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Non, le gouvernement britannique n'a pas admis que les vaccins endommagent le système immunitaire des personnes doublement vaccinées


Publié / Actualisé
Les autorités britanniques auraient admis que les vaccins anti-Covid "ont endommagé" le système immunitaire des personnes doublement vaccinées, prétend un article partagé des dizaines de milliers de fois sur Internet ces derniers semaines. C'est pourtant faux : le rapport de l'agence sanitaire britannique (United Kingdom Health Security Agency, ou UKHSA) sur lequel il s'appuie date d'octobre 2021 et indique à l'inverse que les vaccins sont efficaces pour prévenir des formes graves de la maladie, comme l'ont confirmé l'UKHSA et un chercheur en virologie indépendant auprès de l'AFP.
Les autorités britanniques auraient admis que les vaccins anti-Covid "ont endommagé" le système immunitaire des personnes doublement vaccinées, prétend un article partagé des dizaines de milliers de fois sur Internet ces derniers semaines. C'est pourtant faux : le rapport de l'agence sanitaire britannique (United Kingdom Health Security Agency, ou UKHSA) sur lequel il s'appuie date d'octobre 2021 et indique à l'inverse que les vaccins sont efficaces pour prévenir des formes graves de la maladie, comme l'ont confirmé l'UKHSA et un chercheur en virologie indépendant auprès de l'AFP.

"Le Gouvernement Britannique Admet Que Les Vaccins Ont Endommagé Le Système Immunitaire Naturel Des Personnes Ayant Reçu Un Double Vaccin", prétend un article publié fin décembre 2021 et partagé près de 25.000 fois sur Facebook depuis, selon l'outil de mesure d'audience sur les réseaux sociaux Crowdtangle.

"Le gouvernement britannique a révélé qu'une fois que vous avez reçu le double vaccin, vous ne pourrez plus jamais acquérir une immunité naturelle complète contre les variantes du Covid – ou tout autre virus", s'alarment encore d'autres internautes dans des publications (1, 2) totalisant plus de 100.000 vues sur Telegram, et d'autres plusieurs milliers de partages sur Twitter (1, 2, 3).

Capture d'écran du site "FRANCE MEDIAS NUMERIQUE", prise le 28/01/2022
Capture d'écran Telegram, prise le 28/01/2022
Capture d'écran Twitter, prise le 28/01/2022

 

 

Des allégations similaires ont été relayées en allemand (ici, ici), et en tchèque (ici, ).

Un rapport d'octobre 2021

Les articles partagés en janvier 2022 se réfèrent à un passage du "rapport de surveillance du vaccin Covid-19" de l'agence britannique de sécurité sanitaire, appelée "United Kingdom Health Security Agency", abrégé UKHSA, publié en "semaine 42" de l'année 2021, soit le 21 octobre dernier.

Sur son site, l'agence de santé met régulièrement en ligne les rapports liés à la surveillance des vaccins anti-Covid. Le plus récent a été publié le 27 janvier 2022.

C'est la "page 23" du rapport du 21 octobre qui a fait l'objet des discussions sur les internautes. Elle fait partie d'une section qui analyse les données liées àla séroprévalence, c'est-à-dire la proportion de personnes chez qui la présence de certains anticorps (des protéines du système immunitaire, capables de reconnaître une autre molécule afin de faciliter son élimination) a été détectée dans le sang, parmi une population par exemple.

Le rapport de l'UKHSA s'est particulièrement intéressé à la présence de deux types d'anticorps, les anticorps S et les anticorps N. Ces derniers, les anticorps contre la nucléoprotéine (N) ne sont produits par l'organisme qu'en cas d'infection par le SARS-CoV-2. En revanche, les anticorps S, visant la protéine Spike, se forment aussi bien en cas d'infection qu'après la vaccination contre le Covid-19, selon le rapport de l'UKHSA, et une porte-parole de l'agence interrogée à ce sujet par l'AFP le 7 janvier.

Une recherche d'anticorps N permet donc de distinguer les anticorps dus à une infection de ceux produits après la vaccination, comme l'explique aussi l'Institut allemand de Santé Robert Koch dans le résumé d'analyses réalisées à ce sujet, publié en décembre 2021.

