait un avis définitif sur ce sujet (7 % sont "certains" de ne pas se faire vacciner contre 3,5 % qui ne le feront "probablement pas ")".

Capture d'écran de la première page de l'enquête faite le 14 janvier 2022

Y est abordée aussi indirectement la question de l'accès aux soins au travers de la facilité ou non à acheter des médicaments. Ainsi, écrivent les auteurs, "ceux pour qui il est très facile d'acheter des médicaments, s'ils en ont besoin, ont plébiscité ce vaccin. Ils sont plus de 95% à avoir été vaccinés ou à compter le faire. Cette proportion est seulement de 82% chez ceux pour lesquels il est très difficile d'acheter ces médicaments".

Même si les auteurs indiquent clairement que "les questions de ressources et d'accès aux soins semblent rester déterminantes" dans le fait d'être vacciné ou non, on ne trouve pas dans cette étude d'estimation de la proportion de personnes qui ne sont pas vaccinées pour des questions d'accès aux soins.

En d'autres termes, le chiffre de 40% ne s'y trouve pas.

Pas de chiffre précis sur ce phénomène complexe

Et pour cause: "mon étude ne montre pas cela", a expliqué Jeremy Ward lors d'un entretien téléphonique avec l'AFP le 11 janvier 2022.

"Aujourd'hui, il y a les personnes qui ne sont pas vaccinées parce qu'elles ne veulent pas et c'est probablement la majorité des personnes qui ne sont pas vaccinées", indique le chercheur, ajoutant que l'enquête "informe plutôt bien" sur ces profils.

"Mais il ne faut pas oublier qu'on a de très bonnes raisons de penser qu'il y a une partie des personnes qui ne sont pas vaccinées aujourd'hui qui ne le sont pas parce qu’elles sont [très] éloignées du système de santé. Elles ont peut-être aussi un peu des réticences, mais la principale raison [...], c'est pas la réticence, c'est la distance au système de santé", enchaîne Jeremy Ward.

"Une bonne partie des gens non vaccinés ne sont pas des 'antivax' mais [ne sont pas vaccinés] parce qu'en fait ils sont éloignés des institutions", insiste M. Ward.

"Et ça, c'est précisément ce que notre étude ne permet pas d'approcher parce que sont [concernés] précisément les publics les plus précaires et qui sont le moins représentés dans le type de panel qu'on utilise pour faire ce type d'enquête", dit encore le sociologue de l'Inserm.

Parmi eux, le chercheur cite en exemple les "personnes qui n'ont pas de carte vitale ou qui parlent mal français".

Parmi les personnes qui peuvent avoir des problèmes d'accès, "on a de bonnes raisons de penser qu'elles sont très représentées chez les plus de 80 ans", explique M. Ward, relevant que la couverture vaccinale de cette tranche d'âge est "vraiment plus faible".

Une femme reçoit une dose de vaccin chez elle dans un quartier populaire près de Marseille le 12 janvier 2022 ( AFP / CLEMENT MAHOUDEAU)

Mais alors, combien sont-elles, ces personnes non vaccinées faute d'accès ?

"Il n'y a pas de chiffre précis mais si je devais donner une évaluation à la louche, je dirais qu'on a de bonnes raisons de penser que c'est probablement autour de 30/40% mais c'était juste pour donner un ordre de grandeur", explique le chercheur, une estimation fondée sur "les remontées de terrain" via les "médecins, responsables de services de réanimation, qui travaillent aux urgences, etc..., des témoignages de soignants sur Twitter".

Ce chiffre de 40% abondamment repris, "ce n’est pas +une étude de l'Inserm montre que …', c'est 'un chercheur de l’Inserm estime à la louche' que c'est autour de" ce chiffre, résume M. Ward.

"Le terme qui correspond le mieux" à cette réalité, "c'est une importante minorité'", dit-il encore, la jugeant "énormément sous-estimée dans les discours publics car ce sont les publics les moins visibles".

Alors que le Parlement examine la transformation du pass sanitaire en pass vaccinal, "c'est important de parler de ce public-là car c'est pas du tout la même chose d'essayer de convaincre ceux qui ne veulent pas se faire vacciner et d'aller chercher des personnes pour lesquelles il n'est pas évident de recourir au système de santé", estime Jeremy Ward, rappelant la nécessité "d'aller vers" ces publics, dit-il.

D'autant que ces personnes précaires et/ou isolées ne sont pas nécessairement touchées par les contraintes du pass (voyages, sorties etc...).

