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Cette vidéo sur le Burkina Faso date de 2014


Publié / Actualisé

La confusion régnait au Burkina Faso lundi 24 janvier. Dans la soirée, des militaires ont annoncé avoir pris le pouvoir. Le président Roch Marc Christian Kaboré aurait été arrêté par des soldats. Dès le milieu de la journée, une vidéo censée montrer le nouvel homme fort du pays est devenue virale sur Facebook. Cet homme, un militaire, y annonce que l'armée nationale a pris "ses responsabilités" en vue d’amorcer "un processus démocratique". Mais cette vidéo date en réalité de novembre 2014.

La légende de la publication relayée sur Facebook  (1,2) tient en quatre mots: "Situation au Burkina Faso". La vidéo de presque deux minutes, qui a totalisé près de 60.000 vues en moins de 6 heures, montre un homme en uniforme militaire qui déclare d'un ton calme : "Pour éviter que s’installe l’anarchie préjudiciable à l’objectif de changement démocratique puissamment exprimé par notre peuple, l’armée nationale, à la demande pressante des forces vives de la nation, a pris ses responsabilités et décidé d’amorcer un processus démocratique".

En bas à gauche de l'écran apparait le logo de l’AFP et le nom de cet homme qui porte le drapeau burkinabè sur son uniforme : "Isaac Zida, lieutenant-colonel". 

Dans les commentaires que suscite cette vidéo, certains internautes félicitent le peuple burkinabè et d’autres, plus nombreux, doutent que cette séquence soit liée à la situation actuelle au Burkina Faso, tel que le laisse croire l’auteur de la publication. Et ils ont bien raison. 

Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 24 janvier 2022

D'abord qui est Isaac Zida? Celui-ci a pris le pouvoir en 2014 après le départ de Blaise Compaoré, qui était en place depuis 27 ans. Fin 2014, des centaines de milliers de Burkinabè avaient manifesté contre un projet de révision constitutionnelle qui aurait permis le maintien au pouvoir de Blaise Compaoré. Fin octobre, Ouagadougou avait sombré dans la violence et Blaise Compaoré, évincé, s'était exilé en Côte d'Ivoire. Le lieutenant-colonel Isaac Zida s'était alors déclaré "chef de l'Etat". Il n'était en fait resté que brièvement au pouvoir.  

Nous avons pu retrouver la même vidéo que celle qui figure dans la publication virale dans la banque d’images de l’AFP, publiée le 1er novembre 2014. Avec des habillages supplémentaires, elle dure 1’47 secondes et a pour titre : "Burkina : un officier en passe de devenir le nouvel homme fort". Elle apparait également sur la chaîne Youtube de l’AFP

La légende qui l’accompagne explique qu’elle montre "un jeune officier (qui) semblait samedi (1er novembre 2014) en passe de devenir le nouvel homme fort du Burkina Faso au lendemain de la fuite du président Blaise Compaoré, chassé après 27 ans de pouvoir par une insurrection populaire et réfugié en Côte d'Ivoire."

Cette vidéo n’a donc pas été prise récemment mais date du 1er novembre 2014.

L'année suivante, le 29 novembre 2015, Roch Marc Christian Kaboré, ancien baron du régime Compaoré, était élu président, sans contestation. 

Le président Kaboré a été réélu en 2020 sur la promesse de faire de la lutte antijihadiste sa priorité. Mais il était de plus en plus contesté par une population excédée par les violences jihadistes et son impuissance à y faire face. 

Le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, s'adresse à ses partisans lors de la célébration de sa réelection, au siège du parti à Ouagadougou, le 26 novembre 2020. ( AFP / OLYMPIA DE MAISMONT)

Lundi 24 janvier au soir, des militaires en uniforme ont annoncé à la télévision avoir pris le pouvoir. Les putschistes ont ensuite annoncé la dissolution du gouvernement et la fermeture des frontières. Ils se sont engagés au "retour à un ordre constitutionnel"  dans "un délai raisonnable".

Des gens tiennent le drapeau national du Burkina Faso alors qu'ils se rassemblent sur la place de la Nation pour soutenir l'armée à Ouagadougou le 24 janvier 2022 ( AFP / OLYMPIA DE MAISMONT)

Le président Marc Christian Kaboré a été arrêté dans la matinée par des militaires mutins, selon des sources sécuritaires.

Des soldats se sont mutinés dimanche dans plusieurs casernes du Burkina Faso pour réclamer le départ des chefs de l'armée et des "moyens adaptés" à la lutte contre les jihadistes qui ne cessent d'étendre leur emprise depuis 2015 dans ce petit pays, auparavant considéré comme un havre de paix dans une région troublée.

Les violences jihadistes y ont fait plus de 2.000 morts en six ans et forcé plus de 1,5 million de personnes à fuir leur foyer.

Ces mutineries sont survenues alors que le Sahel est de plus en plus déstabilisé par les jihadistes qui frappent aussi le Niger et le Mali voisin, pays qui a été le théâtre de deux coups d’Etat en quelques mois.

Washington et l'Union européenne ont demandé la libération "immédiate"du président Kaboré. 

L'Union africaine (UA) a fermement condamné lundi la "tentative de coup d'Etat" au Burkina Faso, appelant l’armée nationale et les forces de sécurité" à assurer l'intégrité physique du président" Roch Marc Christian Kaboré et de son gouvernement.



Monique Ngo Mayag, AFP Côte d'Ivoire
   

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