Des résultats "attendus", montrant l'efficacité de la vaccination pour prévenir des formes graves

Le rapport de l'UKHSA d'octobre 2021 indique ainsi que le taux d'anticorps N était alors plus faible chez les personnes vaccinées que chez les personnes non-vaccinées. Cela est "attendu", a expliqué la porte-parole de l'UKHSA à l'AFP, et tend à montrer que la vaccination permet de limiter les formes graves du Covid : une infection moins grave lors de l'exposition au virus survenant en raison d'une protection provenant de la vaccination pourrait en effet entraîner un taux d'anticorps N plus faible.

Si une telle explication n'apparaît pas dans le rapport du 21 octobre 2021, elle a par ailleurs été ajoutée par l'UKHSA dans les rapports ultérieurs sur la surveillance des vaccins. On peut y lire que "ces taux d'anticorps N plus faibles chez les personnes ayant une 'percée d'infection' (une infection après la vaccination) que ceux des personnes ayant une première infection signifient probablement que les infections sont plus courtes et plus légères chez ces patients (qui sont vaccinés)".

Capture d'écran du rapport de l'UKHSA (semaine 2 de 2022)

Le professeur à l'Institut de virologie médicale et d'épidémiologie des maladies virales de la clinique universitaire de Tübingen en Allemagne, Daniel Sauter, a confirmé à l'AFP le 12 janvier que ce phénomène est "prévisible", et peut effectivement montrer que les personnes vaccinées sont moins touchées par des formes graves du Covid-19.

"L'élimination réussie du virus, et la présence pendant une durée plus courte de ce dernier dans l'organisme stimulent moins la formation d'anticorps N", développe-t-il. Les observations de l'UKHSA ne sont pour le chercheur donc "pas particulièrement surprenantes", puisqu'elles confirment les données d'autres études (1, 2) qui montrent que les personnes vaccinées peuvent, en général, éliminer plus rapidement le virus en cas d'infection.

Le système immunitaire n'est pas "détruit"

Un faible taux d'anticorps N n'indique par ailleurs pas que le système immunitaire est détruit. "Des taux d'anticorps N plus faibles ne permettent pas, à eux seuls, de conclure que le système immunitaire est endommagé", explique Daniel Sauter.

"Bien au contraire, des taux d'anticorps N plus faibles chez des personnes vaccinées que chez des personnes infectées non vaccinées indiquent plutôt que leur système immunitaire est fonctionnel et qu'il a pu développer une réponse immunitaire efficace contre la protéine Spike, en réponse à la vaccination", développe encore le chercheur, avant de conclure : "la capacité en elle-même de de production des anticorps n'est pas affectée par la vaccination. Le système immunitaire n'est pas non plus endommagé par la vaccination".

Une porte-parole de l'UKHSA a également assuré à l'AFP que la vaccination ne détruit pas le système immunitaire, et que des taux d'anticorps N plus faibles ne signifient pas que ce dernier est endommagé. L'UKHSA recommande par ailleurs aux Britanniques de se faire vacciner contre le Covid-19, et d'effectuer des rappels.

Comme l'ont déjà détaillé plusieurs experts auprès de l'AFP, les données ne permettent pas à ce jour d'affirmer que les rappels de vaccin pourraient avoir un impact négatif sur l'immunité : c'est même plutôt l'inverse.

Ce n'est pas la première fois que des données concernant les personnes vaccinées sont interprétées de façon erronée et trompeuse, concluant à une baisse de l'immunité entraînée par la vaccination anti-Covid.

En octobre 2021 déjà, des articles, se fondant sur un calcul trompeur, prétendaient que les données britanniques auraient démontré que la vaccination anti-Covid pourrait détruire le système immunitaire, ce qui avait fait l'objet d'un article de vérification de l'AFP. Début janvier 2022, le même calcul sans valeur scientifique, avait été appliqué à des données allemandes aux mêmes fins trompeuses.

La pandémie de Covid-19 a fait au moins 5,63 millions de morts dans le monde depuis fin décembre 2019, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles, arrêté au 28 janvier 2022.

Nombre de morts liés au coronavirus officiellement annoncés par pays, au 28 janvier à 11H00 GMT ( AFP / Simon MALFATTO, Sabrina BLANCHARD)


Eva Wackenreuther, AFP Autriche, AFP France
   

1 Commentaire(s)

Dr Alain Colignon, Posté
Je pense néanmoins que dans la plupart des pays largement vaccinés, le taux de mortalité est plus élevé chez les doubles vaccinés que chez les non-vaccinés...Cela démontre un phénomène de VAED clair et net...