Une multitude de facteurs derrière l'absence de vaccination

En réalité, "personne ne peut donner de chiffres" précis sur la proportion de non vaccinés faute d'accès, explique M. Ward, ajoutant que c'est "très difficile à estimer" et ce, pour plusieurs raisons.

"Déjà, déterminer si on ne fait pas quelque chose parce qu'on ne veut pas ou parce qu'on ne peut pas, c'est une frontière qui est très floue parce que souvent on ne veut pas parce qu'on ne peut pas, et vice-versa", note-t-il. "Le deuxième point, c'est que l'on aurait besoin de croisements de données" entre statut vaccinal, situations des personnes, intentions vaccinales...

Les données sur la vaccination contre le Covid permettent certes de connaître la répartition géographique ou par tranches d'âge. Sur Géodes, le site officiel des données de santé publique, on peut notamment observer les disparités géographiques, avec par exemple 78,1% des plus de 12 ans entièrement vaccinés en Seine-Saint-Denis, contre 90,4% de moyenne nationale (au 12 janvier 2022).

Si la Seine-Saint-Denis est un département pauvre et où l'accès aux soins est notoirement plus difficile qu'ailleurs, ce chiffre ne saurait pour autant indiquer précisément quelle proportion de non vaccinés le sont faute d'accès.

Côté tranches d'âge, les 80 ans et plus -pourtant les plus à risque de faire des formes graves-ne sont complètement vaccinés "qu'à" 86,2%, en-dessous de la moyenne nationale.

"Dans cette classe d'âge, vous avez 80% de gens qui vont plutôt bien, qui se débrouillent tout seuls, 10% qui vivent en établissements, et 10% qui vivent chez eux mais ont besoin d'aide dans la vie quotidienne. C'est chez ces 10% (...) que le problème d'accès au vaccin se pose", estime auprès de l'AFP Pascal Champvert, président de l'AD-PA, association qui regroupe des directeurs de maisons de retraite et de services d'aide à domicile.

Et "ce n'est pas qu'une question de ruralité: pendant la canicule de 2003, on s'est rendu compte qu’il y avait des gens très isolés en plein Paris. Pour eux, ça peut être compliqué de sortir de chez eux", ajoute-t-il.

Interrogée le 14 janvier par la presse lors d'un déplacement dans le Pas-de-Calais sur la vaccination des personnes âgées, Brigitte Bourguignon, ministre déléguée chargée de l'Autonomie, confirme les difficultés d'accès pour cette population quand elle vit à domicile, avec là encore de multiples facteurs qui freinent la vaccination.

"Il faut continuer à convaincre parce que sinon ce sont des personnes qui s'isolent encore plus parce qu'elles considèrent qu'elles n'ont plus droit de se faire vacciner, que c'est inutile, on doit tous se battre pour leur dire que non ce n'est pas inutile", dit-elle, estimant qu'il y a "une partie antivax, et d'autres qui sont ou en manque d’informations ou d'autres qui pensent qu'ils doivent se rendre dans les centres de vaccination" alors qu'il y a des équipes mobiles qui se rendent au domicile.

On le voit, la question de la "distance" au système de soins est multiple : elle est sociale (précarité, fracture numérique ...) mais peut-être aussi géographique, s'il faut faire deux heures de route pour se faire vacciner.

Un homme devant l'entrée d'un centre de santé à Septème-Les-Vallons, près de Marseille le 12 janvier 2022 ( AFP / CLEMENT MAHOUDEAU)

Olivier Gauché, infirmier de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) et responsable du centre de vaccination des Aygalades, un quartier du nord de Marseille, pointe aussi auprès de l'AFP le fait que "cette offre de proximité est essentielle": "il existe bien un grand centre de vaccination à quatre kilomètres d'ici, mais pour des personnes âgées, sans véhicule ni moyens de transport, ces centres locaux sont essentiels".

Comme le dit Jeremy Ward, il est d'autant plus difficile de savoir pour quelle(s) raison (s) les gens ne sont pas vaccinés, que bien souvent, elles sont très entremêlées, entre "éloignement du système de soin, manque de confiance dans les autorités de santé et les institutions et faible investissement dans la recherche d'informations".

Méfiance et éloignement du système de santé

Un manque d'informations - où à l'inverse un trop-plein qu'on ne parvient pas à trier- dans lequel s'engouffrent aisément rumeurs et infox qui à leur tour alimentent la méfiance, qui vient souvent se mêler aux difficultés d'accès au système de santé.

Comme le montrent les autres témoignages recueillis par une journaliste de l'AFP dans les quartiers déshérités de la métropole marseillaise dans le cadre d'une enquête diffusée le 14 janvier.

Comme Riad Boukhiane, 37 ans, qui hésitait à se faire vacciner. "Ca a été une réflexion de plus de trois semaines avec Yasmine [Cherfi, médiatrice de l'association Sept qui oeuvre contre les inégalités d'accès aux soins, NDLR)] :"je n'étais pas anti-vaccin, mais il fallait utiliser les mots pour me rassurer, que j'ai confiance", explique cet habitant d'un quartier en déficit de médecins.

"Ce ne sont pas des gens politisés, qui vont manifester contre le pass sanitaire ou le vaccin. Ils sont plutôt en attente de la bonne information. La nature ayant horreur du vide, ils ont peut-être une information, mais pas la bonne", analyse Yazid Attalah, président de Sept, pointant les conséquences des déserts médicaux.

"Malheureusement, pour ces personnes défavorisées, la santé se classe en troisième ou quatrième position de leurs préoccupations: leur quotidien, c'est trouver de quoi payer le loyer, un travail, pour certains à manger, s'occuper des enfants...", poursuit le médecin.

Dans la deuxième ville de France, à peine 60% des 860.000 habitants ont déjà eu deux doses. Dans les quatre arrondissements les plus populaires, moins de la moitié ont reçu au moins deux injections, soit 30 points en dessous de la moyenne nationale, selon les chiffres de l'AP-HM fin décembre.

Des personnes SDF attendent de se faire vacciner contre le Covid par Médecins Sans Frontières à Paris en juin 2021 ( AFP / THOMAS COEX)

Marion Tambourindeguy, médecin référente au Kremlin-Bicêtre en banlieue parisienne de l'association Comede, le Comité pour la santé des exilés, confirme auprès de l'AFP ces raisons multiples qui s'entremêlent pour freiner l'accès à la vaccination chez les plus fragiles -comme les demandeurs d'asile-, entre éloignement du système de soins et méfiance envers le vaccin Covid.

A ceux qui se présentent d'eux-mêmes au centre de santé et auxquels on propose de mettre à jour leurs vaccins, "on a très très peu de refus pour la vaccination générale. Pour le vaccin Covid, c'est plus compliqué, ils ont peur du vaccin, de ce qu'ils entendent (...) sur les effets secondaires" notamment, dit-elle, rappelant que "même les personnes en situation de précarité ont beaucoup accès aux réseaux sociaux et à toutes les infox".

Et comme ils sont loin du système de soins, "ils n'ont pas de relais de confiance qui puissent apporter un discours plus rationnel que ce qu'on entend sur les réseaux sociaux", dit-elle.

Certains se présentent en nous disant "qu'ils ne sont pas arrivés à savoir comment se faire vacciner", poursuit le Dr Tambourindeguy, qui souligne que la barrière de la langue est évidemment "primordiale"

"Un autre obstacle, c'est l'inscription sur Doctolib: il faut savoir lire et écrire, avoir une adresse mail, tout ça c'est à des années-lumière de ce que ces personnes vivent au quotidien", poursuit la professionnelle de santé.

"Cela prend beaucoup de temps mais au final, on arrive à les rassurer et la plupart acceptent le vaccin", dit-elle encore.

Les personnes encore plus éloignées du système de soins, comme celles qui survivent dans un campement près de Paris, et que les équipes du Comede vont rencontrer sur place, "ont encore plus de réticences, ils font très peu confiance au système de soin et aux soignants".

"Il faut tisser des liens de confiance, qui prennent du temps, et on se rend compte que les gens ont plein de questions sur le vaccin", ajoute la médecin, reconnaissant pour autant que "c'est loin d'être gagné" pour ce public particulièrement en difficulté.



Julie Charpentrat, AFP France
   

1 Commentaire(s)

Pam, Posté
c'est horrible de prendre l'info au dealer de fakenew AFP des gens sont isolé à paris sont'ils 40% de non vac, qui ont le net mais isolé ils prennent vraiment les gens pour des cons .A l'heure ou on commande tout on peut même prendre rendez vous chez le doc et réserver un vtc ou uber surtout sur paris et ce rendre chez votre doc et oui les effets indésirable existent et il faut pas les cacher parce qu'en les cachant ça va crée ,justement plus des antivac .il est bon de rappeler que vacciner tout le monde ne sert à rien les plus vulnérables et les hypocondriaque sont vaccinésdes gamins et des gens en pleine forme âgé de ,20,30,40,50 ans risque rien . alors bien-sur les terroristes covidistes prendront toujours l'unique exemple de la personnes de 20 ans morte du covid parce qu'ils pensent à leur petit nombril et emmerderont les autre a ce jour il y a pas d'obligation il faut respecter CELA !